Open jazz
Magazine
Lundi 4 février 2019
54 min

Yonathan Avishai, hymne à la joie silencieuse

Ils avaient débuté ensemble sous le nom de Modern Jazz Trio. Avec “Joys and Solitudes” qui paraît chez ECM/Universal, Yonathan Avishai, Yoni Zelnik et Donald Kontomanou se sont donnés pour but de réinvestir les multiples sens qu’a pu revêtir la notion de modernité.

Yonathan Avishai, hymne à la joie silencieuse
Donald Kontomanou, Yoni Zelnik, Yonathan Avishai, © Caterina di Perri/ECM

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  • Yonathan Avishai invité de Alex Dutilh
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Je me sens profondément enraciné dans la tradition. Avant tout j’adore l’histoire et les perspectives qu’elle ouvre quand on l’étudie.  Je  suis particulièrement intéressé par l’histoire du jazz — de Louis Armstrong à Cecil  Taylor et  au-delà.” Yonathan Avishai

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« Joys and Solitudes »
« Joys and Solitudes »

Le  pianiste franco-israélien Yonathan Avishai a apporté d’importantes contributions à la musique du trompettiste Avishai Cohen, comme en témoignent les deux disques “Into The Silence” et “Cross My Palm With Silver”. En parallèle, au cours des cinq dernières années, il a développé son propre projet à la tête d’un magnifique trio composé de Yoni Zelnik, contrebassiste israélien installé à Paris, et de Donald Kontomanou, batteur français riche d’un double héritage, guinéen et grec. 

Parfois surnommé le Modern Times Trio, la formation s’est donnée comme but de revisiter et réinvestir dans son travail les multiples sens qu’a pu revêtir au fil du temps la notion de modernité. “Joys and Solitudes” qui paraît chez ECM/Universal s’ouvre ainsi sur le fameux thème de Duke Ellington Mood Indigo, composé en 1930, mais pour Yonathan Avishai toujours on ne peut plus d’actualité. “Ellington demeure un pianiste et un compositeur d’une incroyable modernité,” explique-t-il. “Sa façon de toujours raconter une histoire en jouant m’a beaucoup influencé et Mood Indigo est un morceau que j’aime depuis longtemps.” Une  série  de  pièces  originales  suivent, dans lesquelles Yonathan Avishai fait référence à une grande variété de musiques et d’expériences. C’est parce qu’il donne le sentiment de sonder continuellement au plus intime pour aller à l’essentiel tant au niveau  du  jeu que de l’écriture, qu’il parvient à unifier toutes  ces sources d’inspiration. L’ornementation y est rigoureusement contrôlée ; pas une note de gaspillée dans cette musique. Quant aux valeurs ancestrales du blues et du swing, elles sont toujours efficientes dans le concept novateur de Yonathan Avishai. Voilà sans doute pourquoi sa musique ne cesse de danser dans les intervalles laissés entre les phrases.

Lorsqu’on  demande à Yonathan Avishai  à quel moment il a commencé à reconnaître les  caractéristiques  de  son  propre style, il  répond : “Je pense que c’est passé par l’étape consistant à reconnaître les choses que je n’étais pas capable de faire. Je ne parle pas seulement ici de compétence, mais de l’appréhension et de la compréhension des contextes dans lesquels votre propre voix est la plus expressive.  J’ai compris à un certain moment que je gagnais en expressivité à jouer moins de notes. Et quand tu écoutes Lester Young ou Louis Armstrong et que tu vois comment ils peuvent te faire pleurer en huit mesures...” C’est à cette économie qu’il faut tendre, conclut-il.

Né  à Tel  Aviv,  Yonathan  Avishai a  passé  ses  premières  années  au Japon, où  son  père  étudiait. “ Mes parents ont toujours été concernés par l’art et la culture et ils m’ont fait découvrir énormément de choses au Japon. J’ai notamment assisté à beaucoup de représentations de pièces kabuki, au point d’en devenir un vrai fan. Je sens que l’expérience de cette période demeure en moi quelque part. Indéniablement  je suis sensible à un certain type d’esthétique et d’énergies – et même si je n’aime pas particulièrement le mot, on peut déceler un goût  pour  le ‘minimalisme’ dans  mon  travail — qu’on peut probablement faire remonter au kabuki. ” 

