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Vendredi 5 avril 2019
54 min

Scott Robinson, étoile du ténor

L’histoire d’amour fusionnel de Scott Robinson avec son saxophone ténor dans “Tenormore”, qui paraît chez Arbor Records.

Scott Robinson, étoile du ténor
Scott Robinson, © Bud Glick

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“”Tenormore” est une étape très naturelle pour moi” explique Scott Robinson. “Le saxophone ténor est l’instrument principal, ma base d’attache, ma zone de confort - s’il y en a une. C’est comme le soleil, et tous les autres instruments sont comme les planètes qui gravitent à distances variées. J'ai donc pensé qu'il était temps de faire cet album, de sortir et de faire une déclaration : je suis avant tout un ténor au cœur de l'action.”

« Tenormore »
« Tenormore »

Pour la plupart des saxophonistes, la parution d’un album mettant en vedette le saxophone ténor ne mérite guère d’être remarquée. Scott Robinson, cependant, n’est pas n’importe quel saxophoniste ; il serait extrêmement réducteur de le considérer comme un simple saxophoniste. Certes, il maîtrise la famille complète d’instruments, bien sûr, et au cours des deux dernières décennies, il a été très apprécié pour son travail sur le sax baryton en particulier, notamment dans le cadre de son travail avec le Maria Schneider Orchestra. Mais il est aussi connu comme collectionneur passionné d’instruments rares et obscurs, tout depuis le marimba basse jusqu’au sarrusophone et au banjo contrebasse.

Malgré ce vaste arsenal d'objets sonores exotiques, le saxophone ténor reste le premier amour de Scott Robinson. Sur “Tenormore” qui paraît chez Arbor Records, Scott Robinson revient aux fondamentaux avec le premier enregistrement entièrement au sax ténor de toute sa carrière. Enregistré juste à temps pour son 60ème anniversaire, c’est à la fois l’occasion pour faire le point et se reconnecter avec un vieil ami, et en même temps, offrir le premier enregistrement de son nouveau quartet avec la pianiste Helen Sung, le bassiste Martin Wind et le batteur Dennis Mackrel

Scott Robinson porte fièrement (et littéralement) son histoire avec le saxophone : le chapeau qu'il porte sur la pochette de l'album a été fabriqué à partir de 177 anches qu'il a jouées au fil des ans !!! Mais le son de ce “Tenormore” n’est pas seulement celui de l’instrument dont joue Scott Robinson. C’est aussi celui d’un ténor très particulier : le Conn 1924 en argent qu’il a découvert chez un antiquaire du Maryland en 1975 et qui n’avait jamais été utilisé depuis. Dans les notes de pochette, Scott Robinson écrit une lettre d'amour émouvante à cet instrument particulier. Il retrace une vie avec tous ses triomphes et ses tragédies, des voyages autour du monde à un quasi abandon dans un bus du New Jersey Transit.  

Je dis souvent que nous sommes tous les deux comme un vieux couple, écrit-il. Nous nous faisons les gros yeux mais nous nous pardonnons nos fautes, parce que nous sommes ensemble depuis assez longtemps pour réaliser que nous sommes mieux ensemble que séparés." 

On imagine que Scott Robinson parle d’expérience. Sa femme Sharon (une relation qui précède même celle avec le Conn de 1924, qui remonte à la 6ème au collège) joue de la flûte sur The Weaver, une dédicace au père de Scott Robinson qui s’ouvre avec un court haiku récité au mariage de Scott et Sharon par son frère aîné. Sharon reçoit aussi un hommage avec Morning Star, une pièce dont la joie, la tendresse et l'esprit ludique brossent le portrait d'un couple au long terme. L’album s’ouvre sur une reprise en saxophone solo du classique des Beatles And I Love Her. “Pourtant je ne suis pas un fan des Beatles”, confesse Scott Robinson, avant d’expliquer : “Les quatre notes du refrain me sont resté dans la tête toute une nuit et je n’ai pu m’en débarrasser qu’en me levant pour l’enregistrer tout seul en une seule prise, avant l’aube, sans changer mon anche fêlée.”

Scott Robinson, avec sa panoplie d’instruments à anches, a participé à plus de 250 enregistrements à ce jour, notamment avec quelques grands noms du jazz tels que Bob Brookmeyer, Tom Harrell, Frank Wess, Maria Schneider, Anthony Braxton, Joe Lovano, Ron Carter, Ella Fitzgerald, Ruby Braff ou Roscoe Mitchell. 

Programmation musicale

Scott Robinson « Tenormore »
And I Love Her (Lennon, McCartney)
Arbors 19462

« Tenormore »
« Tenormore »

Scott Robinson « Tenormore »
Put On a Happy Face (Adams, Strouse)
Arbors 19462       

« Tenormore »
« Tenormore »

Lester Young « Blue Lester »
The Man I Love (G. & I. Gershwin)
Dreyfus Jazz 36729-2       

 « Blue Lester »
« Blue Lester »

Quinsin Nachoff's Flux « Path of Totality »
Orbital  Resonances (Quinsin Nachoff)
Whirlwind   4733  

« Path of Totality »
« Path of Totality »

Lee Morgan « Here's Lee Morgan »
Bess (Lee Morgan)
Jazz Images 37169

« Here's Lee Morgan »
« Here's Lee Morgan »

Charlier,  Sourisse, Winsberg  « Tales from Michael »
Madame Toulouse (Michael Brecker)
Gemini 1719       

« Tales from Michael »
« Tales from Michael »

Boulou & Elios Ferré « Pour Django »
Marshmallow (Warne Marsh)
SteepleChase 31120       

« Pour Django »
« Pour Django »

Palacio « D'un océan à l'autre »
Lavande hier (Jean-Jacques Ruhlmann)
Ô  Jazz 006

« D'un océan à l'autre »
« D'un océan à l'autre »

Mimi Fox « The Bird Still Flies »
Blue Bossa (Kenny Dorham)
Origin 82773 

« The Bird Still Flies »
« The Bird Still Flies »

Uzeb « Reunion »
Brass Licks (M.  Cusson, A. Caron, S. Montanaro)
Cream   902-2

« Reunion »
« Reunion »
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