Open jazz
Magazine
Lundi 24 août 2020
54 min

Maria Schneider, connexions naturelles et déconnexion numérique

Inspiré par la dialectique conflictuelle entre le monde numérique et le monde naturel, “Data Lords” le double album qui paraît chez ArtistShare, met en scène l'orchestre de 18 musiciens de la compositrice et cheffe d’orchestre Maria Schneider.

Maria Schneider, connexions naturelles et déconnexion numérique
Maria Schneider, © Briene Lermitte

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  • Maria Schneider à la Une
  • Hommage à Hal Singer

"Personne ne peut nier l’énorme impact que le monde numérique, avide de données, a eu sur nos vies.  Alors que les grandes sociétés de données hypnotisent notre attention, je sais que je ne suis pas la seule à lutter pour rester à distance - pour rester en contact avec mon monde intérieur, le monde naturel, et tout ce qui est plus simple dans la vie", déclare Maria Schneider.  "Tout comme je me sens tiraillée entre un monde numérique et le monde réel, la même dichotomie apparaît dans ma musique. Afin de représenter véritablement ma création de ces dernières années, il m'a semblé naturel de sortir deux albums reflétant ces deux pôles opposés".

Data Lords
Data Lords

La musique du premier CD est centrée sur la guitare électrique (jouée par Ben Monder). La chanson titre Data Lords a été la première à être écrite et a été commandée par le Fonds Da Capo de la Bibliothèque du Congrès, avec le soutien de la Fondation Reva et David Logan.  Quatre autres titres - A World Lost, Don't Be Evil, CQ CQ, Is Anybody There ? et Sputnik - complètent le premier volume. Ils évoquent tous différents aspects de ce monde qui glisse sous le contrôle des seigneurs des données.

A World Lost aspire à une époque plus simple où nous étions tous plus connectés à la terre et les uns aux autres.  Sa sonorité lugubre se dégage des tonalités sombres de Ben Monder (guitare) et de Rich Perry (ténor). Don't Be Evil a été commandé directement par David & Ginger Komar par l'intermédiaire d'ArtistShare et a été créé au festival de Newport le 6 août 2017.  Cette pièce se moque musicalement de Google pour l’absurdité de sa devise, où dès le départ, ils ont fixé leurs normes éthiques au plus bas.  De puissants solos sont interprétés par Jay Anderson (basse), Ben Monder (guitare), Ryan Keberle (trombone) et Frank Kimbrough (piano).

CQ CQ, Is Anybody There ? se penche sur la radio amateur et le code morse (le premier langage binaire électronique) utilisés pour communiquer dans le monde entier.  Maria Schneider souligne que la radio amateur, contrairement à Internet, fonctionne avec le sens de la responsabilité, un code d'éthique et sans mercantilisme. Tous les rythmes de Maria Schneider dans ce morceau expriment des messages en morse comme le pouvoir, la cupidité, SOS et CQ (Y a-t-il quelqu’un ici ?). Le ténor de Donny McCaslin sort d'un monde de bavardage en morse comme une voix humaine à la recherche d'une connexion, mais ce qu'il rencontre, c'est l'intelligence artificielle sous la forme de la trompette électrifiée de Greg Gisbert.  

Spoutnik évoque le sentiment de l'espace et de nos milliers de satellites en orbite autour de la terre, désormais lancés par des sociétés dans une course à l'espace d'un nouveau genre.  Dans Spoutnik, Maria Schneider imagine un exosquelette numérique massif en orbite autour de la terre. Son thème court s'élève en variation, évoquant tout, du cosmos tranquille à quelque chose de presque wagnérien en puissance, et tout au long, le baryton de Scott Robinson évoque sa vision de l'espace.  

Data Lords se penche sur le moment de bascule où l'intelligence artificielle devient plus intelligente que les humains.  Cette pièce intense et puissante suit la sombre prédiction de Stephen Hawking selon laquelle l'intelligence artificielle choisit de se retourner contre nous et de nous détruire.  Les solistes sont Mike Rodriguez (trompette électrifiée) et Dave Pietro (alto). 

Maria Schneider écrit : "Je ne peux pas imaginer que je sois seule à me sentir souvent désespérée de cette nécessité de m'éloigner de tous les appareils qui me bombardent de bavardages futiles, de choses inutiles, de demandes sans fin. En stoppant tout cela et en rencontrant l'espace et le silence, je me retrouve facilement attirée par la nature, les gens, le silence, les livres, la poésie, l'art, la terre et le ciel. De ces rencontres sont nées toutes les inspirations ci-dessous.”

