Open jazz
Magazine
Mardi 22 janvier 2019
54 min

Fidel Fourneyron : que vola, vola

Fidel Fourneyron et Thibaud Soulas se replongent dans le labyrinthe des rythmes qui accompagnent les cultes cubains. Cela donne naissance à “ ¿ Que vola ?” qui paraît le 25 janvier chez No Format.

Fidel Fourneyron : que vola, vola
¿ Que vola?

Au sommaire aujourd'hui

  • Fidel Fourneyron invité de Alex Dutilh
  • 10 CD dédicacés à gagner en répondant correctement à la question posée par Alex Dutilh. Cliquez sur "contactez-nous" et laissez vos nom, prénom et adresse postale. 1 CD pour les 10 premières bonnes réponses. Bonne chance !
  • 3 invitations pour 2  gagner pour le concert du jeudi 31 janvier à 20h45 au Vauban à Brest (29)

¿ Que vola ? autrement dit « quoi de neuf ? » aiment se dire les Cubains pour entamer leurs salutations, si bien que l’expression est devenue un gimmick dans l’espagnol très musical qu’on parle sur l’île. ¿ Que Vola? c’est aussi le nom donné à un projet musical inédit, qui rassemble un septet français de jazz, réuni par Fidel Fourneyron, et trois  jeunes  et  déjà  émérites  percussionnistes  cubains,  aussi brillants dans l’art d’appeler les divinités afro-cubaines, que dans les clubs de La Havane où leur rumba est entrée avec fracas.

  • 3 invitations pour 2 à gagner pour le concert de The Very Big Experimental Toubifri Orchestra vendredi 25 janvier à 21h à L’empreinte – Théâtre de Brive à Brive la Gaillard (19) dans le cadre de Du Bleu en Hiver. Cliquez sur "contactez-nous" et laissez vos nom et prénom. 1 invitation pour 2 pour les 3 premiers mails.
¿ Que vola ?
¿ Que vola ?

Ce genre de rencontre musicale ne se bâtit pas en un jour. Il commence par un voyage, celui de Fidel Fourneyron, parti en 2012 à Cuba pour voir à quoi ressemble  le  pays  qui  a  inspiré  son  prénom.  Avec  lui,  son  trombone  et  une adresse : Calle  Luz,  rue  de  la lumière.  C’est  le  point  de  chute  que  lui  a indiqué  Thibaud  Soulas,  l’ami  contrebassiste  qui  a  vécu  là-bas,  s’est  plongé dans  la  musique,  baigné  dans  la  vie,  et  en  est  revenu  avec  des  amis.  Parmi eux,  trois  percussionnistes  afro-cubains.  Fidel Fourneyron,  seul,  met  d’abord ses  pas  dans  ceux de son ami.  Et  il y  revient,  s’initiant  aux  rythmes  de  la  rumba  avec  Barbaro  Crespo Richard,  alias  « Barbarito »,  le  plus  jeune  d’un  dangereux  trio  de  frappeurs officiant  dans  le  célèbre  orchestre  Osain  del  Monte.  A  sa  tête,  Adonis Panter Calderon, que  toute  la  Havane  reconnaît  comme  le  plus  doué  de  sa génération.  Le  troisième  larron,  Ramon  Tamayo  Martinez,  est  comme  ses amis  pétri  de  rythmes  sacrés,  ceux  des  cultes  afro-cubains  qui  invitent  les dieux  de  l’Afrique  à  danser  chez  nous  les  humains.  

Les  tambours  et  les chants  sont  là  pour  ça :  saturer  l’air  de  sacré  pour  libérer  l’énergie  des vivants,   qui   n’écoutent   pas   seulement,   mais   vivent   la   musique   en   y participant. Fidel Fourneyron, sociétaire de l’Orchestre National de Jazz, entrait dans un monde où la musique, le corps et l’esprit ne font qu’un. De quoi déclencher de nouveaux rêves, ouvrir de nouvelles perspectives. Et   si   les   cuivres   remplaçaient   les   chants   des   musiques   sacrées,   et dialoguaient  à  leur  place  avec  les  tambours  batá ?  Il  ne  manque  alors  plus qu’une  étincelle  pour  que  germe  Que  Vola.  Xavier  Lemettre,  qui  dirige  le Festival Banlieues Bleues, la fournit. Il propose à Fidel Fourneyron de faire de cette idée, sur scène, une réalité. 