De  retour  en  Israël,  Yonathan Avishai, comme  il  le dit si bien, “a essentiellement grandi aux côtés d’Avishai Cohen.” Le pianiste et le trompettiste ont commencé à jouer ensemble alors qu’ils n’avaient que treize ans et n’ont depuis pratiquement jamais cessé leur collaboration. “Nous sommes allés à la même école, avons  vécu  dans  le même  quartier  et  nos  expériences  sont  très  similaires  y  compris  la  découverte  du jazz.”  Dans le  cas  de Yonathan Avishai, le processus a pris la forme d’un voyage rétrospectif–partant  du hip hop, du funk et  de  la fusion pour progressivement atteindre le cœur de la tradition.  Son  intérêt grandissant  pour le jazz a été soutenu par une  partie de sa famille vivant  en France, qui  lui  a envoyé régulièrement des cassettes  en Israël: “Thelonious Monk, Duke Ellington en trio, Count  Basie, Bill Evans… Voilà les premiers pianistes que j’ai entendus et que j’ai aimés.”  Yonathan Avishai a également bénéficié des encouragements de la communauté jazz israélienne: “La  scène  jazz  en Israël est  vraiment formidable. C’est un pays minuscule, très éloigné des USA, mais il se passe vraiment quelque chose dans la musique. On possède de grands pédagogues, passionnés et très bien informés.” 

En 2000, Yonathan Avishai a déménagé en France. Installé pendant plus de dix ans en Dordogne dans le sud-ouest, il s’est rapproché de Paris il  y a quelques  années et a rapidement fréquenté Yoni Zelnik et Donald Kontanomanou.  “ Ç’a été très vite évident pour moi que j’avais rencontré les gens qu’il me fallait pour aller plus loin dans la musique et développer mon propre projet.” Les  deux  musiciens  partagent  en effet avec Yonathan Avishai la même ouverture d’esprit et la même approche créative de la musique. Le batteur Donald Kontomanou joue depuis peu dans le New Monk  Trio du  pianiste Laurent de Wilde. Le contrebassiste  Yoni Zelniktravaille  quant  à  lui  dans  les  groupes  du  pianiste Florian Pellissier et du batteur Fred  Pasqua. Il  a  également  tourné  au sein du trio Triveni avec Avishai Cohen et Nasheet Waits. 

Les morceaux  composant “Joys and Solitudes” prennent leur origine  dans différents endroits. “Les pianos de Brazzaville”, par  exemple, est  une  évocation  de  deux  voyages  que Yonathan  Avishai a effectué en République du Congo en Afrique Centrale. Tango est une réponse créative au disque “Ojos Negros de Dino Saluzzi” et Anja Lechner. “ J’ai écouté ce disque non-stop pendant un mois. Ma pièce n’est pas une tentative d’écrire un tango, mais essaie  plutôt de capturer certaines couleurs et saveurs que l’on trouve dans la façon dont les deux musiciens jouent dans ce disque.”

When Things Fall Apart emprunte son  titre au livre  de l’auteur américain  bouddhiste Pema Chödrön mais est inspiré par la musique d’Avishai Cohen. “ C’est en fait une réponse directe à la composition d’Avishai ‘Into The Silence’.  Même si je fais partie du groupe d’Avishai et  ai  participé  à la création  de  cette musique, la  façon  dont  cette  pièce  se  développe  est  un  peu  mystérieuse et j’en aime le résultat émotionnel. La plupart des choses que j’écris sont simple mélodiquement et souvent en 4/4, mais avec When Things Fall Apart j’ai voulu expérimenter une forme plus longue et plus complexe avec des espaces pour improviser, comme Avishai a l’habitude de faire.” 

“Joys and Solitudes” a été enregistré à l’Auditorio Stelio Molo RSI de Lugano en février 2018, sous la direction artistique de Mandred Eicher. L’album sera publié au moment où le trio débutera une tournée européenne. Plusieurs autres disques ECM avec Yonathan Avishai sont en préparation dont un duo avec Avishai Cohen. 

Où écouter Yonathan Avishai

Yonathan Avishai (piano)
Yoni Zelnik (contrebasse)
Donald Kontomanou (batterie)

Programmation musicale

Yonathan Avishai « Joys and Solitudes »
Mood Indigo (Ellington, Bigard, Mills)
ECM2611

« Joys and Solitudes »
« Joys and Solitudes »

Yonathan Avishai « Joys and Solitudes »
Joy (Yonathan Avishai)
ECM2611

« Joys and Solitudes »
« Joys and Solitudes »

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« Diane »
« Diane »

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« The Famous 1938 Carnegie Hall Jazz Concert »
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