Open jazz
Magazine
Vendredi 24 février 2017
58 min

L'actualité du jazz : Vincent Bourgeyx, le chemin le plus court

Parution de « Short Trip » de Vincent Bourgeyx chez Fresh Sound.

L'actualité du jazz : Vincent Bourgeyx, le chemin le plus court
Vincent Bourgeyx, © Christian Ducasse

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« Short Trip »
« Short Trip »

Si, comme le dit Vincent Bourgeyx, « la musique doit parler de la vie », alors ce disque est, à bien des égards, à l’image de la sienne. Et sa vie est indéfectiblement liée à une musique, qu’il a aimée adolescent, qu’il a intégrée par son apprentissage, et qui désormais coule dans ses veines et fait battre son coeur : le jazz. Vincent Bourgeyx en maîtrise le langage, appris aux États‐Unis dans la plus prestigieuse des écoles américaines, le Berklee College of Music, mais surtout sur scène à New York, auprès de musiciens qui avaient été des acteurs directs de la grande épopée du swing, comme le tromboniste Al Grey, ancien de l’orchestre de Count Basie. Loin des effets de mode et des opportunismes, il l’a aussi adopté comme un mode de vie, le jazz étant d’abord à ses yeux une manière d’envisager la musique, de la ressentir plutôt que de la conceptualiser, de la pratiquer plutôt que de la commenter.

Lorsque Vincent Bourgeyx a retrouvé en studio son ami de vingt ans Matt Penman, ancien condisciple de Berklee avec lequel il a connu ses premières expériences new‐yorkaises, et le batteur Obed Calvaire, rencontré plus récemment et qui, depuis quelque temps, forme avec Penman une « paire » rythmicienne particulièrement complice (notamment au sein du SFJazz Collective), c’est un sentiment de liberté qu’il a éprouvé. La liberté de pouvoir aller où bon lui semblait, la liberté de ne pas avoir à expliciter telle ou telle manière de jouer une phrase mais, au contraire, de pouvoir attendre de ses partenaires qu’ils suggèrent et réagissent instantanément à ce qu’il leur jetait, dans le jeu, en pâture. Ce n’est pas pour rien, bien sûr, que Matt Penman est désormais l’un des contrebassistes les plus demandés, partenaire régulier de Joshua Redman, membre du groupe James Farm, et qu’Obed Calvaire compte parmi ces batteurs que l’on retrouve depuis quelques années dans une multitude de formations, aussi bien auprès de Monty Alexander que de Richard Bona ou Dave Holland, impressionnant par l’étendue de sa polyvalence mais aussi par sa capacité à se fondre dans les groupes qu’il intègre. A son contact, Vincent Bourgeyx a retrouvé certaines sensations qu’il avait pu connaître auprès d’un autre grand batteur, Bobby Durham (1937‐2008), ancien accompagnateur d’Oscar Peterson et Ella Fitzgerald, qui aimait la fougue du pianiste bordelais et appréciait son attachement au swing.

« Ce serait un contresens, pour moi, qu’un disque de jazz se traduise par un repli sur soi‐même. Je ne fais pas d’hommage à untel ou untel, je cherche plutôt à vivre l’instant, le présent, les rencontres, et à les partager », explique encore le pianiste. C’est en partie la raison pour laquelle son trio se fait en plusieurs endroits quartet, intégrant le saxophoniste David Prez, figure du collectif Paris Jazz Underground, brillant émule français de Mark Turner, qui parvient dans l’exigence du phrasé et la clarté de son expression à développer un discours lyrique d’une remarquable cohérence sans rien céder à la facilité.

C’est aussi la raison de la présence de la chanteuse Sara Lazarus, grande voix américaine installée en France de longue date avec qui Vincent Bourgeyx cultive régulièrement son amour de la chanson et partage le goût de ces vocalistes telles que Carmen McRae, Shirley Horn ou Betty Carter… Il lui a confié le soin d’interpréter deux superbes chansons qu’elle magnifie avec un talent renversant. Quant à Vincent Bourgeyx lui‐même, au‐delà de son sens du partage, il illustre tout au long de ce disque tout ce qui fait de lui l’un des pianistes de jazz les plus remarquables que l’on ait en France, d’un phrasé alerte et dynamique, qui a retenu le meilleur de l’exemple des pianistes modernes, de Sonny Clark à Chick Corea, d’Oscar Peterson à Herbie Hancock, et pétille en permanence de ce rebond du swing, qui lui donne à la fois vivacité et présence. « Short Trip » titre son disque, et il est vrai qu’à l’écouter, il semble trouver le chemin le plus court vers le plaisir, qui surgit dès les premières notes et, de ballades en bounce, de grooves en blues, ne lâche pas l’auditeur, jusqu’au solo ultime. Un sacré voyage, guidé par un musicien qui n’a pas oublié que le jazz est une leçon de vie.
Vincent Bessières (Extraits des notes de pochette)

Programmation musicale

Vincent Bourgeyx « Short Trip »
This Is New (Weill, Gershwin)
Fresh Sound NT516

« Short Trip »
« Short Trip »

Vincent Bourgeyx « Short Trip »
I Got Lost In His Arms (Irving Berlin)
Fresh Sound NT516

« Short Trip »
« Short Trip »

Oscar Peterson « A Jazz Portrait Of Frank Sinatra »
Come Dance With Me (Jimmy Van Heusen, Sammy Cahn)
Verve 825769-2

« A Jazz Portrait Of Frank Sinatra »
« A Jazz Portrait Of Frank Sinatra »

Nick Travis « How About You ? »
Lover Man (Ramirez, Sherman, Davis)
Fresh Sound 912

« How About You ? »
« How About You ? »

David Krakauer « The Big Picture »
Si tu vois ma mère (Sidney Bechet)
Label Bleu 6717

« The Big Picture »
« The Big Picture »

Christophe Marguet « Résistance poétique »
_Primitive Song (_Christophe Marguet)
Label Bleu 6582

« Résistance poétique »
« Résistance poétique »

Pierre Bertrand « Caja Negra »
Questions (Pierre Bertrand-Cagnes)
Cristal 165

« Caja Negra »
« Caja Negra »

Fred Astaire « The Astaire Story »
Oh Lady Be Good (G. &and I. Gershwin)
DRG 3-1102

« The Astaire Story »
« The Astaire Story »

Mark Lewis « The New York Session »
Child's Play (Mark Lewis)
Audio Daddio 1042

« The New York Session »
« The New York Session »

Daniel Herskedal « The Roc »
The Roc (Daniel Herskedal)
Edition 1084

« The Roc »
« The Roc »
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