Programmation musicale
Mercredi 3 juin 2015
3h 59mn

"Ibn Battuta voyageur de l'Islam" de Jordi Savall en avant-première et en exclusivité

"Ibn Battuta, voyageur de l'Islam", toute dernière création de Jordi Savall et de son ensemble Hespèrion XXI, a été inspirée par l'extraordinaire récit de voyage de l'écrivain arabe Ibn Battuta, qui commença son périple en 1325 à l'âge de 21 ans et parcourut le vaste monde durant plus de trente ans, allant de son Maroc natal jusqu'aux fins fonds de la Chine et dépassant les limites alors connues de l' Afrique Noire.

Programme proposé par Françoise Degeorges Jordi Savall s'est entouré de musiciens syriens, turcs, marocains, grecs, bulgares, arméniens, malgaches, espagnols, ainsi que de deux récitants, l'un en langue anglaise et l'autre en langue arabe qui nous font partager des extraits de cette exotique Rihla, qui porte aussi le sous-titre évocateur de : "Présent fait aux observateurs, traitant des curiosités offertes par les villes et des merveilles rencontrées dans les voyages".

Jordi Savall et Manuel Forcano, auteurs du livret, n'ont pas traité ce programme chronologiquement. Ils se sont concentrés pour cette première partie sur l'Anatolie, le Maroc, l'Egypte, le Golfe Persique, le Yémen et l'Asie.
La deuxième partie de cette création qui évoquera l'autre partie du voyage aura lieu en novembre 2015, au même endroit.

Ibn Battuta, le voyageur de l'Islam

  • Enregistrement réalisé le 20 novembre 2014 à l'Emirates Palace Auditorium d'Abu Dhabi.

    Du Maroc à l'Afghanistan (1300-1336)

I
1300 • Anatolie

Début de l'expansion ottomane en Anatolie.

  1. Der makâm-ı Räst “Murass’a” usules Düyek (214)
    1304 • Tanger
    Xams ad-Din Abú Abd Al•là Muhàmmad ibn Ibrahim ibn Muhàmmad ibn Ibrahim ibn Yússuf al-Lawati at-Tanji – connu sous le nom d'Ibn Battuta, naît à Tanger le 17ème jour du mois du Rajab de l'année de l'Hégire 703 (25 février 1304).
  2. Muwashshah Billadi askara min aadbi Llama
    1303-1304 • Campagne d'Orient de la Compagnie Catalane
    La Compagnie Catalane de mercenaires Almogavres, commandée par Roger de Flor, s'embarque pour sa campagne d'Orient et vers Constantinople.
  3. Quant ay lo mon consirat

II
1311-1315
Apogée de l'Empire Islamique du Mali.

  1. Kouroukanfouga (Mali, instr.)
    1315 • Mort de Ramon Llull
    Le philosophe et mystique majorquin meurt, soit à Tunis soit à Majorque.
  2. Si ay perdut mon saber (Pons d’Ortafà)
    1324 • Mort de Marco Polo
    Le célèbre explorateur vénitien meurt à Venise, où il vivait depuis 1299, après sa libération de la prison Malapaga de Gênes.
  3. Ego krasi den epina
    1325 • Maroc-Egypte
    A l'âge de 21 ans, Ibn Battuta de Tanger entreprend le pèlerinage de la Mecque, afin de respecter l'un des piliers de sa religion, l'Islam. Suivant les pistes des caravanes, il quitte son foyer et traverse le nord de l'Afrique jusqu'en Egypte, qui est sous domination Mamelouk, où il contemple les traces encore visibles des "Sept Merveilles du Monde", notamment les ruines des fondations du mythique phare d'Alexandrie et les imposantes pyramides. Il découvre la grande ville du Caire et la majesté du Nil qui la traverse.
  4. Bismi Allah ar-Rahman

III
1326 • Le Caire - Jérusalem - Damas

Ibn Battuta remonte le Nil pour s'embarquer pour la Mecque dans le port soudanais d'Aydhab, mais est obligé de retourner au Caire. Il entreprend alors de visiter la Palestine, qui n'a été totalement libérée des croisés que quelques années auparavant, faisant étape dans plusieurs lieux saints comme Hébron et Jérusalem, où il contemple le Dôme du Rocher. Depuis la Palestine il se rend à Damas, où il rejoint une caravane pour traverser le désert d'Arabie en direction de la Mecque.

