Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 31 décembre 2017
5 min

Propos sur Bach d'Elliott Carter (1971)

Engagé sur les voies de la modernité, le compositeur américain Elliott Carter (1908-2012) n’a jamais rompu avec les techniques de composition classiques. Après ses études à Harvard, il se perfectionne à Paris avec Nadia Boulanger (1932-1935) auprès de laquelle il travaille les cantates de Bach.

Propos sur Bach d'Elliott Carter (1971)
Elliott Carter, © Corbis / Jacques M. Chenet

« Un certain temps après mon arrivée à Harvard, j’ai fait partie d’une chorale vouée aux cantates de Bach, où je chantais avec une voix de ténor enroué ; j’ai également été membre du chœur de Harward. Cette expérience et la fréquentation des concerts du Boston Symphony à raison de deux à trois fois par semaine pendant six ans, comme par ailleurs l’accès à la volumineuse bibliothèque musicale de Harvard où j’ai pu étudier nombre de partitions, m’ont rendu plus attentif à cette musique.

Ensuite, lors de mes études auprès de Nadia Boulanger, j’ai travaillé la quasi-totalité des cantates de Bach pendant les trois années passées à Paris. Chaque semaine nous en lisions deux ou trois, parfois avec orchestre et le concours de chanteurs professionnels comme Hugues Cuénod, en jouant à tour de rôle la basse chiffrée et en chantant les récitatifs.

Depuis lors, les cantates de Bach sont devenues pour moi une sorte d’ “expérience musicale pivot” de la musique ancienne. Je me souviens m’être querellé à peu près à cette époque avec [la journaliste et écrivaine] Katherine Anne Porter, rencontrée à un dîner de Thanksgiving chez [l’éditrice] Sylvia Beach, à propos de l’aspect abstrait chez Bach. L’idée que Bach puisse avoir une quelconque visée littéraire ou picturale dans ses œuvres l’avait tellement irritée que nous sommes tous deux parvenus à gâcher la soirée entière avec notre différend. »

Référence :
Allen Edwards, Une conversation avec Elliott Carter (1971), traduction française de Suzanne Rollier, dans Entretiens avec Elliott Carter, Editions contrechamps, 1992, p. 18.

♫ Jean-Sébastien BACH
Cantate BWV 43 : « Gott fähret auf mit Jauchzen »
Chœur d’ouverture
Bach Collegium Japan, Masaaki Suzuki
Disque : BIS BIS-SACD-1791 (2009)

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