Open jazz
Magazine
Mardi 5 septembre 2017
54 min

L'actualité du jazz : Bill Charlap, un Manhattan, sinon rien

En avant-première, « Uptown Downtown » de Bill Charlap qui paraît le 8 septembre chez Impulse / Universal.

L'actualité du jazz : Bill Charlap, un Manhattan, sinon rien
Kenny Washington, Bill Charlap, Peter Washington, © Philippe Levy

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Uptown Downtown
Uptown Downtown

Jouer une mélodie est un art en soi. Un art qui nécessite à la fois humilité et attention, expérience et intuition. À New York, Bill Charlap est justement considéré comme l’un des grands interprètes de mélodies, ses chansons tirées de comédies musicales, de spectacles de Broadway ou de films qui, détachées de leur source, sont devenues des standards dont les jazzmen font leur miel. Non seulement, il en connaît sur le bout des doigts par dizaines mais il est capable de rendre justice à chacune, détaillant la subtilité d’une phrase comme la profondeur de l’harmonie, avec un toucher d’une rare élégance. En cela, il est l’un des plus sûrs héritiers d’une certaine tradition du piano jazz, dont Hank Jones, Tommy Flanagan ou Shirley Horn, qu’il a connus tous trois, furent des figures essentielles, au même titre que Teddy Wilson, Art Tatum, Ahmad Jamal ou Sonny Clark.

Grand connaisseur de cet American Songbook dans lequel il a puisé la matière d’albums dédiés à Gershwin ou à Leonard Bernstein par le passé, Bill Charlap (né en 1966) entretient cet amour de la chanson à la tête du trio qu’il forme depuis 1997 avec le contrebassiste Peter Washington et le batteur Kenny Washington. Instrumentistes éminemment respectés parmi leurs pairs, ses deux accompagnateurs (sans lien de parenté) ont contribué, comme lui, à ramener le jazz, après des décennies d’expérimentations électriques et de fusions tous azimuts, au berceau du son acoustique, renouant avec la tradition du trio et le cadre canonique des standards, sans nostalgie mais avec la conviction que ces formes étaient loin d’avoir été épuisées.

Encouragé à ses débuts par les saxophonistes Gerry Mulligan et Phil Woods qui appréciaient chez leur jeune partenaire son bagage pianistique, son assurance d’accompagnateur, la finesse de son jeu sans âge et son infaillible sens du swing, Bill Charlap avait de qui tenir son attachement aux standards, ayant grandi auprès d’un père, Moose Charlap, qui avait lui-même composé pour Broadway (notamment Peter Pan) et d’une mère chanteuse de cabaret, Sandy Stewart (avec qui il a d’ailleurs enregistré deux albums), à qui les auteurs de comédies musicales faisaient régulièrement appel pour éprouver la valeur de leurs nouvelles chansons. Ce contexte n’explique cependant qu’en partie l’intimité du rapport que le pianiste entretient avec ce répertoire, l’autre étant son expérience auprès de certains aînés qui, tels Benny Carter, Clark Terry, Jim Hall ou Frank Wess, lui ont appris à révéler la richesse et la profondeur de ce répertoire.

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