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Jeudi 30 août 2018
54 min

L'actualité du jazz : Vincent Peirani, le rêve du somnambule

Avant-première - Vincent Peirani transfigure nos nuits avec « Night Walker » qui paraît le 31 août chez ACT.

L'actualité du jazz : Vincent Peirani, le rêve du somnambule
Vincent Peirani, © Dean Benicci

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Night Walker
Night Walker

Comme toutes les musiques populaires, le jazz est une musique de fortes personnalités. La reconnaissance internationale de l’accordéoniste Vincent Peirani repose sur cette qualité essentielle, fondamentale. Son charisme musical, son imaginaire hautement singulier, la conception de son art, fruits d’un parcours sans oeillères, frappent très tôt tous les esprits. 

Après de brillantes études classiques (nombreuses récompenses internationales), sa plongée dans l’univers jazz se révèle en effet d’emblée marquée du sceau de la réussite jusqu’aux couronnements en 2014 et 2015 aux Victoires du jazz. Quel que soit le style, Vincent Peirani transforme tout ce qu’il touche en or : jazz bien sûr (collaborations avec Daniel Humair, Michel Portal, entre autres), mais aussi chanson française (Sanseverino, Les Yeux Noirs) et musique de film (compositeur pour le film Barbara de Mathieu Amalric en 2017). Et le public suit, car chacune de ses prestations placent ses auditeurs dans une situation où l’évidence musicale (reprises inventives de thèmes connus) se trouve équilibrée au bienheureux inattendu, le savant tutoyant toujours le populaire, ce qui est précisément l’art des grands.

Celui qui a renouvelé complètement le langage de l’accordéon depuis maintenant dix années est à présent un artiste incontournable, l’un de ceux dont la vision musicale cosmopolite et décomplexée et le sens inouï des croisements et des couleurs, lui permettent d’apporter cette touche magique si rare et si précieuse.

« Esprit d’ouverture » : l’expression caractérise on ne peut mieux Vincent Peirani. Accordéoniste venu du monde classique et de celui de la chanson française, il s’exprime avec une aisance comparable dans un contexte world music ou pop. Avec son dernier album « Night Walker » qui paraît chez ACT, il intègre à son monde déjà si singulier des accents puissamment rock, n’hésitant pas à reprendre quelques thèmes de Led Zeppelin, groupe mythique des années 1970. Avec un quintette formidablement soudé, « Night Walker » s’impose par un son incomparable.

Instrumentiste reconnu de longue date – Vincent Peirani (né à Nice en 1980) a remporté de nombreux prix internationaux –, la notoriété du musicien se répand dans l’Europe entière suite à la publication de son premier album en leader, Thrill Box, en 2013. Depuis, le public et les professionnels n’ont cessé d’encenser l’artiste, Jazz Magazine le désignant « Artiste de l’année » en 2013, avant que la Deutsche Phono-Akademie lui décerne par quatre fois le prix « ECHO Jazz », la dernière fois en 2016 pour Tandem, son album très remarqué en duo avec le pianiste Michael Wollny, qui fait suite au non moins brillant duo avec Emile Parisien, Belle époque (2014).

Début 2015, le « talent du siècle » – dixit le site Fono Forum – s’entoure de cinq extraordinaires musiciens : Émile Parisien (saxophones) – partenaire musical le plus proche de Peirani –, Tony Paeleman (claviers), Julien Herné (basse et guitare électrique) et Yoann Serra (batterie). Baptisé Living Being, « ce groupe est une affaire de famille. » déclare Peirani, précisant : « Nous étions amis bien avant de jouer ensemble. »

Après un premier album éponyme paru en 2015 – Living Being –, cette famille un peu particulière s’agrandit avec la parution de son dernier rejeton : Living Being II – Night Walker.

Enregistré à Bruxelles en mars 2017 (en quatre jours seulement), Night Walker présente le quintette au sommet de son expression, à la fois puissant et radical dans l’énergie disséminée. « Cet album approfondit notre travail collectif », explique Peirani. « L’accordéon n’est qu’un instrument parmi les autres, voire parfois même un peu en retrait. Ce n’est qu’en son absence qu’on remarquerait qu’il manque quelque chose. » . Avec Living Being, tous les instruments sont donc à pied d’égalité, les multiples facettes du leader étant mises au service d’un son de groupe. Pour parfaire cet idéal d’équilibre, le mixage avec l’ingénieur du son Boris Darley a duré plusieurs mois. « On se serait cru dans un laboratoire musical » déclare même Vincent Peirani au sujet de cette partie de la production discographique.