Sanzenin est inspiré des jardins magiques et méditatifs des temples, vieux de plusieurs centaines d'années, au nord de Kyoto, au Japon. Dans cette pièce, Gary Versace (accordéon) se promène dans ces jardins ludiques. Stone Song fait appel à la fantaisie de la poterie ishi no sasayaki (voix secrète dans la pierre) du céramiste Jack Troy pour imaginer le monde d'une petite pierre attendant d'être heurtée, frappée ou roulée, pour ensuite attendre des années ou des siècles avant d'être à nouveau déplacée. Utilisant l’espace de la manière la plus conséquente de toutes les pièces jamais écrites par Maria Schneider, Stone Song met en valeur l'exceptionnel art de l'écoute dans ce grand orchestre. Steve Wilson est présenté au soprano avec la collaboration de Gary Versace (accordéon), Frank Kimbrough (piano), Jay Anderson (basse) et Johnathan Blake (batterie). Look Up montre la facilité et la brillance de Marshall Gilkes au trombone sous la forme d'une pièce qui donne l'impression d’une ascension harmonieuse. Il nous enjoint de tourner notre regard vers le ciel, le monde et les autres. Braided Together, avec Dave Pietro (sax alto), est rempli d'espace et de simplicité et est basé sur une poésie de Ted Kooser.  

Bluebird a été commandée conjointement par le Hopkins Center, le Dartmouth College, le Flynn Center for the Performing Arts et le Center for Performing Arts de la Penn State University pour sa première en avril 2016.  Elle porte le nom de l'un des oiseaux préférés de Maria Schneider, et la pièce s'envole à travers de nombreuses tonalités et ambiances et comporte des solos distinctement contrastés de Steve Wilson (sax alto) et Gary Versace (accordéon). The Sun Waited for Me, qui évoque une chorale, met en scène Donny McCaslin au ténor, avec une mélodie lyrique jouée par Marshall Gilkes au trombone.  Basée sur un autre poème de Ted Kooser, la pièce nous rappelle que chaque jour, un monde expansif attend juste notre attention si nous nous arrêtons et l'invitons dans notre vie. 

L'orchestre de Maria Schneider a passé quatre jours en studio pour enregistrer “Data Lords”. Conçu par Brian Montgomery, qui a également enregistré le disque “The Thompson Fields” de Maria Schneider, récompensé par un Grammy Award en 2015, “Data Lords” met en scène l'extraordinaire talent artistique de l'orchestre de Maria Schneider dont le premier enregistrement remonte à 1992. Le groupe comprend les saxophonistes Steve Wilson, Dave Pietro, Rich Perry, Donny McCaslin et Scott Robinson ; les trompettistes Tony Kadleck, Greg Gisbert, Nadje Nordhuis et Mike Rodriguez ; les trombonistes Keith O'Quinn, Ryan Keberle, Marshall Gilkes et George Flynn ; l'accordéoniste Gary Versace, le guitariste Ben Monder, le pianiste Frank Kimbrough, le bassiste Jay Anderson et le batteur Johnathan Blake.

“Data Lords” est réalisé, financé et documenté par ArtistShare, la première plateforme de financement participatif au monde, que Maria Schneider a utilisée pour la première fois en 2003. Il s'agit de son cinquième album ArtistShare. Depuis la réalisation de son précédent album, “The Thompson Fields”, Maria Schneider a travaillé avec David Bowie sur une collaboration intitulée "Sue (Or In a Season of Crime)", et en 2019, elle a été nommée NEA Jazz Master, la plus haute distinction nationale américaine dans le domaine du jazz. En 2020, son album "Concert in the Garden" a été inscrit au National Recording Registry, et Schneider a également été élu à la prestigieuse American Academy of Arts and Sciences.

Ces dernières années, Maria Schneider s'est exprimée de plus en plus ouvertement sur Google et les grandes sociétés de données, en écrivant des articles et des livres blancs, en participant à des tables rondes du Bureau des droits d'auteur et en témoignant devant le Congrès.  "Les musiciens ont été le canari dans la mine de charbon", dit Maria Schneider. "Nous avons été les premiers à être utilisés et échangés contre des données".
(extrait du communiqué de presse en anglais - traduction E. Lacaze / A. Dutilh)

“Data Lords” est disponible exclusivement sur Mariaschneider.com.

