Open jazz
Magazine
Mercredi 19 janvier 2022
54 min

Miles Davis : « On the Corner », 50 ans après

Cinq bandes son de leur époque. Cinq albums enregistrés qui bousculèrent l’ordre établi. On sortait des années exploratoires du free jazz et les révolutions musicale les plus conséquentes n’étaient vraiment pas là où on les attendait.

Miles Davis : « On the Corner », 50 ans après
Miles Davis, © Getty / David Redfern

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  • Miles Davis à la Une
50 ans après
50 ans après

🎷 Première avancée, la revendication d’une autonomie artistique du Tiers-Monde vis-à-vis de la norme étasunienne : le « Bolivia » de Gato Barbieri poursuit l’aventure amorcée par « The Thirld World » en 1969. Gato l’Argentin dessine une géographie du « pueblo unido jamas sera vencido » : un axe Cuba, Brésil, Bolivie, Argentine… Les bretons, les norvégiens et les sardes n’auront plus de complexes.

🎹 Seconde percée, la révolution intérieure, celle des sentiments, à contre-sens total des revendications sociétales. Quand Paul Bley enregistre un frissonnant « Open to Love » en solitaire, on croit rêver : lui l’un des acteurs de la « révolution d’octobre » du jazz new-yorkais huit ans plus tôt, lui qui libéra le trio piano-contrebasse-batterie de tous les carcans rythmiques ou harmoniques ! Et voilà qu’il ouvre un boulevard aux piano-solos de Keith Jarrett.

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🎺 Troisième tremblement de terre, l’éruption d’un ovni annoncé un peu plus tôt par « Bitches Brew ». Cette fois, avec « On the Corner », Miles Davis ne se contente pas d’électrifier le propos, il concocte un cocktail explosif, une fusion au plein sens du terme où Sly Stone et James Brown sont aussi influents que Karlheinz Stockhausen et Ornette Coleman. C’est rugueux, sale, insolent, rebelle. Désormais le funk ne quittera plus le Prince des Ténèbres.

Cette fois, il ne s’agit plus d’évolution mais d’un point de non-retour. Les concerts du Fillmore new-yorkais en juin 1970 avaient annoncé la couleur : trois claviers électriques, basse, batterie, percussions autour du couple trompette-sax. L’irruption de la guitare de John McLaughlin dans « Jack Johnson » et « Live Evil » poussait le bouchon encore plus loin au même moment. L’inflexion des couleurs rock s’accentuait. Virage sur l’aile : avec « On the Corner », on bascule to-ta-le-ment dans le funk. Mais pas un funk de divertissement. Un funk expérimental, aux frontières du bruitiste. Les sessions vont s’enchainer, les albums vont accoler des moments en studio défiant la chronologie. Miles cherche, furieusement, frénétiquement. Dans la noirceur d’ensemble, des rais de lumière, solaires, viennent irradier la toile. Une bande son imaginaire du Musée Soulages… Quand toute cette période est rassemblée en coffret raisonné « The Complete On the Corner Sessions », en 2007, des versions intégrales inédites apparaissent. Le temps de l’éblouissement est venu. Nous voici invités dans le studio, le 1er juin 1972, guettant le surgissement de beautés convulsives inconnues.

🎹 Quatrième saut dans l’inconnu, l’un des albums les plus ambitieux et méconnus de Keith Jarrett : « Expectations ». Son titre est pourtant explicite, « les attentes ». Jarrett y augmente son brillant quartet américain d’une guitare, de percussions et surtout d’un ensemble de vents et de cordes. L’écriture bouscule les frontières esthétiques, le jeu des solistes est un ballet de feux follets. Rassemblant toutes les pièces de son puzzle, Jarrett propose paradoxalement une tabula rasa excitante.

🎹 Dernier volet, l’irruption de continents lointains, avec leurs instruments et leur propre spiritualité, dans l’univers afro-américain. C’est l’ancien pianiste du Coltrane mystique qui s’y colle, McCoy Tyner, avec « Sahara », son premier album chez Milestone. Il y joue du koto, de la flûte, des percussions et s’inspire de mélopées africaines et de couleurs japonisantes. En se décentrant, le jazz retrouve une raison d’être et légitime son universalité. Jazzmen de tous les pays, réunissez-vous…

La programmation musicale :
  • 18h06
    On the corner (unedited master) - MILES DAVIS
    Miles Davis

    On the Corner (Unedited Master)

    Miles Davis. : compositeur, Miles Davis (trompette électrique), Dave Liebman (saxophone soprano), Chick Corea (synthétiseur), Herbie Hancock (Fender Rhodes), Harold Ivory Williams (orgue), John McLaughlin (guitare), Colin Walcott (sitar électrique), Michael Henderson (basse életrique), Jack DeJohnette (batterie), Don Alias (conga), Badal Roy (tabla), Billy Hart (percussions)
    Album The Complete On the Corner Sessions Label Columbia (886970623926) Année 2007
  • 18h28
    Joy - THOMAS DE POURQUERY , SUPERSONIC
    Thomas de Pourquery & Supersonic

    Joy

    Thomas De Pourquery. : compositeur, Thomas De Pourquery (saxophone alto), Fabrice Martinez (trompette, bugle, percussions), Laurent Bardainne (saxophone ténor, synthétiseur), Arnaud Roulin (piano, synthétiseur, électroniques,accordéon, percussions), Frederick Galiay (basse, électroniques), Edward Perraud (batterie, électronique)
    Album Back to the Moon Label Lying Lions Année 2021
  • 18h34
    Brain eaters - ADRIEN CHICOT
    Adrien Chicot

    Brain Eaters

    Adrien Chicot. : compositeur, Julien Alour (tompette), Adrien Chicot (piano), Ricardo Izquierdo (saxophone ténor), Sylvain Romano (contrebasse), Antoine Paganotti (batterie)
    Album Babyland Label Gaya Année 2021
  • 18h38
    Le temps d'une vie - LOUIS BILLETTE
    Louis Billette

    Le temps d'une vie

    Louis Billette. : compositeur, Louis Billette (saxophone ténor), Zacharie Ksyk (trompette), François Lana (piano), Blaise Hommage (contrebasse), Marton Kiss (batterie)
    Album Le temps d'une vie Label Hout (HR030CD) Année 2021
  • 18h45
    Domingada open air - ALEXANDER HAWKINS, MIRROR CANON
    Alexander Hawkins & Mirror Canon

    Domingada Open Air

    Alexander Hawkins. : compositeur, Alexander Hawkins (piano), Shabaka Hutchings (saxophone soprano), Otti Fischer (guitare électrique), Neil Charles (guitare basse, contrebasse), Stephen Davis (batterie), Richard Olatunde Baker (adamo, percussions)
    Album Break a Vase Label Intakt (373) Année 2022
  • 18h53
    Black satin - MILES DAVIS
    Miles Davis

    Black Satin

    Miles Davis. : compositeur, Miles Davis (trompette électrique), Dave Liebman (saxophone soprano), Chick Corea (synthétiseur), Herbie Hancock (Fender Rhodes), Harold Ivory Williams (orgue), John McLaughlin (guitare), Colin Walcott (sitar électrique), Michael Henderson (basse életrique), Jack DeJohnette (batterie), Don Alias (conga), Badal Roy (tabla), Billy Hart (percussions)
    Album The Complete On the Corner Sessions Label Columbia (886970623926)
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