L’album se compose de six compositions originales de Vincent Peirani et de trois reprises. Parmi les premières on reconnaîtra cette manière si personnelle et singulière de servir l’art de la chanson, en couches superposées, propre à l’accordéoniste. 

Pour ce qui concerne les reprises, Bang Bang de Sonny Bono, immortalisé par Nancy Sinatra, ouvre l’album en douceur, en une version toute de délicatesse. D’emblée, le soprano d’Émile Parisien (qui a délaissé son ténor pour ce nouvel opus) imprime une légèreté dont l’ensemble ne se déparera plus, alors même que le saxophoniste est capable, comme il le démontre sur d’autres plages, de jouer de façon engagée et grandiose.

Le choix de ces reprises, comme l’explique Vincent Peirani, est une aspiration de longue date : « Il y a plusieurs années, j’avais envisagé un projet solo dans lequel je mélangeais les morceaux de Deep Purple et de Rage Against The Machine. Les enregistrements des années 1970 m’ont toujours intéressé. Par ailleurs, il se trouve que tous les membres du groupe aiment Led Zeppelin. Il y a tant de matière dans leurs compositions. Leurs travaux sont de vraies sources d’inspiration pour nous ! ». C’est en songeant au parcours de cette formation légendaire que Vincent Peirani a choisi de modifier légèrement le nom de sa formation. « J’ai songé à la numérotation employé par le groupe : “Led Zeppelin I”, “Led Zeppelin II”, etc. Cela m’a plu. » Ainsi, « cet album matérialise-t-il une sorte de mise à jour : nouvelle musique, nouvelle direction, nouvelle identité. »

Mélancolie de la chanson, souffle d’inspiration du jazz, force brute du rock, majesté du classique : telles sont quelques-unes des facettes de cette sorte de « Chamber Rock Music Orchestra », comme Vincent Peirani aime dorénavant à présenter Living Being II. Formation agile et élégante, capable aussi bien de créer les textures les plus diaphanes que d’envolées sauvages, Living Being II présente avec Living Being II – « Night Walker » un album d’une rare délicatesse et d’une toute aussi rare profondeur d’émotion.

Où écouter Vincent Peirani

Vincent Peirani (accordéon)
Émile Parisien (saxophone)
Tony Paeleman (keyboards)
Julien Herné (basse, guitare électrique)
Yoann Serra (batterie)

Programmation musicale

Vincent Peirani, Living Being II « Night Walker »
Bang Bang (Sonny Bono)
ACT 9858-2

« Night Walker »
« Night Walker »

Vincent Peirani, Living Being II « Night Walker »
Unknown Chemistry (Vincent Peirani)
ACT 9858-2

 Night Walker »
Night Walker »

Gus Viseur « Accordéon Swing »
Limehouse Blues (Braham, Furber)
Forlane 19128

« Accordéon Swing »
« Accordéon Swing »

Émile Parisien « Sfumato Live in Marciac »
Temptation Rag (Henry Lodge)
ACT 6021-2

« Sfumato Live in Marciac »
« Sfumato Live in Marciac »

Dinah Washington, Quincy Jones « The Swingin' Miss"" D"" »
Is You Is Or Is You Ain't My Baby  (Billy Austin, Louis Jordan)
Verve 558 074-2

« The Swingin' Miss"" D"" »
« The Swingin' Miss"" D"" »

Romain Vuillemin « Why Not ? »
Farewell Blues (P. Mares, L. Roppolo, E. Schoebel)
Vocation 3760061283978

« Why Not ? »
« Why Not ? »

Brad Mehldau « 10 Years Solo Live »
This Here (Bobby Timmons)
Nonesuch 7559795075

« 10 Years Solo Live »
« 10 Years Solo Live »

Jones-Smith Incorporated « Jazz Heroes, vol 3 »
Lady Be Good (G. & I. Gershwin)
Naïve 627211

« Jazz Heroes, vol 3 »
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VWCR « Noise Of Our Time »
Sparks (Sylvie Courvoisier)
Intakt 310

« Noise Of Our Time »
« Noise Of Our Time »

Anne Paceo « Circles »
Sunshine (Anne Paceo)
Laborie Jazz 35

« Circles »
« Circles »
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