La programmation musicale :
  • 18h08
    A World Lost - Ben Monder(guitare), Rich Perry(Sax tenor)
    Maria Schneider

    A World Lost

    Maria Schneider. : compositeur, Ben Monder (guitare), Rich Perry (saxophone ténor), Steve Wilson (saxophone alto, saxophone soprano, clarinette, flûte, flûte alto), Dave Pietro (saxophone alto, clarinette, flûte; flûte alto, piccolo), Donny McCaslin (saxophone ténor, flûte), Scott Robinson (saxophone baryton, clrinette basse, clarniette contra-basse, muson), Tonny Kadlek (trompette, bugle), Greg Gisbert (trompette, bugle), Nadje Nordhuis (trompette, bugle), Mike Rodriguez (trompette, bugle), Keith O'Quinn (trombone), Ryan Keberle (trombone), Marshall Gilkes (trombone), George Flynn (trombone basse), Gary Versace (accordéon), Frank Kimbrough (piano), Jay Anderson (basse), Johnathan Blake (batterie, percussions), Maria Schneider (direction)
    Album Data Lords Label Artistshare
  • 18h19
    The Sun Waited for Me - Donny McCaslin(Sax tenor), Marshall Gilkes(Trombone)
    Maria Schneider

    The Sun Waited For Me

    Maria Schneider. : compositeur, Donny McCaslin (saxophone ténor), Marshall Gilkes (trombone melody), Steve Wilson (saxophone alto, saxophone soprano, flûte, flûte alto), Dave Pietro (saxophone alto, clarinette, flûte, flûte alto, piccolo), Rich Perry (saxophone ténor), Scott Robinson (saxophone baryton, clarinette basse, contra-basse, muson), Tony Kadlek (trompette, bugle), Greg Gisbert (trompette, bugle), Nadje Nordhuis (trompette, bugle), Mike Rodriguez (trompette, bugle), Keith O'Quinn (trombone), Ryan Keberle (trombone), George Flynn (trombone basse), Gary Versace (accordéon), Ben Monder (guitare), Frank Kimbrough (piano), Jay Anderson (basse), Johnathan Blake (batterie, percussions), Maria Schneider (direction), Ted Kooser. : auteur
    Album Data Lords Label Artistshare
  • 18h27
    Stolen moments - Oliver Nelson
    Quincy Jones

    Stolen Moments

    Oliver Nelson. : compositeur, Freddie Hubbard (trompette), Benny Bailey (trompette), Paul Cohen (trompette), Rolt Ericson (trompette), Julius Watkins (bugle), David Baker (trombone), Curtis Fuller (trombone), Ake Persson (trombone), Melba Liston (trombone), Joe Lopes (saxophone alto), Phil Woods (saxophone alto), Eric Dixon (saxophone ténor), Budd Johnson (saxophone ténor), Sahib Shihab (saxophone baryton), Leslie Spann (guitare), Patricia Brown (Bowen) (piano), George Catlett (basse), Stu Martin (batterie), Carlos 'Patato' Valdes (congas), Quincy Jones (arrangement, direction)
    Album Live in Paris 14 mars 1961 Label Frémeaux & Associés (FA5765) Année 2020
  • 18h41
    So what - MILES DAVIS
    Miles Davis

    So What

    Miles Davis. : compositeur, Miles Davis (trompette), George Coleman (saxophone ténor), Herbie Hancock (piano), Ron Carter (contrebasse), Tony Williams (batterie)
    Album Four & More Label Columbia (88697524922-21) Année 2009
  • 18h52
    April in Paris - Vernon Duke
    Géraldine Laurent, Manu Codjia, Christophe Marguet

    April in Paris

    Vernon Duke. : compositeur, Géraldine Laurent (saxophone alto), Manu Codjia (guitare électrique)
    Album Looking for Parker Label Bee Jazz (BEE 060) Année 2013
  • 18h55
    Prints in the sand - HAL SINGER, BERNARD MAURY
    Hal Singer, Bernard Maury

    Prints in the Sand

    Hal Singer. : compositeur, Bernard Maury. : compositeur, Hal Singer (saxophone ténor), Bernard Maury (piano)
    Album Prints in the Sand Label Black & Blue (BB 648.2) Année 1999
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