Open jazz
Magazine
Vendredi 26 juin 2020
54 min

Stéphane Grappelli, le poids des inédits et la légèreté du swing

Le coffret “Grappelli with Strings” qui paraît chez Label Ouest/l’Autre Distribution rassemble 37 titres dont 23 inédits. Il célèbre l’amitié du violoniste avec le pianiste, compositeur, arrangeur et chef d’orchestre Gérard Gustin.

Stéphane Grappelli, le poids des inédits et la légèreté du swing
Stéphane Grappelli, © Jean-Jacques Becciolini

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  • Stéphane Grappelli à la Une

Un premier album, entièrement inédit, produit par Sacha Distel en 1970, permet d’entendre Stéphane Grappelli dans un contexte « à cordes ». Un écrin qui sied à merveille à ce gentleman du violon. Les deux séances en quartet réunies dans le deuxième volume présentent un autre aspect de la collaboration discographique entre les deux hommes, qui s’étalera sur près d’une dizaine d’années. En bonus, une autre session inédite en quintet en 1961, en compagnie du guitariste Pierre Cullaz.

« With Strings »
« With Strings »

Une histoire d’amitiés

Au début des années 60, l’avènement du rock’n’roll et la vague « yé-yé » vont affecter durablement la vie musicale, brouillant quelque peu les repères dans le domaine des variétés. Les musiciens de jazz, qui jusque-là y tenaient le « haut du pavé », vont devoir s’adapter. Certains, comme Emmanuel Soudieux, contrebassiste du quintette de Django Reinhardt puis de l’orchestre d’Yves Montand, abandonneront le métier. D’autres, comme le pianiste René Urtreger, joueront les utilités derrière les vedettes du moment en attendant des jours meilleurs. Stéphane Grappelli, qu’une enfance difficile a sensibilisé « à vie » à la précarité et au risque des lendemains qui déchantent, va accepter en 1967 un engagement au restaurant de l’hôtel Hilton avenue de Suffren : le Toit de Paris. Il y restera cinq ans. C’est là que le retrouve Sacha Distel, au tout début de l’année 1970.

Londres et Paris

Il faut dire qu’à cette époque, Stéphane n’est pas encore la star du violon jazz que nous connaissons. Ex-partenaire de Django Reinhardt, le violoniste jouit certes d’une excellente réputation, soutenue par un professionnalisme à toute épreuve, mais le temps a tourné. Deux personnalités vont alors contribuer à redonner à l’artiste une visibilité médiatique et une audience internationale à la hauteur de son immense talent : Yehudi Menuhin et Sacha Distel… Ces années-là sont en effet des années fastes pour Sacha, connu comme chanteur par le grand public, mais également féru de guitare jazz (n’oublions pas qu’il fut le premier disciple français de Jimmy Raney) et accessoirement animateur (depuis 1963) du fameux Sacha Show à la télévision. Distel invite son ami sur les plus grandes scènes (Palladium de Londres, Olympia de Paris, où ils s’installeront durant trois semaines en février-mars 1970), l’emmène en tournée, lui « remet les pieds à l’étrier » en somme, produisant dans la foulée, en septembre 1970, ces séances « with strings » dirigées par le pianiste Gérard Gustin, qui est alors son chef d’orchestre.

