Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 26 novembre 2017
5 min

Propos sur Bach de Ferruccio Busoni (1912)

Le pianiste, compositeur et chef d’orchestre italien Ferrucio Busoni (1866-1924) a vécu la majeure partie de sa vie à Berlin où sa classe de composition était réputée. Ses œuvres sont marquées de l’imprégnation de deux compositeurs, Liszt et surtout Bach dont il a transcrit plusieurs partitions.

Propos sur Bach de Ferruccio Busoni (1912)
Ferruccio Busoni, 1913, © Varischi & Artico

« Ma Fantasia contrappuntistica est l’aboutissement d’un essai de développement de la dernière fugue, inachevée, de Johann Sebastian Bach. C’est une étude. (Tout autoportrait de Rembrandt est une étude pour le suivant ; tout ouvrage une étude pour le prochain ; toute œuvre d’une vie une étude pour celles à venir). Le fragment de Bach repose sur un projet de quatre fugues dont deux sont achevées et la troisième commencée seulement. Le fragment s’interrompt au moment où les trois thèmes se rencontrent pour la première fois. L’ “accomplissement” de ces trois thèmes manquait avant tout. […]

Depuis ma prime enfance j’ai joué Bach et travaillé le contrepoint. C’en était alors devenu une manie et, de fait, dans chacune de mes œuvres de jeunesse apparaît au moins un “fugato”. Voilà que je me retrouvais contrepointeur, même si c’était d’un point de vue complètement nouveau pour moi. Le travail ininterrompu, secret, de la nature m’a inconsciemment beaucoup influencé, et j’ai pris conscience des conquêtes insoupçonnées qui avaient mûri en moi. Une des plus précieuses était l’harmonie qui, par une polyphonie radicale, prenait forme nouvelle. J’avais donc de nombreux outils en main pour achever un bon édifice technique ; mais je me sentais avant tout artiste, car l’œuvre d’art est pour moi la finalité des efforts de l’homme. La science, l’état, la religion, la philosophie m’apparaissent comme des formes d’art, et ils ne me réjouissent et ne m’attirent qu’ainsi.

La forme, l’imagination et le sentiment sont indispensables et chers à l’artiste qui, les offrant, s’offre lui-même. Je les intégrai à mon travail de complément et, ainsi, me les appropriai. J’étais convaincu d’œuvrer dans l’esprit de Bach en mettant au service de son projet les possibilités de notre art contemporain – comme une continuation organique du sien ; tout comme chez lui les dernières possibilités de l’art de son temps trouvèrent à s’exprimer. »

Référence :
Ferruccio Busoni, « Selbst-Rezension (auto-recension) », publiée dans la revue Pan, 1er février 1912 à Berlin, repris dans L’Esthétique musicale, textes réunis et présentés par Pierre Michel, traduits de l’allemand par Daniel Dollé et Paul Masotta, Minerve, 1990, p. 77-80.

L'Esthétique musicale
L'Esthétique musicale, © Minerve

♫ Jean-Sébastien BACH
L’Art de la Fugue BWV 1080
Contrapunctus n°2
Tatiana Nikolaieva, piano
Enregistrement de 1967
Disque : Melodyia Russie MEL CD 10 02006 (2012)

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