Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 24 novembre 2019
5 min

Propos sur Bach : 13. La démission d’Arnstadt (1707)

Après son voyage à Lübeck, Jean-Sébastien retrouve ses fonctions d’organiste à Arnstadt. Sur sa recommandation, c’est son cousin Johann Ernst qui avait tenu les orgues de la Neuekirche pendant son absence ...

Propos sur Bach : 13. La démission d’Arnstadt (1707)
Episode 13

...  Comme il devait s’y attendre, le voici convoqué par le Consistoire de la ville pour s’expliquer au sujet d’un voyage dont la durée avait été quatre fois plus longue que prévue. Mais quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il dut répondre le 21 février 1706 à deux autres infractions d’une toute autre nature.

« – Où et pour quelle raison avez-vous quitté aussi longtemps votre poste ? lui est-il tout d’abord demandé. – Je me suis rendu à Lübeck pour y apprendre diverses choses relatives à mon art, répond Jean-Sébastien ». On lui signifie qu’il avait abusé de la permission accordée en dépassant largement les termes fixés.

Mais voici qu’on lui reproche alors sa manière de jouer : «  – Vous faites depuis votre voyage d’étonnantes variations dans vos Chorals, y mêlant des accords étranges, de telle sorte que la communauté en est fort troublée ». On lui reproche aussi de préluder trop longuement à l’orgue et que suite à cette remarque qui lui avait déjà été faite par le Surintendant, il était immédiatement tombé dans l’extrême inverse en préludant désormais trop brièvement… 

Et pour finir, c’est son comportement envers les jeunes chanteurs du chœur de la ville qui est critiqué par le Consistoire. « – Il est tout à fait surprenant que depuis votre retour vous n’ayez fait aucune musique avec les élèves, ce dont la cause est assurément que vous vous entendez mal avec eux ». Jean-Sébastien rencontrait en effet de sérieuses difficultés pour coordonner ces jeunes gens, non seulement du point de vue de la discipline mais surtout pour des questions de répertoire. Ils étaient selon lui insuffisamment préparés à la musique qu’il voulait exécuter avec eux et il n’avait pas la position de Cantor ni celle de Maître de chapelle pour pouvoir les faire travailler suivant sa propre exigence. Jean-Sébastien avait beau argumenter, le procès-verbal de cette première comparution indiquait que son salaire serait ponctionné si tout ne rentrait pas dans l’ordre… 

Se sentant bridé dans son travail musical et brimé dans son évolution professionnelle sans progression possible dans ce poste d’organiste, Jean-Sébastien fit sa forte tête. Le voici à nouveau convoqué, neuf mois plus tard, le 11 novembre 1706. Il est encore question des élèves ; on le somme de s’en occuper ; Bach refuse en tant que simple organiste et réclame pour cela un poste de « Director musices » que les autorités ne veulent pas lui accorder. On lui reproche également d’avoir permis à une jeune étrangère de faire de la musique avec lui dans le chœur. Sans doute s’agissait-il de sa cousine Maria Barbara qu’il allait épouser onze mois plus tard…

S’en était trop pour Bach. Il songe à démissionner d’Arnstadt, mais pour cela, il lui fallait trouver un autre poste. Décembre 1706 : voilà qu’à quelques kilomètres de là, s’éteignait l’organiste de Mühlhausen. C’est dans cette ville voisine qu’il allait auditionner et se faire connaître.

Jean-Sébastien Bach
Fugue en ut mineur BWV 575
Benjamin Alard, orgue
Intégrale de l’œuvre pour clavier (volume 2)
Disque : Harmonia Mundi HMM 902453.56 (2019) 

CD Bach Alard Harmonia Mundi Vol 2
CD Bach Alard Harmonia Mundi Vol 2
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