A cordes et à crins

Conçus à l’origine comme des musiques « d’ambiance », ces enregistrements restés inédits se présentent comme le fruit d’une étroite collaboration entre Gustin, qui en fournit l’écrin, et Grappelli, qui leur donne sa voix inimitable. Entre les deux hommes, la complicité est d’ailleurs totale. Musicien complet (compositeur, arrangeur, chef d’orchestre), Gérard est également un remarquable pianiste (tout comme Stéphane !) et un « chorusman » redoutable. On badine et on se renvoie la balle sur le blues, ou à partir de trames harmoniques empruntées à des standards (on en reconnaîtra quelques-unes au fil des plages : Out of Nowhere, Tenderly, Body and Soul…). Mais quel que soit le prétexte, la vérité sort toujours de la bouche du violon de Stéphane, dont l’archet virevolte, tour à tour câlin, tranchant, toujours saisissant, comme l’illustre ce Corail inaugural. Sur Direction Uranus et Zénith, Sacha vient déposer quelques notes de guitare, distillant comme en clin d’œil l’élégance de son phrasé, heureux de partager la musique avec ses amis. Quant à la section rythmique (basse électrique et drums), impossible de l’identifier à coup sûr. S’agit-il de Francis Darizcuren (qui ne reconnaît pas son jeu à la quatre cordes, attaquées ici au médiator) et d’Armand Cavallaro, tous deux titulaires de l’orchestre de Gustin à cette période ? Cavallaro s’est-il fait remplacer pour ces séances par Marcel Blanche, qui officiait parfois sur scène et Darizcuren par Paul Rovère ou Alain Bodénes (qui se souvient avoir joué avec Stéphane lors de tournées, mais pas enregistré) ? Mystère ! Captées sans doute dans l’urgence du moment, ces faces exhalent aujourd’hui le parfum d’une époque, assorti d’un insaisissable goût d’éternité.

Le temps des amis

C’est un Stéphane souverain (dégagé de ses « obligations » à l’hôtel Hilton, qu’il vient juste de quitter) que l’on retrouve, en tout cas, en 1973, période où sa carrière amorce une nouvelle ascension. Dans l’intervalle, il a enregistré un premier album avec Menuhin. Grâce à Sacha et Yehudi, l’aura du violoniste ne cesse de s’étendre (sa renommée atteindra bientôt une dimension planétaire). En convainquant Stéphane, vingt ans après la mort de Django, de renouer avec les formules « à guitares », style quintette du Hot Club de France, le guitariste britannique Diz Disley apporte également sa pierre à l’édifice. Avec le succès que l’on sait ! – Mais Grappelli et Gustin ne loupent pas une occasion de graver quelques faces ensemble et de célébrer leur amitié. En témoigne cette séance de 1973 enregistrée au Studio des Dames, joyau parfaitement ciselé, où le raffinement grappellien est à son comble. Quelques années plus tard, à Nice en 1980, c’est à une séance plus « débridée » que nous convient les deux compères, Stéphane et Gérard se retrouvant régulièrement dans le sud pour des « saisons ». Le jouage, le drive et la joie d’improviser l’emportent ici, au fil d’échanges « musclés » où accents bluesy et funky prennent volontiers leur part.

Pour clore ce coffret en beauté, un bonus avec un autre document inédit. C’est la seule trace discographique d’une formation connue jusque-là par une unique apparition télévisée (« Jazz au Studio 4 », réalisé par Jean-Christophe Averty, diffusé le 12 septembre 1961). Ccette session plus ancienne permet d’entendre Stéphane à la tête d’un quintet de haut vol réunissant Pierre Cullaz (guitare), Léo Petit (guitare), Guy Pedersen (contrebasse) et Daniel Humair (batterie). Soit, à une exception près, l’orchestre qui allait graver quelques mois plus tard un chef-d’œuvre pour Barclay (« Django », réédité dans la collection « Jazz in Paris » chez Universal). Mais cette « exception » fait ici toute la différence, tant le jeu de Pierre Cullaz (notamment par sa technique des doigts de la main droite) se distingue de celui de Pierre Cavalli (présent sur l’album Barclay). Ls témoignages enregistrés de l’art de Cullaz sont rares dans ce type de contexte. Une trouvaille du plus haut intérêt !
Max Robin (extrait du communiqué de presse)

Programmation musicale

18h07 - Jacques Coursil  « Clameurs »
Prologue / Paroles Nues (Jacques Coursil)
Jacques Coursil (trompette, musique)
Emarcy 984 748

« Clameurs »
« Clameurs »

