Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 19 avril 2020
5 min

Propos sur Bach : 28. L’éducation musicale des fils

C’est Jean-Sébastien qui se charge lui-même de l’éducation musicale de ses fils. L’aîné, Wilhelm Friedemann, montre de belles dispositions pour les claviers. A partir de janvier 1720, il a alors neuf ans, son père rédige à son intention un "Petit livre pour clavier" ...

Propos sur Bach : 28. L’éducation musicale des fils
Episode 28

... qu’il enrichit au fur et à mesure de ses progrès au clavecin, au clavicorde et à l’orgue.

Le manuscrit de ce Klavierbüchlein a été conservé : il se trouve aujourd’hui à la bibliothèque de l’Université de Yale aux Etats-Unis. La majorité des morceaux qui le composent sont de Jean-Sébastien Bach, mais on trouve également quelques pièces d’auteurs contemporains, notamment de ses élèves, et peut-être même les toutes premières compositions du jeune Wilhelm Friedemann. Leur organisation témoigne d’une volonté didactique évidente de progression, étape par étape. Citons pêle-mêle, des petits Préludes, des Chorals et des danses comme les Allemandes ou les Menuets. C’est dans ce même Petit livre que figurent toute une série d’Inventions à deux voix et de Fantaisies à trois voix : une manière pour Jean-Sébastien d’enseigner les rudiments du contrepoint parallèlement à la maîtrise de l’instrument.

Dans la première biographie du compositeur publiée en 1801, l’auteur, Johann Nikolaus Forkel, consacre un chapitre entier (le septième) aux qualités de pédagogue de Jean-Sébastien Bach. « La première chose à laquelle il procédait consistait à enseigner le toucher qui devait être clair et net ». Pour cela, « il faisait longuement jouer de simples exercices pour tous les doigts des deux mains. Dans le cas où il voyait un de ses élèves perdre patience, il poussait alors la bonté jusqu’à écrire de petits morceaux mettant en application les différents exercices ». On sait également grâce au témoignage plus tardif de Carl Philipp Emanuel que pour aborder la composition les élèves de Bach passaient par l’apprentissage de la basse continue à quatre parties et par l’harmonisation de chorals : ils devaient composaient de tête, « sans s’aider d’aucun instrument ».

Parallèlement à la musique de cour (Hofmusik), Jean-Sébastien Bach a donc produit à Köthen un répertoire très important en quantité autant qu’en qualité de musique domestique (Hausmusik), une musique destinée à son épouse et à ses fils, une musique qu’ils pratiquaient au sein du foyer, et qui pouvait même dépasser la didactique pour atteindre des dimensions de recherche et de spéculation. En témoigne le premier livre du Clavier bien tempéré.

Les enfants grandissent, Wilhelm atteint sa douzième année lorsque son parrain, Georg Friedrich Telemann, vient à passer dans la région vers 1722-1723. Il brigue un poste à Leipzig mais décline finalement l’offre. Et si Jean-Sébastien se présentait à son tour ? Leipzig est une ville universitaire où ses fils pourraient poursuivre pleinement leurs études…

Jean-Sébastien Bach
Applicatio en ut majeur BWV 994
Prélude en sol majeur BWV 902
Robert Hill, Clavicorde
Disque : Hänssler Classic 92.107 (1999)

CD Bach Robert Hill
CD Bach Robert Hill, © Hänssler
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