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Lundi 25 février 2019
54 min

Joachim Kühn, les chants d'Ornette

A l'occasion de ses 75 ans, Joachim Kühn rend hommage en piano solo à son héros et ami disparu en 2015 : Ornette Coleman. “Melodic Ornette Coleman - Piano Works XIII” paraît chez ACT/Pias.

Joachim Kühn, les chants d'Ornette
Joachim Kühn & Ornette Coleman New York 1997, © Austin Trevett

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Joachim Kühn se souvient : « Ornette m’a fait venir d’Ibiza à New York plusieurs fois dans l’année, il louait un grand Steinway et on jouait jusqu’à 14 heures par jour, une semaine durant ! »

“Melodic Ornette Coleman - Piano Works XIII”
“Melodic Ornette Coleman - Piano Works XIII”

Lorsque Ornette Coleman et Joachim Kühn se rencontrent à Paris au début des années 90, c’est le début d’une remarquable collaboration. A la suite de leur premier concert en duo à Vérone en Italie, Joachim Kühn, de 14 ans le cadet d’Ornette, devient le seul pianiste avec qui Ornette Coleman – connu pour son attitude critique envers les pianistes – jouerait dans cette configuration ! Plus tard, il remplacera Geri Allen dans le quartet du saxophoniste. 

Ornette Coleman définissait ainsi son ami Joachim Kühn : "Il ne vient pas du jazz, il vient de la musique". Tous les deux comprenaient si bien à la fois les systèmes harmoniques conventionnels (les systèmes bien tempérés de la musique classique et les altérations liées au jazz) qu’ils en percevaient en même temps leurs limites et par conséquent, inventèrent leurs propres systèmes : « harmolodie » pour Ornette Coleman et « système augmenté / diminué » pour Joachim Kühn. Il était donc pertinent qu’Ornette ramène Joachim vers sa toute première influence : Jean-Sébastien Bach ! C’est ainsi que Joachim Kühn put se  produire un soir avec Ornette Coleman et le lendemain avec son projet « Bach Now », en compagnie du célèbre Thomanerchor Leipzig (choeur de l’église Saint Thomas de Leipzig).

Il est donc tout à fait approprié que Joachim Kühn, à l’occasion de ses 75 ans, ajoute un chapitre à cette grande source d’inspiration qu’est Ornette Coleman, à travers la série « Piano Works » du label ACT consacrée à des œuvres rares de légendes du jazz

« Entre 1995 et 2000 , j’ai donné 16 concerts avec Ornette. Avant chaque concert, Ornette écrivait 10 pièces que l’on travaillait et enregistrait dans son studio de Harlem, l’Harmolodic Studio. Puisqu’il souhaitait que j’apporte ce qu’il appelait des « cartes » (des sons) à ses mélodies. Je me retrouvais ainsi directement impliqué dans le processus de composition. Après le concert, ces pièces n’étaient jamais rejouées. _Je suis le seul aujourd’hui à posséder les enregistrements et les partitions de ces 170 pièces_. Maintenant, 20 ans après, je les ai rassemblées et jouées en piano solo. A part Lonely Woman, aucune de ces pièces n’avait été enregistrée jusqu’ici. »

Le Ornette Coleman que nous retrouvons dans cet enregistrement est tout aussi accessible que le trublion du début des années 60. Plus que l’icône du free jazz, le Ornette que célèbre ici Joachim Kühn est le créateur de compositions colorées, ancrées dans le blues. Bien sûr, ces couleurs ne sont pas conventionnelles, et naturellement, Kühn se sert de ce matériau avec son propre prisme, selon l’inspiration du moment ou encore lors de ses typiques « épopées sauvages musicales », mais par dessus tout, nous rencontrons ici deux âmes sœurs partageant un même impératif : s’attacher à la créativité dans le son en utilisant un matériau qui soit par essence mélodique. Les mélodies sont parfois brutes, presque traditionnelles (Lost Thoughts), d’autres fois très enjouées (Love Is Not Generous, Sex Belongs To Woman), ou longues et mélancoliques (Somewhere), ou encore révoltées (The End Of The World).

Comme à son habitude, Joachim Kühn relève le défi avec brio : il comprend le sens profond des structures des pièces tout en leur donnant vie. Et évidemment, il a choisi pour cela non pas un studio, mais un lieu au calme, loin de toute agitation : son propre home studio dans sa maison à Ibiza et son propre piano Steinway !

« En musique, la perfection, c’est mortel ! » comme il aime à le rappeler. « Je voulais que la musique soit pure et rentrer profondément en elle. »

Joachim Kühn “Melodic Ornette Coleman - Piano Works XIII” paraît chez ACT.

Programmation musicale

Joachim  Kühn « Melodic Ornette Coleman »
Lonely Woman  (rambling) (Ornette Coleman)
ACT 9763-2

« Melodic Ornette Coleman »
« Melodic Ornette Coleman »

Joachim  Kühn « Melodic Ornette Coleman »
Lost  Thoughts (Ornette Coleman)
ACT 9763-2

« Melodic Ornette Coleman »
« Melodic Ornette Coleman »

Joachim  Kühn « Melodic Ornette Coleman »
Food Stamps On The Moon (Ornette Coleman)
ACT 9763-2

« Melodic Ornette Coleman »
« Melodic Ornette Coleman »

Bobo Stenson  « War Orphans »
All  My Life (Ornette Coleman)
ECM   1604

 « War Orphans »
« War Orphans »

Françoise Toullec « Un hibou sur la corde »
Le fil rouge (Françoise Toullec)
Musea  GA8874

« Un hibou sur la corde »
« Un hibou sur la corde »

Golden Gate Quartet « From Spirituals to Swing »
Gospel  Train (Trad.)
Vanguard   169/71-2

« From Spirituals to Swing »
« From Spirituals to Swing »

Dorothy Masuka « The History of Township Music »
Ufikizolo (Dorothy  Masuka)
Wrasse  029

« The History of Township Music »
« The History of Township Music »

Michel Fernandez « Mélange de rage »
High  Life (Michel  Fernandez)
Dreamophone  008 

 « Mélange de rage »
« Mélange de rage »

Jacques  Schwarz-Bart  « Hazzan »
Adon Olam (Trad. )
Enja  Yellowbird 767522778922

« Hazzan »
« Hazzan »

Earl  Bostic « Dance music from the Bostic Workshop »
Up There in Orbit (Bostic, Bass)
Sing 613

« Dance music from the Bostic Workshop »
« Dance music from the Bostic Workshop »

Francesco Maccianti  « Path »
Path (Francesco Maccianti)
Abeat  181

« Path »
« Path »
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