Open jazz
Magazine
Lundi 29 décembre 2014
56 min

Les grands photographes de jazz (1/5) : Herman Leonard

Les grands photographes du jazz exposés dans Open Jazz, en compagnie de Philippe Lévy-Stab.

Depuis ses débuts, le jazz, surtout in situ, a captivé l’attention des grands photographes. Des rais de lumière dans la pénombre des clubs enfumés, des reflets de transpiration sur les visages à la recherche du tempo perdu, mais aussi des instants de grâce entre deux concerts au soleil de Juan-les-Pins, des silhouettes fantomatiques au petit matin sur un trottoir de New York, des portraits en contre-plongée composés comme un standard en lignes obliques et nuances de gris…

Le lieu d’exposition des photos de jazz ? Les pochettes de 30cm, les pages de magazine, beaucoup de beaux livres et aujourd’hui les galeries et les plus grands musées d’art contemporain.

En compagnie de Philippe Lévy-Stab et de la rigueur de son œil au format 6x6, Alex Dutilh parcours la bande son en noir et blanc de cinq photographes majeurs du siècle du jazz :

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lundi 29 décembre : Herman Leonard

Ni clic, ni clac, ceux-là sont du genre à se fondre silencieusement dans les coulisses. Atmosphère et lumières tamisées…

Pour ouvrir le bal, Herman Leonard, que Bill Clinton avait qualifié de "plus grand photographe de l'histoire du jazz". Il faut dire qu'il a inventé un genre. Né en 1923 (disparu en 2010), il a accompagné dès 1948 un âge d'or où les mythes se définissaient en noir et blanc : Charlie Parker, Bud Powell, Art Tatum, Ben Webster, Dizzy Gillespie Dexter Gordon… Alternant prises de vues en concert et portrait posés, Herman Leonard pose des cadrages définitifs sur des jeux de lumière destinés à mettre en scène les seuls musiciens.

Une esthétique qui joue du dépouillement et où le décor est gommé au bénéfice de contre-jours, parfois d'effets de fumée de cigarette, qui restituent une ambiance, celle d'une époque où les clubs de jazz sentaient le tabac et l'alcool. Une atmosphère pas si éloignée des grands films noirs des années 50, celle d'une contre-culture bâtie sur des personnages à l'épaisseur romanesque. Le corps des musiciens y est souvent exacerbé, révélant une dramaturgie dans son rapport à l'instrument. Des corps transpirants et que l'on devine souvent gémissants. Rien de joué, d'installé, juste le réel. C'est cette dimension du jazz, brut de décoffrage, que montre Herman Leonard, en la sublimant par l'exigence formelle.

Herman Leonard vécut à Paris dans les années 60 et 70, se consacrant davantage aux photos de mode. C'est à Londres que furent organisées les premières restrospectives de sa carrière à la fin des années 80. Par la suite il s'installa à New Orleans où il perdit toute sa collection personnelle avec sa maison et son atelier lors de l'ouragan Katrina en 2005. Fort heureusement ses négatifs étaient conservés en sécurité dans un musée… À côté de plusieurs livres, ses photographies sont aujourd'hui conservés par de nombreux musées américains.

La programmation musicale :

    Tempus Fugue-It (Tempus Fugit)

    Bud PowellALBUM : « Jazz Giant »LABEL : Verve
    Tempus Fugue-It (Tempus Fugit)

    Late Date

    Ben WebsterALBUM : « Soulville »LABEL : Verve
    Late Date

    Delilah

    Clifford Brown, Max RoachALBUM : « Clifford Brown & Max Roach »LABEL : Emarcy
    Delilah

    Impromptu

    Stan Getz, Dizzy GillespieALBUM : « Diz and Getz »LABEL : Verve
    Impromptu

    Dexter's Riff

    Dexter GordonALBUM : Dexter Rides AgainLABEL : Savoy
    Dexter's Riff

    Boulevard of Broken Dreams

    Art TatumALBUM : « Complete Pablo Solo Masterpieces »LABEL : Pablo
    Boulevard of Broken Dreams

    Slow Boat to China

    Charlie Parker ALBUM : « Complete Royal Roost Broadcasts »LABEL : Jazz Dynamics
    Slow Boat to China

    Lady Bird

    Fats NavarroALBUM : « Nostalgia »LABEL : Dreyfu
    Lady Bird
L'équipe de l'émission :