Open jazz
Magazine
Mardi 19 février 2019
54 min

Nguyên Lê, ouvert à tous les courants d'air

Dans l'album “Streams”, qui sort le 22 février chez Act, Nguyên Lê réaffirme la place centrale du jazz dans son exploration des traditions d’Asie du Sud-Est.

Nguyên Lê, ouvert à tous les courants d'air
Illya Amar, John Hadfield, Nguyên Lê, Chris Jennings, © Masha Mosconi

Au sommaire aujourd'hui

  • Nguyên Lê invité de Alex Dutilh.

Chacun de mes albums est un peu le contraire de celui qui le précède. Il est comme un livre qui raconte sa propre histoire,” dit Nguyên Lê.

« Streams »
« Streams »

La seule constante de la carrière de Nguyên Lê  est justement que son parcours évolue en permanence. Ce musicien né et vivant à Paris  s'est  imposé comme une voix majeure en combinant, de manière passionnante et novatrice, une myriade de musiques aux accents vietnamiens. “Streams”, son dernier opus qui paraît chez ACT le 22 février, continue dans cette tradition en s'associant des musiciens ouverts aux musiques du monde : le batteur percussionniste américain John Hadfield, le bassiste canadien Chris Jennings, et le vibraphoniste français Illya Amar.

Chacun de mes albums est un peu le contraire de celui qui le précède. Il est comme un livre qui raconte sa propre histoire,” dit Nguyên Lê. “”Streams” est plus “'jazz” que mes projets précédents - dans ma plus personnelle définition du terme. J'ai commencé à créer mon propre “'world  jazz” en 1996  avec “Tales  from  Viêt-Nam”, avant d'enregistrer “Maghreb & Friends” (1998). L'intégration du jazz et des musiques traditionnelles s'est  avérée un long  processus  qui s'est développé  tout au long de nombreux albums. J'aimerais maintenant dévoiler où ce voyage m'a  mené, et montrer comment chaque singularité culturelle est venue se fondre en ma propre voix. Chaque composition de “Streams” trouve son origine dans une inspiration ethnique spécifique, même si celle-ci n'apparaît pas forcément de manière évidente. Il y a beaucoup de concepts rythmiques indiens, de nombreux phrasés d'Inde et du Vietnam, des mélodies aux accents orientaux, des rythmes originaires du Maghreb — et aussi des références inconnues à des traditions imaginaires.

“Subtle Body est un morceau où l'idée était de faire se succéder de manière fluide des zones aux métriques multiples” précise Nguyên Lê.  “Dans Bamiyan, il  est  question  de  subdivisions,  de superpositions  de  cycles et  d'équivalences  rythmiques.  En  fait, “Streams” contient  des pièces  parmi  les  plus  difficiles  que  j'ai jamais composées, en particulier sur le plan rythmique. _Mais  la  mélodie  est  toujours centrale_, et c'est pourquoi les morceaux n'ont pas un son "mathématique". Prenez Mazurka, par exemple : sa mélodie romantique est suivie d'un développement très  rythmique, presque africain : ainsi  se  mêlent les  racines polonaises et caribéennes de cette chanson. J'aime à penser que la  musique  de “Streams” fait entendre le voyage des cultures, et qu'elle montre comment, en voyageant, les cultures se transforment.” 

Ce  groupe  est  une  grande  symbiose  entre  musiciens, êtres humains et personnalités artistiques” dit Nguyên Lê.  “Illya est mon beau-fils, et il n'avait que trois ans quand je l'ai connu. Je l'ai vu grandir et devenir un  vibraphoniste  fantastique. Depuis  toutes  ces années, il connaît les aspects les plus intimes de ma musique, et joue aujourd'hui dans plusieurs de mes groupes. Je connais Chris depuis plus de dix ans. Il est précieux d'entendre des lignes de basse acoustique aussi solides que chantantes ! C'est Chris qui m'a présenté  John,  batteur de New York autant versé dans le jazz américain que dans les musiques traditionnelles. Ses voyages en Inde, Pérou, Mongolie, Moyen-Orient et Indonésie, lui ont appris les rythmes et les instruments de toutes ces cultures. Comme moi, les musiciens de “Streams” ont vécu des expériences musicales ethniques profondes, et grâce à cette connaissance ils comprennent ma musique immédiatement.” 

Pour  Nguyên  Lê, un  esprit  à  l'écoute et  des  oreilles  grandes ouvertes sont l'essence du  jazz. “La  base  du  jazz  est l'improvisation  collective.  Il ne s'agit pas  seulement de faire un bon solo, mais aussi d'écouter les autres musiciens, de réagir en adaptant instantanément son discours musical à celui de l'autre,dit  Nguyên Lê. Ce dialogue, cette interaction essentielle, font des jazzmen les  musiciens souvent les plus habilités aux échanges transculturels. Ce Streams quartet est un exemple  parfait  pour ouvrir ce dialogue ; ce groupe  crée de riches conversations musicales et, même si le quartet vient du jazz, il finit par transcender les genres. Tout simplement, il permet aux auditeurs de se concentrer sur la musique et de l'aimer. Je suis convaincu qu'un nouvel univers d'inspirations est en train de s'ouvrir entre tradition et modernité, entre Est et Ouest, Nord et Sud. Cet album “Streams” est l'incarnation de cette idée.”

Où écouter Nguyên Lê

  • A Paris (75) mardi 19 mars à 21h au New Morning - concert enregistré pour Jazz Club de Yvan Amar, diffusion le 06 avril.

Programmation musicale

Nguyên Lê « Streams »
Hippocampus (Nguyên Lê)
ACT 9876-2

« Streams »
« Streams »

Nguyên Lê « Streams »
Sawira (Nguyên Lê)
ACT 9876-2

« Streams »
« Streams »

Terje Rypdal « If Mountains Could Sing »
The Return of Per Ulv (Terje Rypdal)
ECM 1554

« If Montains Could Sing »
« If Montains Could Sing »

Mary Halvorson, Joe Morris « Traversing Orbits »
Brain Draft (Mary Halvorson, Joe Morris)
Rogue Art 0083

« Traversing Orbits »
« Traversing Orbits »

Albert Ammons, Pete Johnson, Meade "Lux" Lewis « From Spirituals to Swing »
Jumpin' Blues (Albert Ammons, Pete Johnson, Meade "Lux" Lewis)
Vanguard 169/71-2

« From Spirituals to Swing »
« From Spirituals to Swing »

Miles Davis « Biches Brew »
Key (Miles Davis)
Sony 88697 75520 2/1

« Biches Brew »
« Biches Brew »

Swing Bones « Tribute to François Guin »
Beijing Express (François Guin)
Autoprod

« Tribute to François Guin »
« Tribute to François Guin »

Super Alone « Rêveries sonores »
Rêverie #3 (Robin Nitram)
Autoprod

« Rêveries sonores »
« Rêveries sonores »

Tullia Morand « Magic Hands »
In The Car Park (Tullia Morand)
Clapson 8933

« Magic Hands »
« Magic Hands »
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