  1. Danse du Nil (ney)
  2. Vers Damas. Texte: Qays ibn al-Moullawwah (Majnoun Layla)
    C'est un édifice des plus merveilleux, des plus solides et des plus extraordinaires par sa forme. Il a en abondance son lot de beautés, et a reçu une bonne part de toute chose merveilleuse. Il est situé sur un lieu élevé au milieu de la mosquée, et l'on y monte par des degrés de marbre. Il a quatre portes ; son circuit est pavé de marbre d'un travail élégant. Tant au dedans qu'au dehors, il y a diverses sortes de peintures, et un ouvrage si brillant qu'on est impuissant à les décrire. La plupart de toutes ces choses sont recouvertes d'or, et l'ensemble brille comme l'éclair. La vue de celui qui le regarde est éblouie de ses beautés, la langue de qui le voit est incapable de le décrire.
    1326 • Mort d'Osman I
    Mort d'Osman 1er, fondateur de la dynastie ottomane et de l'Empire Ottoman.
  3. Ni havent (chant ottoman)
    1326 • Arabie : La Mecque
    Après avoir visité la deuxième ville sainte de l'Islam, Médine, lieu du tombeau du prophète, Ibn Battuta atteint enfin la Mecque, la ville sainte la plus sacrée de l'Islam. Ici, il décrit sa magnificence et effectue les sept tours obligés autour de la Ka'ba, la Pierre Noire, et respecte aussi scrupuleusement tous les autres rituels de son premier pèlerinage, ou Hajj, que tous les bons Musulmans sont tenus d'effectuer au moins une fois au cours de leur vie. En réalité, Ibn Battuta fera le pèlerinage à quatre reprises au cours de ses longs voyages.
  4. Sallatu Allah (chant spirituel arabe)
    La plupart de ceux qui font le tour de la Ka'ba à cette heure du jour en pleine chaleur portent des sandales, mais Abu al-Abbas ibn Marziiq le faisait toujours pieds nus. Le voyant un jour ainsi engagé, je souhaitai cheminer pieds nus à ses côtés. Mais dès que j'eus atteint le circuit et que j'eus touché la Pierre Noire, les dalles brûlantes me frappèrent et je décidai de m'en retourner dès que j'aurais embrassé la Pierre. Ce n'est qu'au prix d'un grand effort que j'atteignis la Pierre, et je fus forcé de m'en retourner sans avoir pu effectuer tous les tours. Je devais étendre ma cape rayée sur le sol et marcher dessus jusqu'à ce que j'eus atteint colonnade.

ENTRACTE

IV
1326-1327 • Irak-Perse
Après avoir effectué son pèlerinage, Ibn Battuta poursuit sa route jusqu'à la capitale de l'Empire Musulman, Bagdad, ainsi que vers d'autres célèbres villes d'Iraq comme Koufa et Mossoul. Il visite également l'"Irak Persan" (Iran) pour voir les grandes cités de Shiraz et d'Ispahan, qui portent toujours les cicatrices des ravages des hordes mongoles du siècle précédent. Pendant son séjour, il fait part de sa consternation face aux divisions internes entre les musulmans sunnites et chiites.

  1. Chahamezrab (Anonyme, Perse)
    Le côté occidental de Bagdad est celui qui a été fondé le premier, mais il est maintenant presqu'en ruines. Malgré cela, il en reste encore treize quartiers, dont chacun ressemble à une ville, et contient deux ou trois bains ; huit de ces quartiers possèdent des mosquées. Le côté oriental de la ville offre une disposition magnifique et abonde en bazars. Le plus grand de ces marchés est celui du Mardi, où tous les métiers ont leur lieu séparé.
  2. Hal asmar
    1328-1330 • Yémen-Zanzibar
    De Perse et d'Irak, Ibn Battuta s'en retourne à La Mecque, et de là il décide de cheminer vers le sud : il s'embarque vers le Yémen, voyageant ainsi à bord d'un dhow (un type de voilier arabe traditionnel de l'Océan Indien) le long de la Corne de l'Afrique, s'arrêtant à différents comptoirs arabes spécialisés dans le commerce lucratif d'esclaves, d'épices et d'ivoire, le long de la côte d'Afrique Orientale vers Mogadiscio et Zanzibar et pénétrant finalement le Canal du Mozambique. Il fait alors demi-tour, retournant vers la Péninsule Arabique et Oman, tirant parti des courants marins pendant les moussons.
  3. Vero (Yémen, instr.)
    A Mogadiscio, j'embarquai pour les côtes du pays Swahili, en direction de la ville de Kilwa, sur le territoire Zenj. Le navire accosta à Mombasa, une grande île à deux jours de voyage en mer de la côte Swahili. Il n'y avait pas d'isthme reliant l'île à la terre. Ses arbres typiques sont le bananier, le citronnier et le citrus. Ils ont également un arbre qu'ils appellent le jamelonnier et dont le fruit ressemble à l'olive ; le noyau est identique à celui de l'olive, mais le fruit est bien plus sucré.

