Propos sur Bach
Magazine
Dimanche 3 septembre 2017
5 min

Propos sur Bach de Johann Nikolaus Forkel (1802)

L’organiste de Göttingen, Johann Nikolaus Forkel (1749-1818), est l’un des premiers historiographes allemands de la musique. Son ouvrage publié à Leipzig en 1802 constitue la première biographie de Jean-Sébastien Bach.

Propos sur Bach de Johann Nikolaus Forkel (1802)
Johann Nikolaus Forkel, 1813, © Carl Traugott Riedel

« Bach possédait certes les qualités qui faisaient de lui un interprète, un compositeur et un maître accompli, mais il était également un excellent père de famille, un ami dévoué et un bon citoyen. Il démontra ses vertus de père de famille consciencieux dans le grand soin qu’il apporta à l’éducation de ses enfants et à celle des autres domaines en remplissant fidèlement ses devoirs civiques et sociaux. Chacun aimait à le fréquenter. N’importe quel amateur de musique, d’où qu’il vint, pouvait frapper à sa porte et être certain d’être accueilli amicalement. Son humeur sociable, alliée à son grand renom, était la cause de ce que sa maison ne désemplissait jamais.

En tant qu’artiste, il était extrêmement modeste. Malgré la grande supériorité qui le distinguait de ses confrères et qu’il ne pouvait ignorer, malgré les témoignages d’admiration et de respect qu’il recevait chaque jour, il n’a jamais, à notre connaissance, cherché à en tirer avantage. Si parfois on lui demandait comment il avait pu porter l’art à un aussi haut niveau, il répondait généralement : “J’ai beaucoup travaillé ; quiconque travaille aussi assidûment réussira aussi bien que moi”.

Lorsqu’il était en société, et que l’on jouait des quatuors ou des morceaux de musique pour plusieurs instruments, il aimait à jouer la partie d’alto. Il se trouvait avec cet instrument au milieu de l’harmonie et pouvait ainsi entendre tous les détails et mieux en profiter. Si l’occasion se présentait, il accompagnait parfois un trio ou un autre morceau au clavecin. S’il était alors d’humeur joyeuse et savait que le compositeur ne le prendrait pas mal, il aimait improviser sur la basse continue un nouveau trio ou un quatuor à partir du trio existant. Mais il s’agit là des seules occasions où il prouvait sa force par rapport aux autres.

Bach n’a pas fait ce que l’on appelle une brillante fortune. Il avait certes un poste lucratif, mais il devait nourrir et élever de nombreux enfants avec ce traitement. Il n’avait ni ne cherchait à obtenir d’autres sources de revenus. Il était trop accaparé par son art et ses devoirs, pour chercher à emprunter une voie qui, à cette époque surtout, aurait pu procurer une mine d’or à un homme de sa valeur. S’il avait accepté de voyager, il aurait attiré sur lui l’admiration du monde entier. Mais il aimait la vie paisible et calme du foyer, il préférait s’occuper régulièrement et consciencieusement de son art. »

Johann Nikolaus Forkel, Sur la vie, l’art et l’œuvre de Jean-Sébastien Bach (Über Johann Sebastian Bachs Leben, Kunst und Kunstwerke), Leipzig, 1802 ; traduction de l’allemand par Geneviève Geffray, Paris, Flammarion, 1981 (chapitre 8, p. 125-130).

Vie de Johann Sebastian Bach
Vie de Johann Sebastian Bach, © Johann Nikolaus Forkel / Flammarion

♫ Jean-Sébastien BACH
Suite en sol mineur pour luth BWV 995
4. Sarabande
Ricardo Gallén, guitare
Disque : Sunnyside Communications SSCO 1348 (2013)

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