Open jazz
Magazine
Mercredi 21 mars 2018
54 min

L'actualité du jazz : Indra Rios-Moore, à cœur ouvert

En avant-première, « Carry My Heart » de Indra-Rios Moore qui paraît le 23 mars chez Verve.

L'actualité du jazz : Indra Rios-Moore, à cœur ouvert
Indra-Rios Moore, © Pierrick Guidou

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  • Indra Rios-Moore à la Une
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  • 3 invitations pour 2 à gagner pour le concert de Mathias Lévy vendredi 23 mars à 20h45 au Comptoir à Fontenay-sous-Bois (94). Cliquez sur "contactez-nous" et laissez vos nom et prénom. 1 invitation pour 2 pour les 3 premiers mails.
« Carry My Heart »
« Carry My Heart »

Indra Rios-Moore a beau en appeler à une réhabilitation de l’âme, son nouvel album “Carry My Heart” qui paraît le 23 mars chez Verve, est un disque de protestation. 

Cette chanteuse new-yorkaise, dont le port d’attache est désormais Barcelone, ne s’est pourtant pas tournée vers le jazz dans ses jeunes années pour bouleverser l’ordre établi. Sa conception du jazz est depuis toujours davantage marquée par un gospel émotif, une vision terreuse du blues et l’état d’esprit pop de géants comme Steely Dan.

L’adolescence d’Indra, fille du bassiste de jazz Don Moore, est définie par le jazz et son art de la conversation. Tous les types de musiques qu’elle écoute forment un continuum. Les éléments esthétiques et politiques qui depuis des décennies servent à débattre sur la musique ne l’intéressent pas. On ne s’étonnera donc pas que “Carry My Heart” soit tourné vers la beauté du chant et la profondeur acoustique des instruments. C’est du moins ainsi que l’on perçoit l’album de prime abord.

Car il en appelle très vite à un autre niveau de conscience. Une démarche qui n’était pas prévue au départ, explique Indra Rios-Moore : « À l’été 2016, j’avais l’intention d’enregistrer un album optimiste. Dans le monde du disque, tout le monde se plaint constamment de ne plus pouvoir gagner d’argent avec la musique. Mon idée était d’opposer à ce lamento collectif quelque chose de joyeux. Mais au même moment,j’ai écrit la chanson titre Carry My Heart en pensant à tous ces gens qui fuyaient la guerre et la pauvreté pour se réfugier en Europe et l’optimisme s’est transformé en mélancolie. Et puis ensuite Trump a été élu président des États-Unis, ce qui a définitivement transformé mon projet. Tout d’abord en direction d’un sentiment d’impuissance. »

Cette impuissance se dissipe cependant vingt-quatre heures après les élections américaines, après que Indra Rios-Moore, déçue et craintive, a arpenté les rues d’une petite ville du Connecticut. Un vieil homme de couleur se plante soudain devant elle, la regarde dans les yeux, la prend dans ses bras et la console avec ces mots : « Arrête de te désoler à ce point. Tout va finir par s’arranger, on a vécu des choses pires que le président Trump. » Cette rencontre redonne le moral à la chanteuse et libère son esprit créateur jusque là paralysé par le résultat des élections. 

« Ce résultat m’a fait l’effet d’une gifle, moi qui suis une femme de couleur avec du sang latino-américain. Les luttes menées depuis des décennies pour l’égalité des droits pour les femmes, les afro-américains, les homosexuels et tous ceux qui ne sont pas alignés sur la norme de l’Américain moyen me semblaient soudain et me semblent encore vaines face à la conception du monde polarisante que défend Trump », explique-t-elle. 

La chanson Be Mine ! de la chanteuse pop et productrice suédoise Robyn incite finalement Indra Rios-Moore à concevoir son nouvel album comme un contrepoids à la réalité politique américaine sortie des urnes. « J’étais sous la douche, je chantais cette chanson de Robyn et m’imaginais en train de danser avec l’Oncle Sam, l’allégorie des États-Unis. Instantanément, je me suis représenté les États-Unis comme un boyfriend grand mais épouvantable. Ensuite m’est venu à l’esprit la chanson Any Major Dude de Steely Dan. Elle parle d’un sentiment de déstabilisation qui vous rend dingue.C’est une parfaite description de l’état actuel de l’âme américaine, à mon sens. »

Le programme bien calibré de “Carry My Heart” montre avec éloquence qu’une chanson n’a pas besoin de son contexte originel pour que ses beautés s’épanouissent de manière nouvelle. Outre deux compositions de la plume d’Indra Rios-Moore, d’anciens titres sont réinterprétés de manière cohérente, notamment Keep On Pushing du groupe The Impressions, ou des compositions de Steely Dan, George Gershwin et Duke Ellington. Les arrangements sont mis en valeur par le son du groupeque Indra Rios-Moore a façonné avec son époux saxophoniste Benjamin Traerup, le bassiste Thomas Sejthen, le batteur Knuth Finsrud et le guitariste Samuel Hallkvist. Réduits à l’essentiel, les arrangements laissent une place confortable à la voix inspirée de la chanteuse, à son souffle. 

Où écouter Indra Rios-Moore

Programmation musicale

Indra Rios Moore « Carry My Heart »
Carry My Heart (Indra Rios Moore, Soren Bigum)
Verve 0602567226840

« Carry My Heart »
« Carry My Heart »

Indra Rios Moore « Carry My Heart »
Keep On Pushing (Curtis Mayfield)
Verve 0602567226840

« Carry My Heart »
« Carry My Heart »

Indra Rios Moore « Carry My Heart »
Come Sunday (Duke Ellington)
Verve 0602567226840

« Carry My Heart »
« Carry My Heart »

Cassandra Wilson  « New Moon Daughter »
Death Letter (Son House)
Blue Note  8371832

 « New Moon Daughter »
« New Moon Daughter »

Tokumbo « The Swan »
New June (Tokumbo Akinro, Ulrich Rode, Mathias Meusel)
Record Jet   4050215314399

« The Swan »
« The Swan »

Maxine Sullivan  « Flow Gently Sweet Rhythm »
Loch Lomond (Trad. écossais)
Guilde du Jazz J   1 229

« Flow Gently Sweet Rhythm »
« Flow Gently Sweet Rhythm »

Bojan Z, Julien Lourau « Duo »
Roumgrois (Bojan Zulfikarpasic)
2Birds1Stone   29387402

 « Duo »
« Duo »

Mathias Lévy « Revisiting Grappelli »
Milou en mai (Stéphane Grappelli)
Jazz Family 023

« Revisiting Grappelli »
« Revisiting Grappelli »

Clover Trio « Harvest »
Blues for JIM (Damien Argentieri)
Green Nose Prod.001

« Harvest »
« Harvest »

Yves Marcotte  « Always Knaw Monk »
San Francisco Holiday / Let's Cool One (Thelonious Monk)
Autoprod

« Always Knaw Monk »
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Laura David  « Madame Classique et Mister Jazz »
C'est moi Mister Jazz (Laura David)
Sound Surveyor   0218

« Madame Classique et Mister Jazz »
« Madame Classique et Mister Jazz »
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