Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 5 janvier 2020
5 min

Propos sur Bach : 17. Une première floraison de cantates

Quelques mois après sa prise de fonction comme organiste de la Blasiuskirche, les autorités de Mühlhausen font la commande officielle à Jean-Sébastien d’une musique d’église destinée à l’inauguration du nouveau Conseil municipal. Il s’agit là de sa toute première cantate municipale : ...

Propos sur Bach : 17. Une première floraison de cantates
Episode 17

...  il y en aura bien d’autres par la suite dans la vie du compositeur. Sur la première page de sa partition qui fait alterner des chœurs et des airs solistes, il indique à la manière de Buxtehude : Motetto. La musique est grandiose, réquisitionnant trois trompettes et les timbales, comme il se doit pour accompagner une telle circonstance. Elle est exécutée pour la première fois le 4 février 1708, non pas à la Blasiuskirche, mais à la Marienkirche qui était le siège même du conseil municipal, à cette époque où l’administration religieuse et politique de la cité ne faisaient qu’une. Séduit, le conseil ordonnera la publication de ce Motetto ; une des rares œuvres éditée du vivant de Jean-Sébastien, aujourd’hui répertoriée comme la cantate BWV 71.

La toute première de cette Kirchenmusik composée à Mühlhausen est peut-être la Cantate BWV 131 « Aus der Tiefe rufe ich » dont le texte offre une adaptation du psaume 130, le célèbre « De profundis ». Cette musique funèbre, au caractère pénitentiel repose sur une solide construction absolument symétrique, avec chœur central encadré de deux airs solistes et comprenant deux chœurs aux extrémités. 

Suit la Cantate BWV 4 « Christ lag in Todesbanden », probablement imaginée pour la fête de Pâques 1708. L’intégralité de la partition repose sur un choral de Luther qui assure la colonne vertébrale de l’édifice. Autre chef-d’œuvre qui aurait été exécuté au mois de juin 1708, la cantate funèbre dont la copie qui est parvenue jusqu’à nous porte le titre d’Actus Tragicus. L’instrumentation de cette Cantate BWV 106 se réduit à deux violes de gambe et deux flûtes à bec en plus de la basse ; sa configuration en motet à plusieurs sections est tout à fait originale car le style de chacune de ces parties est extrêmement varié. 

Au cours des huit mois passés à Mühlhausen, Jean-Sébastien compose au moins cinq cantates. Il cultive la forme ancienne et expressive de la Kirchenmusik de ses ancêtres qu’il enrichit de la manière flamboyante du grand maître Buxtehude. Tourné vers l’école du nord, il compose de larges ouvertures purement instrumentales, pratique le style concertant aux voix et aux instruments, ménage des associations instrumentales raffinées et surtout, il bâtit de vastes édifices où se côtoient plusieurs styles : le motet polyphonique, l’aria da capo suivant le modèle italien, le dialogue, les récitatifs très expressifs, le choral luthérien et la fugue qui prend place en toute chose.

On est surpris de voir naître de cette première floraison autant de chefs-d’œuvre. Seulement voilà, il se trouve que cette musique n’est pas approuvé de tous, et notamment du pasteur de son église avec lequel Jean-Sébastien entre en conflit ouvert.

Jean-Sébastien Bach
Cantate BWV 4 « Christ lag in Totesbanden »
Collegium Vocale de Gand
Direction Philippe Herreweghe
Disque : PHI LPH030 (2018)

CD Sonn und Schild Bach Herreweghe
CD Sonn und Schild Bach Herreweghe
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