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Vendredi 25 janvier 2019
54 min

David Virelles : cubano, jusqu'au bout des doigts

En deux volumes, le pianiste David Virelles fait renaître ses racines cubaines dans “Igbó Alákọrin” qui paraît chez Pi Recordings.

David Virelles : cubano, jusqu'au bout des doigts
David Virelles, © Pi Recordings

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Igbó Alákọrin” (une phrase en Yoruba qui peut être traduite librement par “le jardin du chanteur”) paraît chez Pi Recordings. La concrétisation d’un rêve de longue date du pianiste David Virelles : mettre en lumière les musiciens sous-représentés de son lieu de naissance, Santiago de Cuba. 

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« Igbo Alakorin (The Singer's Groove), Vol I & II »
« Igbo Alakorin (The Singer's Groove), Vol I & II »

David Virelles, qui a été baptisé étoile montante du piano dans le Downbeat Critics Poll de 2017, est l’un des pianistes les plus demandés sur la scène jazz contemporaine, enregistrant avec des musiciens comme Henry Threadgill, Chris Potter et Tomasz Stanko. Il a aussi enregistrés précédemment trois albums sous son nom, notamment “Continuum”, qui a été en tête des listes des meilleurs albums du New York Times en 2012. Le légendaire pianiste cubain Chucho Valdés appelle David Virelles “un innovateur et un perfectionniste, un jeune virtuose qui est le plus créatif et perfectionné de nos pianistes de jazz.”

La ville pittoresque de Santiago, dans la région de l'Oriente au sud-est de Cuba, a toujours historiquement été un terreau fertile pour la musique sur l'île. C’est la maison de styles musicaux comme le son, le changüí, le nengón, le conga, ainsi que les traditions héritées de Haïti. Depuis qu’il a quitté la maison familiale en 2001, chaque fois que David Virelles rentrait chez lui, il s’efforçait de rechercher et de renouer les liens avec les anciens de la tradition musicale de Santiago. Il les connaissait pour la plupart comme amis de la famille par le biais de ses parents qui sont également musiciens. 

Selon David Virelles, “En grandissant, je ne les ai jamais vraiment connus en tant que musiciens majeurs qu’ils sont ; seulement comme membres de ma famille élargie.Ce n’est qu’après avoir émigré que ma perception de ma propre culture s’est développée, en partie parce que, ironiquement, j’ai plus plus facilement accès aux documents historiques ici aux États-Unis, que je ne l’ai jamais eu à Cuba. Maintenant, je ressens la responsabilité de poursuivre leur héritage en exposant leur travail au public, en même temps que mon travail personnel. Je me sens extrêmement chanceux d’avoir pu rassembler quelques légendes pour cet album, et ils sont toujours au sommet de leur art. Ils n’ont jamais reçu de reconnaissance au-delà de la communauté de Santiago, mais ils restent sans doute parmi les dernières ressources vivantes de l’âge d’or de notre musique. Après des années de réflexion et d’élaboration, je suis super fier que ce rêve soit finalement devenu réalité.”

“Igbó Alákọrin” comprend deux projets distincts. “Volume I - David Virelles Introduces Orquesta Luz de Oriente” retrace la mémoire de ce big band traditionnel cubain et englobe différents genres/styles associés avec le riche héritage musical de Santiago : danzón oriental, chepinsón, bolero et trova. En particulier, il a été conçu pour mettre en lumière la musique de Electo Rosell (Chepín, du légendaire Chepín-Chovén Orchestra) et Mariano Mercerón (un important pionnier dans l’expansion des percussions dans le son des big band cubains des années 1930). 

Leur travail était inspiré des groupes afro-américains, pourtant, il avait des liens rythmiques très profonds avec les folklores de la région de l'Oriente à Cuba. À son apogée, le Chepín-Chovén Orchestra était présent dans de nombreuses salles, y compris à la sociedad de mulatos de Luz de Oriente. Le Society Club, qui se trouvait dans un immeuble existant toujours à Santiago, est l’inspiration du nom du groupe de David Virelles. On y trouve les voix de Emilio Despaigne Robert, un vétéran sonero (chanteur meneur) du groupe de Santiago Los Jubilados, et Alejandro Almenares, qui joue aussi sur sa sublime guitare requinto. Beaucoup considèrent Alejandro Almenares - le fils de la légende de la trova Ángel Almenares - comme le dernier du style troubadour, une lignée datant du 19ème siècle particulièrement implantée à Santiago. Le plus jeune Almenares a appris naturellement, lors de réunions informelles à la maison auprès de son père et de ses amis, notamment SIndo Garay, un des quatre grands de la trova. Le reste du groupe comprend José Ángel Martínez (basse), qui a enregistré avec Eliades Ochoa, du Buena Vista Social Club ; Lázaro Bandera (congas), le directeur de La Conga de Los Hoyos, un des groupes de musique de carnaval à Santiago ; Román Filiú (sax alto) qui a fait sensation à la Havane avec le Irakere de Issac Delgado et Chucho Valdés dans les années 1990 et qui a déménagé depuis à New York où il a enregistré avec des musiciens comme Henry Threadgill et David Murray ainsi qu’avec ses propres groupes ; René “La Flor” Dominguez (sax ténor), qui a été un pilier de la scène musicale de Santiago depuis un demi-siècle ; Baudelis Rodríguez (sax baryton), un jeune talent qui joue avec le célèbre groupe de Santiago Magic Sax Quartet ; Abel Virelles (trompette), le plus jeune frère de David Virelles qui a appris le trompette cubaine avec feu Inaudis Paisán, qui jouait avec Chepín ; José Aquiles Virelles (choeur), le père de David Virelles, un éminent chanteur de nueva trova et un compositeur dont la carrière couvre 40 ans ; et enfin Gabriel Montero (pailitas, criollas, claves) qui est percussionniste dans le Septeto Santiaguero, lauréat d’un Grammy.

