Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 11 mars 2018
5 min

Propos sur Bach de Friedrich Wilhelm Marpurg (1752)

Le compositeur, théoricien, critique musical et éditeur Friedrich Wilhelm Marpurg (1718-1795) est l’un des premiers à commenter et à éditer la musique de Bach. Il rédige la préface de la 2e édition de "L’Art de la Fugue" (1752) et cite plusieurs de ses œuvres dans son "Traité de fugue" (1754).

Propos sur Bach de Friedrich Wilhelm Marpurg (1752)
Friedrich Wilhelm Marpurg, © Friedrich Wilhelm Bollinger

♫ Jean-Sébastien Bach
L’Art de la fugue BWV 1080
Arrangement pour orchestre
Contrepoint n° 6
Akademie für Alte Musik Berlin, Bernhard Forck (dir.)
Harmonia Mundi HMC 902064 (2011)

« Si j’ai pris l’engagement envers les très honorables héritiers de feu Monsieur le Maître de Chapelle Bach d’accompagner le présent ouvrage d’une préface, je le fais cependant avec un plaisir accru, parce que je trouve ainsi l’occasion de renouveler publiquement ma vénération pour les cendres de cet homme célèbre. Le nom de l’auteur suffit à recommander un ouvrage de ce genre.

Être un bon musicien et ne savoir apprécier les beautés de feu Bach est une contradiction. Tous ceux qui ont eu le bonheur de l’entendre ont encore en mémoire son étonnante maîtrise dans l’invention et l’improvisation ; et sa manière d’exposer avec un bonheur toujours égal les passages les plus difficiles a toujours été admirée par les plus grands maîtres du clavier.

Si l’on jette un regard dans ses œuvres, on peut y trouver la preuve par tout ce qui a précédé dans la musique et qui s’y produit chaque jour, que personne ne le surpassera dans la science profonde et l’exercice de l’harmonie, c’est-à-dire dans l’élaboration de pensées profondes, originales, riches de sens, éloignées de toute manière vulgaire, et cependant naturelles. Je dis pensées naturelles, c’est-à-dire que je parle de celles qui, dans quelque style qu’il écrive, quel que soit le pays où il puise son inspiration, trouvent nécessairement leur profondeur, leurs relations internes et leur ordonnance.

Une mélodie qui ne fait que répondre au goût du temps dans tel ou tel pays, n’est bonne qu’aussi longtemps que règne ce goût. Si le caprice veut que l’on trouve plus de plaisir à un autre style, ce goût se trouve jeté par-dessus bord. Des pensées naturelles et concises affirment partout et constamment leur valeur. De telles pensées se retrouvent dans les œuvres qui coulèrent de la plume de feu Monsieur Bach. »

Référence

Friedrich Wilhelm Marpurg, « Préface de l’édition de L’Art de la fugue » (Leipzig, Breitkopf & Härtel, 1752), dans Bach et son temps, textes choisis, présentés et annotés par Gilles Cantagrel, traductions de Michel-François Demet, Félix Grenier et Gilles Cantagrel, Paris, Hachette (Pluriel), 1982, p. 295-296.

L'équipe de l'émission :