V

  1. En to stavro pares tosa (Chant byzantin)
    1329 • Bataille de Pélékanon
    Bataille entre les Turcs et les Byzantins au cours de laquelle les Ottomans vainquirent les armées d'Andronic III Paléologue.
  2. Der makām-ı Hüseynī Sakīl-i Ağa Rıżā (89)
    1331 • Oman et le Golfe Persique
    Après son voyage le long des côtes d'Afrique, Ibn Battuta revient à la Péninsule Arabique, visitant le Golfe d'Oman et le Golfe Persique, des territoires soumis au royaume perse de Kirman. Ibn Battuta décrit l'activité de commerce de cette région agitée et, en particulier, le commerce intensif de perles de Qatif (Arabie) et de Bahreïn. Après avoir quitté ces territoires, il revient à La Mecque (troisième pèlerinage) et traverse ensuite la Syrie, allant jusqu'à l'Anatolie.
  3. Mawal Sap’awi ‘Ala Al-’Aqiqa , ḥali ḥali ḥal
    Avant de plonger, le pêcheur de perles place sur son visage un masque en écaille de tortue qui pince complètement sur son nez. Puis il attache une corde à sa ceinture et plonge. Ils ne peuvent pas tous rester aussi longtemps sous l'eau, certains y demeurent une heure ou deux, et d'autres plus longtemps encore. Quand le plongeur arrive au fond de la mer, il y trouve les coquillages fixés dans le sable au milieu de petites pierres, et il les détache avec la main ou les enlève au moyen d'un couteau qu'il porte sur lui à cette intention. Il les place ensuite dans un sac en cuir suspendu à son cou. Lorsque la respiration commence à lui manquer, il tire sur la corde et l'homme qui tient cette corde sur le rivage le remonte à bord de la barque. On lui enlève son sac et l'on ouvre les coquillages.

VI
1332-1333 • Anatolie

Ibn Battuta passe deux années à visiter et voyager à travers les anciens territoires byzantins désormais dominés par l'Islam et aux mains des tribus turques qui y ont établi des émirats. Au cours de ses voyages, il découvre un pays exceptionnellement accueillant, où il entre en contact avec une des principales confréries soufies de l'Islam : les mevlevis, disciples de Jamal ad-Din ar-Rumi (1207-1273), mystique d'origine afghane qui s'installa dans la ville de Konya en 1225, où ses disciples fondèrent l'ordre des "derviches tourneurs".

  1. Danse soufie (instr.)
  2. Küçüksu’da Gördüm seni
    A Konya, nous logions chez le cadi local, qui s'appelait Ibn Kalam Shah, membre de la confrérie. Son établissement est un des plus grands que je connaisse et il regroupe de nombreux disciples. La ville est la dernière demeure du pieux cheikh et imam Jalal ad-Din, également connu sous le nom de Mawlana, un homme très respecté qui a fondé dans ce pays une confrérie soufie qui porte son nom. Il repose dans un grand édifice qui pourvoit au besoin des voyageurs.

VII
1334 • Ukraine et Constantinople

Depuis la côte turque de la Mer Noire, Ibn Battuta voyage jusque dans les territoires ukrainiens de Crimée et du sud de la Russie, qui font alors partie du vaste empire mongol de la Horde d'Or. L'itinéraire qu'il emprunte le conduit à décrire la terre mythique de Bulghar comme une finis terrae nordique où les jours sont longs et les nuits quasiment inexistantes, dont les habitants se déplacent sans qu'on les voit, comme des fantômes, dans la morosité silencieuse et déserte des bruits de pas étouffés par la neige. Sur ces terres gelées, Ibn Battuta rejoint une caravane se dirigeant vers Constantinople. Ibn Battuta passe deux mois dans la capitale amoindrie de l'Empire Byzantin d'Andronic III Paléologue (1328-1341), où un guide personnel lui montre et lui détaille les merveilles d'une ville qui le fascine.

