Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 29 avril 2018
5 min

Propos sur Bach de François-Joseph Fétis (1837)

On doit au pédagogue, compositeur, historien de la musique et auteur de traités belge François-Joseph Fétis (1784-1871) la première notice biographique de Bach en langue française, la plus complète pour l’époque ("Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique", 1837)

Propos sur Bach de François-Joseph Fétis (1837)
Jean-Sébastien Bach - François-Joseph Fétis

♫ Jean-Sébastien Bach
Sonate pour violon seul n° 1 en sol mineur BWV 1001 (Adagio)
Transcription pour la guitare
Arkaitz Chambonnet, guitare
Disque : Ad Vitam Records 111961 (2016)

« La renommée de Bach fut immense pendant sa vie ; toutefois on peut affirmer aujourd’hui que ce grand homme n’a point été connu de ses contemporains. Ils avaient reconnu qu’il était le plus habile des organistes, le plus étonnant des improvisateurs, le plus savant des musiciens de l’Allemagne. Ses fugues étaient considérées comme les plus belles qui eussent été écrites pour l’orgue ou pour le clavecin ; on y avait reconnu l’œuvre d’un génie profond et hardi dans un genre qui semble exclure l’invention, et l’on s’était persuadé que c’était là toute la part de gloire qui lui appartenait dans son art ; part immense, et dans laquelle on trouvait de quoi satisfaire l’ambition de plusieurs artistes. Cependant, ce n’était qu’une faible partie de ses titres à l’admiration de la postérité. 

Jean-Sébastien Bach ne travaillait que pour lui et pour un petit nombre d’hommes éclairés : quand un ouvrage était terminé, il lui suffisait d’y avoir mis la dernière main, et de l’avoir fait aussi bon qu’il le pouvait pour qu’il fût satisfait ; alors la partition de cette œuvre était ensevelie par lui dans un profond oubli. De là vient que, longtemps après sa mort, ses grandes compositions pour l’église étaient ignorées ; de là vient encore qu’on était généralement persuadé que le genre fugué était à peu près le seul dans lequel Bach avait acquis une grande supériorité.

On sait aujourd’hui que la fécondité de Bach était prodigieuse ; aussi le nombre de ses ouvrages est-il fort considérable. Il est même douteux qu’aucun musicien ait écrit autant que lui. Malheureusement on imprimait peu de musique en Allemagne en son temps ; ses compositions restaient en manuscrit ; il les donnait à ses élèves qui les conservaient précieusement ; mais après leur mort elles passaient en d’autres mains, et tout porte à croire qu’il s’en est égaré beaucoup qui peut-être ne se retrouveront plus. 

Les caractères distinctifs des compositions de Jean-Sébastien Bach aujourd’hui plus généralement connues, sont une originalité soutenue, un style élevé, une teinte mélancolique, une mélodie souvent bizarre, sauvage même, mais sublime ; une harmonie fréquemment incorrecte, mais pleine d’effet. Souvent on dirait qu’il choisit à plaisir des thèmes ingrats ou baroques qui inspirent d’abord plus d’étonnement que de plaisir ; mais sa fertile imagination sait bientôt y introduire des ressources inattendues dont le charme s’empare de l’exécutant ou de l’auditeur. Son caractère sérieux le portait au style grave et sévère ; ses fonctions de maître de chapelle et d’organiste ne lui laissèrent d’ailleurs pas le temps d’en cultiver d’autre. »

SOURCE : François-Joseph Fétis, article « Jean-Sébastien Bach » de la Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, Bruxelles, Meline, Cans et Compagnie, (volumes 1 à 2), 1837, p. 12-19.

Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, Bruxelles, Meline, Cans et Compagnie, volumes 1 - 1837
Biographie universelle des musiciens et bibliographie générale de la musique, Bruxelles, Meline, Cans et Compagnie, volumes 1 - 1837
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