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Mercredi 29 août 2018
54 min

L'actualité du jazz : Dhafer Youssef, le miroir Nord-Sud

En avant-première, le reflet des âmes soeurs dans “Sounds Of Mirrors” de Dhafer Youssef qui paraît le 05 octobre chez Anteprima, un partenariat France Musique.

L'actualité du jazz : Dhafer Youssef, le miroir Nord-Sud
Dhafer Youssef, © Arno Lam

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Sounds Of Mirrors
Sounds Of Mirrors

Certains musiciens connaissent une relation sacrée et profondément intérieure avec leur art. Quand à 19 ans Dhafer Youssef découvre la musique indienne à Vienne, où il étudie la musique classique, l’initiation fait l’effet d’un émerveillement et d’une révélation. Les sonorités hindoues touchent au coeur de l’âme musicale de Dhafer : « J’étais à la fois émerveillé et convaincu qu’un jour le jouerai avec des légendes de la musique indienne… », se rappelle, trente ans plus tard, le compositeur tunisien. Un concert mémorable d’Ali Akbar Khan, maître du sarod indien, à la Wiener Konzerthaus de Vienne, ne fait que confirmer ce vif écho dans les tréfonds du maître du oud et vocaliste. Dès lors Dhafer Youssef rêve de musique indienne. A moins que la musique indienne l’ait désigné pour qu’il en soit un jour, à sa façon, un messager ?

Il est des rêves qui durent longtemps. Et des pressentiments qui ont valeur de prophéties. Neuf albums plus tard, le musicien voyageur qui a contribué à introduire l’oud dans le jazz, assouvit son rêve de musique indienne et invite, dans un premier temps, le célèbre percussionniste Zakir Hussain à partager quelques scènes françaises en duo. La symbiose est au rendez-vous mais il manque une couleur : un instrument à vent. Dhafer Youssef convoque alors une autre « âme soeur » : le clarinettiste turc Hüsnü Şenlendirici. Le trio esquisse en concert la matière première de ce qui allait devenir l’album « Sounds Of Mirrors ». L’enregistrement débute à Bombay, puis se poursuit à Istanbul où Eivind Aarset, l’aérien guitariste jazz en provenance de Norvège, rejoint l’aventure inédite. Car le disque qui, à l’origine, était un hommage à Zakir Hussain et aux tablas prend alors une direction inattendue. « J’ai senti que, partant d’un socle culturel indien, nous pouvions aller vers un propos plus universel... Cet enregistrement m’a fait l’effet d’une ode à l’amitié et à la fraternité.Quand nous jouions ensemble, j’avais la nette sensation que des âmes soeurs se reflétaient.D’où le titre de l’album : « Sounds Of Mirrors », raconte Dhafer.

De fait, l’album mixé au studio Nilento de Göteborg (Suède) connaît quelques moments en apesanteur durant lesquels quatre musiciens semblent se tenir dans un même souffle. Dès l’introductif Humankind – superbe climat méditatif coloré d’orientalisme léger – la voix de tête de Dhafer Youssef rejoint la clarinette pour ne faire qu’un. Plus loin, avec Ruby Like Wine et Like Dust I May Rise, Dhafer affirme encore son talent pour établir une atmosphère rêvée avec une réelle économie de notes. Où les nappes célestes d’Eivind Aarset font merveille. « Pour moi, c’est un disque plus méditatif, plus spirituel et plus facile d’accès que le précédent, « Diwan Of Beauty and Odd ». Mais attention !Ici, rechercher une forme de paix profonde et de sagesse n’a rien de la démarche religieuse », précise Dhafer Youssef. 

Œuvre de la maturité musicale excellence, la voix se met en retrait au bénéfice d’une musique qui se déploie, épanouie. Emergent alors toutes les finesses de la composition et le talent du soliste.

Si la colonne vertébrale du disque tient en 5 titres contemplatifs (dont certains évoquent parfois les utopies « ambient » de Jon Hassell), le goût de Dhafer Youssef pour le groove ne se dément jamais. Chez lui, les rythmes impairs sonnent comme des pulsations paires : un irrépressible « drive » donne à coup sûr l’envie de battre le tempo – en particulier sur Dance Layan Dance (en clin d’oeil à sa fille), Journey in Bergama, Nasikhabhushani ou encore l’entrainant Chakkaradaar. Place aux timbres précis des tablas de Zakir Hussain, conjugués au oud en liberté de Dhafer. « Avec l’âge, on n’a plus besoin de se justifier musicalement », dit-il dans un sourire. Une aubaine pour l’auditeur qui assiste ainsi, au fil du renouvellement permanent de Dhafer Youssef, à de nouvelles rencontres comme autant de couleurs musicales jamais imaginées. L’art du partage tient de l’alchimie fine.

Où écouter Dhafer Youssef

  • A Paris (75) dimanche 02 septembre à 19h à la Grande Halle de la Villette dans le cadre de Jazz à la Villette

Dhafer Youssef (oud)
Eivind Aarset (guitare, instruments électroniques)
Husnu Senlendirici (clarinette)
Stéphane Edouard (tablas)

Programmation musicale

Dhafer Youssef « Sounds of Mirrors »
Humankind (Dhafer Youssef)
Anteprima 

« Sounds of Mirrors »
« Sounds of Mirrors »

Dhafer Youssef « Sounds of Mirrors »
Nasikabhushani (Dhafer Youssef)
Anteprima

« Sounds of Mirrors »
« Sounds of Mirrors »

Zakir Hussain « Making Music »
Making Music (Zakir Hussain)
ECM 1349

« Making Music »
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« Aslam »
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