  1. To giasemi (Chant)
    Notre entrée dans Constantinople la Grande eut lieu vers midi ou peu après. Toutes les cloches retentissaient de sorte que les cieux furent ébranlés par le bruit mélangé de leurs sons. La ville est extrêmement grande et divisée en deux parties que sépare un grand fleuve, où se font sentir le flux et le reflux comme dans le fleuve de Salé au Maroc. Une des deux parties de la ville, celle qui s'élève sur le bord oriental de la rivière, s'appelle Istanbul. C'est là qu'habitent le sultan, les grands de son empire et les autres membres de la cour. L'autre partie de la ville s'appelle Galata. Elle est située sur le bord occidental de la rivière, et par sa proximité avec la mer, ressemble à Rabat. C'est là que résident les chrétiens francs de différentes origines : il y a parmi eux des Génois, des Vénitiens, des Romains et d'autres de France.
    1334-1335 • Le cœur de l'Asie
    Ibn Battuta quitte Constantinople et traverse à nouveau l'Ukraine et le sud de la Russie allant aussi loin que la cité d'Astrakhan, à l'embouchure de la Volga sur la Mer Caspienne. C'est de là qu'il part au milieu de l'hiver 1334 pour traverser la Transoxiane (aujourd'hui le Turkménistan et l'Ouzbékistan), visitant les villes de Boukhara et de Samarcande en se rendant en Afghanistan, où il arrive en mai 1335. Il raconte également avoir visité Khorasan en Perse, la patrie sacrée de tant de poètes, théologiens et mystiques musulmans. En réalité, son itinéraire le mène à Balkh et à Kaboul, et par-delà les montagnes de l'Hindu Kush, faisant de lui l'un des nombreux voyageurs arabes médiévaux partis chercher - et trouver – leur fortune en Inde.
  2. Laïla Djân (Kabul, instr.)
    Puis je me dirigeai vers la ville de Samarcande, une des plus grandes, des plus magnifiques et des plus belles cités du monde. Elle s'élève sur les bords de la rivière Wadi'l-Qassarin, le long de laquelle se trouvent des moulins pour apporter l'eau aux vergers. Les habitants s'y retrouvent le soir pour se divertir et se promener le long de la rivière. Ils y ont des estrades et des sièges pour s'asseoir, et des boutiques qui vendent des fruits et d'autres aliments. Il y avait autrefois des palais et d'autres magnifiques édifices sur ces rives, témoignant du raffinement de ses habitants, mais la plupart sont en ruines et une grande partie de la ville a aussi été dévastée. Rien ne subsiste des remparts ni des portes de la cité, et de nombreux jardins se trouvent dans l'enceinte de la ville. Les habitants de Samarcande sont cependant remarquables de générosité et de gentillesse envers les étrangers.
  3. Beshnaw az naï Fazel Ahmad Naynawäz (Persan)

Meral Azizoğlu, chant (Turquie)
Waed Bouhassoun, chant & oud (Syrie)
Driss El Maloumi, oud (Maroc)
Ahmad Al Mulla, chant (Emirats)
Marc Mauillon, chant (France)
Aikaterini Papadopoulou, chant (Grèce)

Hespèrion XXI :
Moslem Rahal,
ney (Syrie)
Yurdal Tokcan, oud (Turquie)
Hakan Güngör, qanûn (Turquie)
Siar Hashimi, tablas & zir baghali (Afghanistan)
Nedyalko Nedylakov, kaval (Bulgarie)
Haïg Sarikouyoumdjian, duduk & belul (Arménie)
Gaguik Mouradian, kamanche (Arménie)
Dimitri Psonis, santour & saz (Grèce)
Rajery, vahila (Madagascar)
Guillem Pérez, organetto (Espagne)
David Mayoral, percussió (Espagne)

Manuel Forcano, récitant
Dr Haleb Gholan, récitant (Abu Dhabi)

Jordi Savall, Vielle, rebâb & direction

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