18h12 - Stéphane Grappelli   « With Strings »
Corail (Gérard Gustin)
Stéphane Grappelli (violon), Gérard Gustin (piano, direction), Grand orchestre de Gérard Gustin
Label Ouest 304051.2

« With Strings »
« With Strings »

18h16 - Stéphane Grappelli   « With Strings »
Zénith (Gérard Gustin)
Stéphane Grappelli (violon), Sacha Distel (guitare), Gérard Gustin (piano, orgue, direction), Grand orchestre de Gérard Gustin
Label Ouest 304051.2      

« With Strings »
« With Strings »

18h20 - Stéphane Grappelli   « With Strings »
Gerba (Stéphane Grappelli)
Stéphane Grappelli (violon), Gérard Gustin (piano, direction), rythmique inconnue
Label Ouest 304051.2

« With Strings »
« With Strings »

19h23 - Stéphane Grappelli   « With Strings »
Erroll (Stéphane Grappelli)
Stéphane Grappelli (violon), Gérard Gustin (piano, direction), rythmique inconnue
Label Ouest 304051.2

« With Strings »
« With Strings »

18h26 - Stéphane Grappelli   « With Strings »
Alabamy Bound (Ray Henderson, Buddy DeSylva, Bud Green)
Stéphane Grappelli (violon), Pierre Cullaz (guitare), Léo Petit (guitare rythmique), Guy Pedersen (contrebasse), Daniel Humair (batterie)
Label Ouest 304051.2

« With Strings »
« With Strings »

18h31 - Buddy Collette  « The Complete 1961 Milano Sessions »
Softly As in a Morning Sunrise (S. Romberg, O. Hammerstein III)
Buddy Collette (clarinette), Gianni Basso (saxophone ténor), Renato Sellani (piano) ,George Joyner (contrebasse), Jimmy Pratt (batterie)
Fresh Sound 990   

« The Complete 1961 Milano Sessions »
« The Complete 1961 Milano Sessions »

18h36 - Christian Sands  « Be Water »
Intro (Christian Sands)
Christian Sands (piano, claviers, voix), Marcus Strickland (saxophone), Marvin Sewell (guitare), Yasushi Nakamura (basse), Clarence Penn (batterie)
Mack Avenue 1170

« Be Water »
« Be Water »

18h39 - Christian Sands  « Be Water »
Be Water (Christian Sands)
Christian Sands (piano, Fender), Marcus Strickland (saxophone ténor), Sean Jones (trompette, bugle), Steve Davis (trombone) ,Marvin Sewell (guitare), Yasushi Nakamura (basse), Clarence Penn (batterie)
Mack  Avenue 1170  

« Be Water »
« Be Water »

18h48 - Diana Ross & The Supremes « The Motown Story »
Where Did Our Love Go (D.  Holland, L. Dazler, B. Holland)
Diana Ross (voix), Florence Ballard (choeurs), Mary Wilson (choeurs), The Funk Brothers : Earl Van Dyke (piano), Eddie Willis (guitare), Robert White (guitare), Andrew "Mike" Terry (saxophone baryton), James Jamerson (basse), Richard "Pistol" Allen (batterie), Eddie Holland (percussions), Mike Valvano (percussions), Jack Ashford (vibraphone)
Motown 726 

« The Motown Story »
« The Motown Story »

18h52 - Walter Smith III, Matthew Stevens « In Common 2 »
Opera (Matthew Stevens)
Walter Smith III (saxophone ténor), Micah Thomas (piano), Matthew Stevens (guitare), Linda May Han Oh (basse), Nate Smith (batterie)
Whirlwind 4755

« In Common 2 »
« In Common 2 »

18h56 - Kansas Smitty's  « Things Happened Here »
Riders (Giacomo Smith, David Archer)
Alec Harper (saxophone ténor), Giacomo Smith (clarinette basse), Peter Horsfall (trompette), David Archer (guitare), Joe Webb (piano), Fergus Ireland (basse), Will Cleasby (batterie)
Ever 101

« Things Happened Here »
« Things Happened Here »
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