Le  tromboniste  se  replonge  avec  Thibaud  Soulas  dans  le  labyrinthe  des rythmes qui accompagnent les cultes : ceux de la Regla de Ocha, du Palo ou de la mystérieuse  confrérie  Abakua.  La  rumba  aussi,  profane  et  populaire, qu’Adonis  et  ses  amis  jouent  avec  maestria.  Ils  définissent  un  répertoire, reflet  de  l’immense  variété  des  rythmes  et  des  chants  sacrés.  Fin  2017,  ils repartent   ensemble   à   la   Havane   retrouver   leurs   amis Cubains. Fidel Fourneyron enregistre, et  se  met  à  composer,  superposant  mélodies  et arrangements aux rythmes consacrés. Avec Thibaud Soulas, ils s’entourent de  talentueux jeunes jazzmen français, pour beaucoup venus du groupe Radiation 10

Les Cubains les rejoignent à Paris. Le dialogue se noue, flotte la magie. Magie. Le  mot  n’est  pas  galvaudé,  tant  les  percussions  irradient  de  leur magnétisme  l’ensemble  des  sept  morceaux  qui  constituent  le  disque. Les cuivres et les vents (Fidel Fourneyron, Aymeric Avice, Benjamin Dousteyssier & Hugues Mayot), aériens, survolent avec autant de classe que de poésie les pulsations terriennes des  tambours, que la  batterie (Elie  Duris) déborde en ouvrant d’autres possibles. Le Fender Rhodes (Bruno Ruder) laisse planer sur les morceaux ses mystérieuses ambiguïtés, aussi énigmatique que le sourire d’Eleggua, la divinité qui ouvre les chemins. Quant à la contrebasse (Thibaud Soulas), elle entretient une discussion aussi haletante que fusionnelle avec les percussions. 

L’ensemble de ce voyage pourrait bien s’écouter comme une cérémonie, dont la  trajectoire  progresse vers le coeur palpitant de cette rencontre musicale. Elle s’ouvre sur un prologue  (Kabiosile-saludo a Changó) où cuivres et vents « chantent » un salut à Changó, divinité  de  la foudre. Et se termine sur Resistir, un morceau épique qui semble revisiter la longue histoire des Afro-Cubains, semée d’ombres et de lumières, de chaînes et de larmes brisées  par la résilience d’un peuple qui ouvre en musique les chemins de sa liberté. Entre les  deux, le voyage ¿ Que vola ? prend régulièrement les couleurs lancinantes de la transe,  enveloppées d’une poésie cueillie sur les sentiers qu’aimait arpenter John Coltrane. Ne  vous étonnez donc pas si, à les écouter, à les voir sur scène, vous surprenez vos pieds en train de bouger. Ces musiciens dégagent une énergie telle qu’il est bien difficile d’y résister. C’est là toute la force de ce projet, et toute sa nouveauté.

Où écouter ¿ Que vola ?

Fidel Fourneyron (trombone, direction musicale)
Aymeric Avice (trompette)
Benjamin Dousteyssier (saxophones alto et baryton)
Hugues Mayot (saxophone ténor)
Thibaud Soulas (contrebasse, codirection musicale)
Adonis Panter Calderon (percussions)
Barbaro Crespo Richard (percussions)
Ramon Tamayo Martinez (percussions)
Bruno Ruder (Fender Rhodes)
Elie Duris (batterie)

Programmation musicale

Azzola, Caratini, Fosset « 3 Temps pour bien faire »
3 Temps pour bien faire (Marc Fosset)
Chant du Monde 2741287

« 3 Temps pour bien faire »
« 3 Temps pour bien faire »

Fidel Fourneyron  « ¿ Que vola ? »
Calle Luz (Fidel Fourneyron)
No Format 43

« ¿ Que vola ? »
« ¿ Que vola ? »

Fidel Fourneyron  « ¿ Que vola ? »
Nganga (Fidel Fourneyron)
No Format 43

« ¿ Que vola ? »
« ¿ Que vola ? »

Curtis Fuller « Four Classic Albums »
The Clan (Curtis   Fuller)
Avid Jazz   EMSC1326

« Four Classic Albums »
« Four Classic Albums »

Lambert, Hendricks & Ross « Sing A Song of Basie »
It's Sand, Man ! (Ed   Lewis, Dave Lambert, Jon Hendricks)
Verve  543 827-2 

« Sing A Song of Basie »
« Sing A Song of Basie »

The Very  Big Experimental Toubifri Orchestra « Waiting in the Toaster »
Waiting in the Toaster (Grégoire Gense)
Label Bleu 6716 

  « Waiting in the Toaster »
« Waiting in the Toaster »

Aziz Sahmaoui, University of Gnawa  « Poetic Trance »
Janna  Ifrikia (Aziz Sahmaoui)
Blue  Line 0029 

 « Poetic Trance »
« Poetic Trance »

Stéphane Kerecki « French Touch »
Harder, Better, Faster, Stronger (Daft Punk)
Incises  002

« French Touch »
« French Touch »

Orchestre de la lune « Dancing Bob »
Real  Lies (Jon   Handelsman)
Cristal   258

« Dancing Bob »
« Dancing Bob »

Marcel Azzola, Dany Doriz « Jazzola »
Pich'nette (Marcel Azzola)
Black & Blue   657.2

« Jazzola »
« Jazzola »
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