Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 6 mai 2018
5 min

Propos sur Bach d'Edwin Fischer (1951)

Le pianiste suisse Edwin Fisher (1886-1960) fonde son propre orchestre de chambre qu’il dirige du piano et avec lequel il interprète les concertos pour clavier de Bach. Il est le premier pianiste à enregistrer au disque l’intégralité des deux cahiers du "Clavier bien tempéré" (EMI, années 1930).

Propos sur Bach d'Edwin Fischer (1951)
Jean-Sébastien Bach - Edwin Fischer , © Getty

♫ Jean-Sébastien Bach
Prélude en ut dièse mineur BWV 849
Edwin Fischer, piano
Disque : Tacet 181 (2010)

« L’œuvre de Bach parle à tous, même à celui qui n’est pas musicien. Une comparaison peut nous le faire comprendre. Il est des instants dans la vie, où se détache de nous tout ce qui est extérieur, apparence, artifice. En de tels instants, nous expérimentons la vie comme un événement de la nature et nous ressentons ses motifs éternels naissance, sommet de la volupté, abîme de la douleur, mort. C’est le sentiment d’un destin contre lequel nous ne pouvons rien, pauvres hommes ! C’est comme si la sève de la vie sourdait à présent de l’arbre que nous sommes, – elle n’a pas un goût de douceur, elle n’est pas enivrante, elle est rude et amère et cependant pleine d’arôme. Ce qui est merveilleux en elle, c’est sa force, – et cette force est la vérité. La musique de Bach a ce goût-là ; c’est toujours la vérité, l’authenticité, vraie celle-là, qui fait la beauté et l’efficacité de ses créations. C’est le Logos, le sens ultime de tout être qui prend corps dans son œuvre. 

Comment un seul homme a-t-il pu créer des choses aussi vastes, aussi définitives, aussi détachées du temps ? 

Tout d’abord son arbre de vie plongeait profondément ses racines dans le passé. Bach assembla à travers trois générations tout ce qui lui parut substantiel, sain et utile. Sa souche s’est ainsi raffermie et fortifiée. Puis, conduit par une seule étoile, la religion, il s’est donné tout entier à la vie. La nature et les hommes, les temps de souffrance et les temps de joie, se reflètent dans ses œuvres qu’il créa avec l’authenticité et la certitude supérieure d’un homme dont le regard domine tout. D’être aussi profondément enracinées, inébranlables à l’intérieur et cependant ouvertes à la vie haute en couleurs, – c’est cela qui fait la clarté des œuvres de Bach et tout de même aussi leur caractère de parabole. »

Source : Edwin Fischer, Considérations sur la Musique, traduit de l’allemand par Charles-Marie de Boncourt, Paris, Editions du Coudrier, 1951, p. 48-50.

Edwin Fischer, Considérations sur la Musique, Editions du Coudrier, 1951
Edwin Fischer, Considérations sur la Musique, Editions du Coudrier, 1951
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