Open jazz
Magazine
Lundi 27 août 2018
54 min

L'actualité du jazz : Madeleine Peyroux, l'hymne sur l'état du monde

Avec “Anthem” qui paraît chez Decca/Universal,l’auteure/compositrice/interprète Madeleine Peyroux passe du politique à l’évocation de son monde personnel, mêlant l’universel et l’intime.

L'actualité du jazz : Madeleine Peyroux, l'hymne sur l'état du monde
Madeleine Peyroux, © Yann Orhan

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Madeleine Peyroux et Alex Dutilh au studio 142
Madeleine Peyroux et Alex Dutilh au studio 142, © Radio France / Emmanuelle Lacaze

Chacun des huit albums publiés par Madeleine Peyroux depuis 22 ans peut se lire comme un chapitre supplémentaire du même singulier voyage musical qu’elle a entrepris depuis ses débuts. Madeleine Peyroux ne cessant d’y défier les limites du jazz, en s’aventurant toujours plus loin dans les champs fertiles des musiques populaires contemporaines avec une curiosité jamais rassasiée.

Dans ce nouvel album intitulé “Anthem”, l’auteure/compositrice/interprète s’engage cette fois dans une collaboration avec les écrivains et musiciens Patrick Warren (Bonnie Raitt, JD Souther, Bob Dylan, Bruce Springsteen, Lana Del Rey, The Red Hot Chilli Peppers), Brian MacLeod (Sara Bareilles, Leonard Cohen, Tina Turner, Ziggy Marley) et David Baerwald (Joni Mitchell, David and David, Sheryl Crow) — tous trois composant également la section rythmique du groupe tout au long de l’enregistrement. Ensemble ils jettent un regard sobre, poétique et parfois même philosophique sur l’état actuel du monde. 

Produit et co-écrit par Larry Klein, l’album a pris forme au cours de l’année 2016 qui a vu les électeurs américains porter au pouvoir Donald Trump, les auteurs absorbant “un flux constant d’informations” durant ces mois cruciaux.  Cherchant “ à volontairement ne pas trop donner de leçon”, Madeleine Peyroux dans ses chansons, patiemment élaborées et affinées dans un processus collectif d’écriture, passe du politique à l’évocation de son monde personnel, mêlant l’universel et l’intime en un équilibre parfait entre humour noir et compassion.

“Anthem” a été conçu de façon collective, “toute l’équipe réunie dans la même pièce à évoquer l’état du monde, chacun laissant ses sentiments et ses expériences personnelles engendrer de nouvelles idées”.  La tristesse ressentie par David Baerwald à l’annonce de la disparition du poète John Ashbery s’est propagée comme une traînée de poudre dans l’esprit de chacun, faisant resurgir le souvenir de grandes figures décédées au cours des dernières années, et a donné naissance à la chanson All My Heroes. La peine de Baerwald a suscité un sentiment de respect et de déférence à l’égard de ces personnalités et de leur aptitude à montrer la direction et “allumer des feux dans la pénombre”, mais aussi mis en lumière leur vulnérabilité terriblement humaine. 

L’inspiration pour la très poignante chanson Lullaby, co-écrite par Baerwald, Klein, MacLeod, Peyroux et Warren, est venue de “l’image d’une femme solitaire au milieu de l’océan chantant pour son enfant, ou peut-être pour elle-même, face au gouffre et à l’indifférence de l’univers.” Avec une grande empathie, la chanson offre une image obsédante du désespoir auquel se trouve confrontée toute personne obligée de migrer pour sa survie, la femme tourmentée par ses souvenirs des “temps heureux d’avant la guerre”, dérivant dans son bateau vers l’inconnu. 

“Anthem” tresse une multitude d’histoires différentes, toutes pleines de péripéties et de couleurs, mettant en scène des gens confrontés aux défis de leur vie. Avec sentimentalité et une pointe d’ironie, Down On Me se lamente des malversations financières ; le très bluesy Ghosts of Tomorrow parle de déception et de rêves inachevés ; et The Brand New Deal livre un commentaire social poignant. Dix ans après “Bare Bones”, le dernier album en date de la chanteuse composé uniquement de chansons originales, “Anthem” nous donne à entendre une Madeleine Peyroux en pleine possession de ses talents d’auteure-compositrice, comme assagie et toujours plus fine dans la façon d’articuler son discours. Inspirée par son idole Leonard Cohen et sa façon inimitable de “souffrir dans le travail, mais de présenter toujours à son public des chansons accueillantes”, Madeleine Peyroux livre ici un message spirituel d’une grande clarté fait d’espérance, d’optimisme et de résilience face aux turbulences de la vie.

On trouve également deux reprises dans cet album. Le poème de Paul Eluard Liberté, écrit durant la seconde guerre mondiale ; et la chanson qui donne son titre à l’ensemble, le monumental Anthem de Leonard Cohen, qui s’avère être la troisième réinterprétation par Madeleine Peyroux d’un titre du légendaire poète.

Très vite devenu l’“hymne personnel” de la chanteuse, le chef-d’œuvre de Cohen “relie entre elles toutes les histoires présentées dans le disque”, avec une pertinence troublante et un regard porté sur le monde d’une grande acuité.  

Ça a été cette capacité incroyable qu’a toujours eu Leonard Cohen de frapper au plus intime de la psyché humaine pour “vous faire réfléchir aux choses sans jamais donner l’impression de vous y forcer”, qui a servi de fil rouge à ce projet tout au long de son élaboration, menant chacun à une écriture d’une grande fluidité “cherchant plus à dire précisément quelque chose qu’à tout dire confusément.” 

Programmation musicale

Madeleine Peyroux « Anthem »
On My Own (D. Baerwald, L. Klein, B. MacLeod, M. Peyroux, P. Warren)
Decca

« Anthem »
« Anthem »

Madeleine Peyroux « Anthem »
The Ghosts of Tomorrow (D. Baerwald, L. Klein, B. MacLeod, M. Peyroux, P. Warren)
Decca

« Anthem »
« Anthem »

Madeleine Peyroux « Anthem »
Honey Party  (D. Baerwald, L. Klein, B. MacLeod, M. Peyroux, P. Warren)
Decca

« Anthem »
« Anthem »

Madeleine Peyroux « Anthem »
Last Night When We Were Young (Harold Arlen, E.Y. Harburg)
Decca

« Anthem »
« Anthem »

Dinah Washington, Quincy Jones « The Swingin' Miss" D" »
You're Crying  (Quincy Jones, Leonard Feather)
Verve 558 074-2

« The Swingin' Miss" D" »
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« Nuance »
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