Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 10 décembre 2017
5 min

Propos sur Bach d'Alberto Savinio (1941)

L’écrivain et peintre Alberto Savinio (1891-1952) est également musicien ; il étudie la composition auprès de Max Reger à Münich (1911). Critique musical, il laisse de nombreux articles publiés dans le volume posthume "La Boîte à musique" (1955) où se trouve le texte "Bach et le contrepoint" (1941).

Propos sur Bach d'Alberto Savinio (1941)
Alberto Savinio

« Le contrepoint est dans la musique ce que la dialectique est en philosophie. C’est la démonstration du principe que “d’une chose en naît une autre”. C’est l’analogie en musique du développement cellulaire dans la vie organique. […]

Le contrepoint a quelque chose de miraculeux, de “mécaniquement” miraculeux. Le thème de la fugue tombe, et c’est comme si une semence magique tombait sur une tête pelée et la transformait soudain en une forêt de cheveux.

Le contrepoint est le mouvement “interne” de la musique, comme le rythme est le mouvement qui meut la musique dans le temps. A l’apparition du contrepoint, commence le phénomène de la multiplication cellulaire de la musique. La musique aussi se fait à l’image de la vie : le thème étant annoncé, la composition – au milieu du contrepoint double, triple et quadruple, au milieu des imitations, des canons et des fugues, des thèmes et des contrechants, des réponses et des expositions, des épisodes et des divertissements, des reprises modulées et en strette, – la composition peut croître, se gonfler et s’élever à l’infini, et ce ne sont que les limites de la fatigue humaine et le sens de la mesure qui conseillent d’arriver à l’accord final et à la pédale.

Le contrepoint – cet intense mouvement cellulaire de la musique – ce constant renouvellement cellulaire de la musique – non seulement donne vie à la musique, mais lui donne aussi sa santé et sa fraîcheur éternelle.

C’est pour cette raison que Bach est “toujours jeune”. C’est pour cette raison que Bach est la gymnastique suédoise des musiciens. C’est pour cette raison que Bach peut écrire des compositions monumentales, compositions-pyramides, compositions-cathédrales, compositions-tour de Babel et les faire vivre dans toutes leurs parties. »

Référence

Alberto Savinio, « Bach et le contrepoint » (Oggi, 5 juillet 1941), dans Scatola Sonora (1955), La Boîte à musique, traduit de l’italien par René de Ceccatty, Paris, Fayard, 1989, p. 27-30.

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