Sur le “Volume II - Danzones de Romeu at Café La Diana”, David Virelles interpète la musique pour piano de l’icône de la fin du 20ème siècle, le pianiste et compositeur Antonio Maria Romeu, reprenant son habitude de jouer des danzónes uniquement accompagné par un güiro (instrument en bois dont on gratte les arêtes prononcées avec un bâton). Le titre se réfère au légendaire Café La DIana à la Havane où Romeu a régulièrement joué à partir du tournant du 20ème siècle. David Virelles explore la signature harmonique, mélodique et le dispositif rythmique de Romeu, ainsi que les figures spécifiques de la main gauche sur le piano. Il est accompagné par le maître du güiro Rafael Ábalos, un spécialiste du danzón et un vétéran des charangas de l’Oriente comme TIpica Juventud et Estrella De La Charanga. “Ábalos a été une personne ressource inestimable dans la réalisation de ce projet, m’ayant orienté sur des enregistrements perdus et oubliés, reliant notre équipe rythmique et transmettant les secrets de ce genre de musique cubaine, le danzón, dont on parle souvent sans évoquer ses aspects mystiques.”

Produit de recherches historiques et culturelles approfondies, “Igbó Alákọrin” est un autre chapitre de la quête permanente de Virelles de créer une musique qui transcende les frontières entre folklorique et contemporain pour révéler une essence au-delà de tout genre. C’est aussi un retour au foyer qui témoigne d’une collaboration avec des racines familiales, communautaires et culturelles. Les sessions ont été enregistrées au fameux Siboney Studio Egrem de Santiago, où David Virelles a grandi en assistant aux séances d'enregistrement tardives de son père et a réalisé certains de ses premiers enregistrements professionnels. 

Inhabituel pour un enregistrement moderne, tous les musiciens ont joué dans une seule pièce, et ont immédiatement ressenti l’urgence et le pouvoir de la musique, avec un mix naturel qui ne peut être réalisé que de cette manière. L’album juxtapose une musique d’une ancienne époque, qui reflète le désir de David Virelles de préserver les nuances contextuelles, historiques et culturelles, avec des éléments d’improvisation reflétant son expérience dans la communauté jazz actuelle de New York. 

Comme Chucho Valdés l’exprime : “Le travail de David est immergé dans la recherche. Il connaît parfaitement nos racines africaines.Tradition et avant-garde vont ensemble dans cette offre de haute exigence. Quelle merveille ! Merci, David, de nous rendre heureux et fiers et d'avoir mis à jour nos traditions. "

Programmation musicale

David Virelles « Igbó Alákọrin (The Singer's Groove), Vol. I & II »
Sube la Loma, Compay (David Virelles)
Pi Recordings 78

« Igbó Alákọrin (The Singer's Groove), Vol. I & II
« Igbó Alákọrin (The Singer's Groove), Vol. I & II

David Virelles « Igbó Alákọrin (The Singer's Groove), Vol. I & II »
Tres Lindas Cubanas (Antonio Maria Romeu)
Pi Recordings 78

« Igbó Alákọrin (The Singer's Groove), Vol. I & II »
« Igbó Alákọrin (The Singer's Groove), Vol. I & II »

Mario Bauza « The Legendary Mambo King »
Mambo (Mario Bauza)
Messidor 15819-2

« The Legendary Mambo King »
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Das Kapital « Vive la France »
Comme d'habitude (Claude François,  Gilles Thibaut, Jacques Revaux)
Label Bleu

« Vive la France »
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Lambert, Hendricks & Ross « Sing A Song of Basie »
Everyday (Memphis Slim, Jon Hendricks)
Verve  543 827-2

« Sing A Song of Basie »
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Philippe Chagne « My Mingus Soul »
Pussy Riot (Philippe Chagne)
Ahead 834.2

« My Mingus Soul »
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Piet Verbist « Suite Réunion »
Asylum (Piet Verbist)
Origin 82769

« Suite Réunion »
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Eric Dolphy « Musical Prophet »
Love Me (alt n°2) (N. Washington, V. Young)
Resonance

« Musical Prophet »
« Musical Prophet »
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