Open jazz
Magazine
Jeudi 7 décembre 2017
54 min

L'actualité du jazz : Dizzy Gillespie, une joute inédite de 1973

Parution de « The Lost Recordings, Live at Singer., 1973 » de Dizzy Gillespie chez Fondamenta/Sony.

L'actualité du jazz : Dizzy Gillespie, une joute inédite de 1973
Dizzy Gillespie & Michel de Ruyter Laren

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« The Lost Recordings, Live at Singer., 1973 »
« The Lost Recordings, Live at Singer., 1973 »

Dizzy Gillespie, en ce début des années 70, apparaît avec le recul comme un être véritablement scindé, acceptant certes, avec un brin de complaisance, de se donner “en représentation de lui-même” lors de tournées de prestige réunissant dans une logique patrimoniale des légendes du bebop (comme par exemple les Giants of Jazz en 1971) mais aussi toujours capable de se “remettre en jeu” et “en travail”, dans le cadre à la fois familier et expérimental de ses petites formations régulières, retrouvant là comme par magie son style acéré, inventif, virtuose et exubérant. Une joie de jouer définitivement intacte.

C’est précisément dans ce type de configuration que ces bandes retrouvées nous permettent aujourd’hui de redécouvrir un Dizzy Gillespie éblouissant de musicalité, tout sauf piégé dans sa légende.

Captée lors d’une tournée estivale européenne dont un recueil de 4 CDs “Live At Ronnie Scott’s” avait déjà offert un aperçu saisissant, cette prestation donnée le 25 août 1973 dans le cadre du Festival international de jazz de Laren aux Pays-Bas est tout simplement un petit chef-d’oeuvre de spontanéité. Dès les premières mesures du thème d’ouverture, le ton est donné de la soirée, placée sous le signe du pur plaisir des sens. Confortablement installé au coeur d’un quintet organique composé de musiciens mettant tout leur talent et leur virtuosité à se fondre dans un discours collectif fondamentalement axé sur le rythme (Mickey Roker à la batterie, véritable force motrice du groupe, aussi précis qu’implacable ; Earl May à la basse électrique, minimaliste et sensuel ; Alexander Gafa à la guitare, fluide, funky, toujours imaginatif dans ses ouvertures harmoniques ; et Mike Longo au piano, directeur musical des groupes du trompettiste depuis 1966, discret, élégant, grand régulateur des humeurs de la formation) — Dizzy distille des solos plein de swing, de vélocité et d’imagination rythmique, propulsant aussitôt la musique dans cette zone si difficile à atteindre où intensité et relâchement conjuguent leurs qualités.

On y trouve aussi une étonnante version de Manteca, ce cheval de bataille de Gillespie depuis sa création en 1947 avec le grand percussionniste cubain Chano Pozo. Sur un gimmick rythmique afro-cubain répété de façon hallucinatoire par la formation transformée en vaste instrument percussif, Gillespie est rejoint sur scène par son disciple Jon Faddis, tout juste 20 ans, virtuose au style volubile et baroque s’aventurant volontiers dans des sur-aiguës. À ses côtés, Dizzy , démontre s’il en était encore besoin, outre l’incroyable vélocité technique de son jeu, la modernité intacte de son phrasé et de ses conceptions rythmiques.
[d'après les notes de pochette de Stéphane Ollivier]

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