Open jazz
Magazine
Jeudi 1 janvier 2015
55 min

Les grands photographes de jazz (4/5) : Roy DeCarava

Les grands photographes du jazz exposés dans Open Jazz.

Depuis ses débuts, le jazz, surtout in situ, a captivé l’attention des grands photographes. Des rais de lumière dans la pénombre des clubs enfumés, des reflets de transpiration sur les visages à la recherche du tempo perdu, mais aussi des instants de grâce entre deux concerts au soleil de Juan-les-Pins, des silhouettes fantomatiques au petit matin sur un trottoir de New York, des portraits en contre-plongée composés comme un standard en lignes obliques et nuances de gris…

Le lieu d’exposition des photos de jazz ? Les pochettes de 30cm, les pages de magazine, beaucoup de beaux livres et aujourd’hui les galeries et les plus grands musées d’art contemporain.

En compagnie de Philippe Lévy-Stab et de la rigueur de son œil au format 6x6, Alex Dutilh parcours la bande son en noir et blanc de cinq photographes majeurs du siècle du jazz :

Ni clic, ni clac, ceux-là sont du genre à se fondre silencieusement dans les coulisses. Atmosphère et lumières tamisées…

Aujourd'hui, Roy DeCarava (1919-2009), une vison intensément poétique de la photographie de jazz. Né à Harlem, Roy DeCarava en fera le cadre essentiel de son travail pendant près d'un demi-siècle, s'intéressant à ses anonymes commes aux grands maitres du jazz croisés dans Manhattan. Il avait débuté par la peinture - où se nourrit probablement son art du clair-obscur - et ses photos vont davantage plonger dans l'héritage contemplatif d'Edward Steichen que dans la fièvre d'un Gary Winogrand.

Afro-américain, son propos ne fut jamais une approche sociologique ou documentaire, mais “une expression créative, la volonté d'exprimer l'intime de la condition des Noirs, que seuls l'un des leurs peut réellement interpréter", expliqua-t'il en 1952 en sollicitant une bourse de la fondation Guggenheim. De fait, ses images de la vie quotidienne à Harlem sont empreintes d'une tendresse particulière, bienveillantes, sans aucun effet spectaculaire, une approche profondément humaniste d'exprimer ses émotions face à un "here and now " d'un village qu'il savait universel.

Au début des années 60, Roy DeCarava écrivit et assembla à la main un ouvrage fondamental, "The Sound I Saw", publié en France (par Phaidon sous le titre "Le Son que j'ai vu"). Il y assemble des images de Harlem que l'on imagine volontiers accompagnées des musiques d'Ellington ou de Mingus, des portraits de jazzmen totalement singuliers, impressionnistes, fugitifs, mais d'une puissance évocatrice rare. Encore une fois, l'essentiel n'est pas dans le documentaire (ils sont parfois de dos, ou dans dans la pénombre, ou brouillés par le flou et on a peine à les reconnaitre), mais dans l'émotion qui se dégage d'une "nécessité intérieure" du photographe en harmonie totale avec celle du musicien qui se trouve en face de son objectif.

Par cette subjectivité radicale, Roy DeCarava est jazzman jusqu'au plus profond de ses gris et de ses noirs. Eye and Soul

La programmation musicale :

    Just You, Just Me

    Thelonious MonkALBUM : « Monk »LABEL : Prestige
    Just You, Just Me

    Yesterdays

    Billie HolidayALBUM : « The Complete Masters »LABEL : Universal
    Yesterdays

    Easy To Love

    Jimmy JonesALBUM : « Feat. R. Haynes & J. Benjamin »LABEL : Swing
    Easy To Love

    In the Mood

    Duke EllingtonALBUM : « The Capitol sessions, 53-55 »LABEL : Definitive
    In the Mood

    Tea For Two

    Lester YoungALBUM : « With the Oscar Peterson Trio »LABEL : Verve
    Tea For Two

    Vilia

    John ColtraneALBUM : « The Definitive Jazz Scene, Vol 3 »LABEL : Impulse !
    Vilia

    You Turned The Tables On Me

    Sarah VaughanALBUM : « Count Basie, Sarah Vaughan »LABEL : Roulette
    You Turned The Tables On Me

    Nuttin’ Out Jones

    Jimmy Garrison, Elvin JonesALBUM : « Illumination ! »LABEL : Impulse !
    Nuttin’ Out Jones
L'équipe de l'émission :