Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 19 janvier 2020
5 min

Propos sur Bach : 18. La démission de Mühlhausen (1708)

Rien n’était simple à Mühlhausen pour toute personne ayant quelque ambition musicale. La dizaine de musiciens que comptait la ville, se partageait entre les deux églises principales, ce qui réduisait de fait les effectifs et provoquait des conflits incessants pour les exécutions ...

Propos sur Bach : 18. La démission de Mühlhausen (1708)
Episode 18

... D’ailleurs, tout opposait ces deux églises engluées dans des controverses religieuses, des querelles de chapelles comme on dit.

A la Marienkirche, le pasteur Eilmar était un luthérien orthodoxe, amoureux des arts, favorable à l’embellissement du culte et donc à la musique figurée. Tandis qu’à la Blasiuskirche, le pasteur Frohne était un piétiste puritain, ennemi du faste, plus enclin à la méditation personnelle et surtout à l’exercice de la pénitence comme remède aux maux de l’époque. Malheureusement pour Jean-Sébastien Bach, son supérieur direct à la Blasiuskirche était le pasteur Frohne, opposé à toute expansion et développement de la musique, prônant un service sobre, sans éclat superflu, au service du Verbe divin, point.

En conflit dans sa propre église où il devenait impossible de développer son art, Jean-Sébastien songe déjà à partir. Voici ce qu’il écrit dans sa lettre de démission adressée aux autorités de Mühlhausen, le 25 juin 1708, un an à peine après avoir été nommé organiste dans cette ville :  « Quoique que j’ai cherché à satisfaire au but que vous exigiez, c’est-à-dire une musique d’église régulière à la gloire de Dieu, et que je me suis efforcé, selon mes modestes possibilités, de fournir une musique d’église différente de celle pratiquée dans presque toute la région, en en améliorant la qualité, lorsque cela était possible, par l’emploi d’une harmonie plus agréable, et, qu’à cet effet et non sans sacrifices, j’ai constitué un bon choix de compositions sacrées […] ; ce n’est cependant pas sans hostilité que j’ai pu m’acquitter de tout cela, et comme il n’y a présentement pas la moindre apparence que la situation puisse changer, je demande humblement mon congé. »

Les autorités de Mühlhausen acceptent la démission de Jean-Sébastien le 4 juillet 1708, à la condition qu’il continue à superviser la rénovation de l’orgue de la Balsiuskirche ; ce que Bach fera volontiers. Il garde d’ailleurs de nombreuses amitiés en cette ville où, sur ses conseils, l’un de ses cousins, Johann Friedrich, prend sa succession.

En ce début d’été 1708, c’est la cour de Weimar tout entière qui attend avec impatience l’arrivée de Jean-Sébastien Bach dont la réputation et le jeu virtuose ont retenu l’attention du duc Wilhelm-Ernst de Saxe-Weimar en personne.

Jean-Sébastien Bach
Fantaisie sur "Valet will ich dir geben" BWV 735
Bernard Foccroulle, orgue    
Disque : RICERCAR RIC 276 (2008)

CD Bach Toccatas et Fantaisies / B Froccroulle
CD Bach Toccatas et Fantaisies / B Froccroulle
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