Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 25 février 2018
5 min

Propos sur Bach d'Ernest Chausson (1875)

Ernest Chausson (1855-1899) s’est rendu plusieurs fois à Bayreuth pour apprécier les ouvrages lyriques de Wagner. Jeune homme, il cultivait également la musique de chambre de Beethoven, Schumann et Brahms. Mais à l’âge de vingt ans, c’est la musique de Bach qu’il travaille « presque exclusivement ».

Propos sur Bach d'Ernest Chausson (1875)
Ernest Chausson, vers 1885, © P. Frois

♫ Jean-Sébastien BACH
Concerto brandebourgeois n° 2 en fa majeur BWV 1047
Mvt. 3. Allegro
Bach Collegium du Japon, Masaaki Suzuki (dir.)
Disque : BIS BIS-SACD 1721/22 (2009)

« 4 décembre 1875 : Nous avons arrêté notre programme musical de tout l’hiver. Il est décidé que nous ne jouerons que du Bach, du Haendel, du Haydn, du Mozart, du Beethoven, du Schumann, du Berlioz et du Brahms. Je vais travailler Bach presque exclusivement. “Ce sont des abstractions, disait M. Tannery en parlant de la musique de Bach ; le sentiment n’y entre pour rien et par cela même c’est plus que de la musique”. Jamais grand homme ne m’a fait autant de bien. Bach vous repose, vous fortifie et vous élève dans des sphères inconnues de tout autre que lui. Beethoven est un matérialiste, à côté de lui, et Schumann un visionnaire. Si l’on veut chercher un génie comparable à lui, il faut remonter à Homère. Dante et Shakespeare sont des génies tourmentés. Bach est si près des cieux que les orages de la vie ne peuvent le toucher : c’est une âme virile d’une douceur et d’une pureté merveilleuse.

11 décembre 1875 : Je suis encore tout transporté de la musique que nous venons de faire. J’ai joué pendant près d’une heure des andantes et des allegros des concerts de Bach et le dernier allegro était si beau qu’on me l’a fait jouer deux fois. Nous nous serrions tous la main et je suis certain qu’en ce moment, il n’y avait pas un seul sentiment égoïste dans nos cœurs ; cette admirable musique nous avait élevés au-dessus de toutes les passions humaines. Heureux, Ô bienheureux ceux-là qui sont susceptibles d’avoir de pareilles émotions !

12 décembre 1875 : Le concert Pasdeloup n’avait de remarquable aujourd’hui qu’une suite de Bach, qui était naturellement sublime. Il y avait surtout dans la dernière partie un solo de trompette merveilleux. On applaudit beaucoup et nous fûmes des premiers à crier bis : à notre grand contentement on recommença et les applaudissements furent encore plus enthousiastes que la première fois.

SOURCE : Ernest Chausson, Journal (1875-1876), dans Ernest Chausson, Ecrits inédits : journaux intimes, roman de jeunesse, correspondance, choix et présentation de Jean Gallois et Isabelle Bretaudeau, Paris, Editions du Rocher, 1999, p. 53, 55 et 56.

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