Open jazz
Magazine
Lundi 13 avril 2015
56 min

Indra Rios-Moore, la voix du cœur

Parution de « Heartland » de Indra Rios-Moore chez Impulse.

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Indra Rios-Moore à la Une

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Indra, qui a reçu le nom du guerrier du ciel de la mythologie hindoue, crée une musique intemporelle, une musique d’influences jazz, folk, rock et country. Dans son nouvel album « Heartland », qui est publié par impulse!, sa musique prend la forme d’un mix éclectique à la fois simple et charmant, mais d’une telle élégance … Parmi ses onze titres on trouve des reprises de Duke Ellington, Doc Watson, Bowie ou encore Pink Floyd, mais cette magie créée par Indra avec son petit groupe — saxophone, basse, batterie — leur permet d’être entièrement ré-imaginés d’une manière unique et soulful intimement saisie par le célèbre producteur Larry Klein.

Toute histoire a son début, un milieu et une fin. L’histoire d’Indra Rios-Moore débute à Manhattan dans le quartier Lower East Side, et continue de l’autre côté de l’Atlantique, au Danemark, mais pour autant elle n’est pas près d’atteindre son apogée, encore moins (heureusement) une conclusion. Comme toute bonne histoire, elle a connu des détours, des hauts comme des bas, des joies et des douleurs, mais aussi des sacrifices et des réussites. Si l’art est le reflet de la vie, on ne s’étonnera pas si l’album d’Indra, ce Heartland, est d’un extrême éclectisme… car il est intense, personnel, et aussi d’une grande ampleur dans son étendue musicale. Ce qui n’est guère étonnant quand on apprend l’histoire d’Indra.

Indra est née d’une mère portoricaine, une éducatrice nommée Elizabeth, et un père d’origine africaine-américaine-syrienne, le bassiste jazz Donald Moore, qui a collaboré avec le New York Contemporary Five, Archie Shepp, Elvin Jones, Sonny Rollins et Jackie McLean, entre autres. Indra grandit dans un quartier difficile où, adolescente, elle fréquente l’univers imaginaire constitué de l’imposante discothèque de sa mère, avec pour compagnons des musiques jazz, soul, et rock.

Chanter a toujours été une expérience très privée pour Indra, mais lorsqu’elle a treize ans sa mère va la convaincre qu’elle devra passer une audition et entrer au Mannes College of Music ; malgré ses inhibitions, Indra chante et elle obtient une bourse d’études. Au Mannes College elle travaille sa voix soprano, et pendant sa première année elle fait partie de Village Harmony, un camp d’été au nord du Vermont. Avant d’avoir vingt ans elle vit dans une existence musicale parallèle, un univers double rempli d’une part d’airs classiques et de vocalises, et d’autre part, dans la forêt du Vermont, de mélodies traditionnelles américaines et de chansons folk qui viennent des Balkans.

C’est lorsqu’elle travaille comme serveuse dans un bar à vins à Brooklyn qu’elle rencontre le Danois Benjamin Traerup, un saxophoniste de jazz ; il suffit de trois semaines pour qu’ils décident de vivre ensemble, et un plus tard ils se marient et s’installent au Danemark. Selon Indra, “Si je n’avais pas été jeune et stupide, jamais je ne serais partie vivre au Danemark ; mais je suis tombée amoureuse, et je le suis toujours, et donc c’était un choix pragmatique. J’ai mis quatre ans pour apprendre le danois, puisque c’est une langue qui ne tombe pas naturellement dans une bouche américaine. Finalement, nous avons découvert que la créativité naît en partie de nos épreuves.”

  1. Indra, son mari Benjamin, et un ami, le bassiste Thomas Sejthen, forment un trio qui ne tarde pas à trouver un public fidèle, d’abord au Danemark et ensuite dans toute la Scandinavie. Leur premier album, Indra, reçoit une nomination aux « Danish Music Awards » en 2010 comme Meilleur Album Jazz Vocal. Pour Indra, une relation musicale étroite est essentielle au son que le groupe veut créer : “Notre constellation scénique n’est pas ‘moi toute seule devant’ ; on se tient dans un petit U, et à tout moment il n’y a pas plus d’une longueur de bras pour nous séparer. C’est ce ressenti que nous avons voulu figer en enregistrant Heartland.”

Les « Danish Music Awards » encore… En 2012 Indra remporte le prix du Meilleur Album Jazz Vocal avec In Between, son deuxième disque, et ses pensées tournent déjà vers l’album qui le suivra. Parmi ses disques préférés, Indra cite l’album de Joni Mitchell, Turbulent Indigo (1994) ; elle contacte donc celui qui l’avait réalisé, le producteur Larry Klein, pour voir s’il lui sera possible de recréer la même magie en studio à l’occasion de son nouveau projet. Elle lui envoie un email en lui confiant ses espoirs et ses idées, avec un lien pour sa musique, et la réponse est immédiate : Klein est intéressé. Mais avant de pouvoir aller plus loin, deux choses se produisent : Indra et son mari ont un premier enfant, un fils, et en même temps ils perdent un proche, décédé d’un cancer.

Lorsqu’elle repense enfin à l’enregistrement d’un nouvel album — nous sommes en août 2013 — Indra, Benjamin et leur fils Paulo font le voyage aux États-Unis ; au bout de trois jours de studio avec Larry Klein, le disque existe. “Larry Klein a saisi un niveau d’intensité dans mon casque comme je n’ai jamais connu dans un studio auparavant. A partir de là, il a créé un mix qui reflète l’intimité de notre jeu sur scène.”

Nous avons tout investi dans ce disque jusqu’au dernier sou ; vu que ni Benjamin ni moi ne sommes des irresponsables, cela nous avait choqué, sans parler de ceux qui nous connaissent bien. En fait, on avait compris le risque, et nous savions que, d’une manière ou d’une autre, nous devions sauter par-dessus ce risque extérieur, là où on pouvait tout perdre, et saisir le risque intérieur en donnant libre cours à notre créativité. Finalement, ça valait le coup. Totalement.”

Heartland est un album remarquable, et sa construction un véritable « travail d’amour ». L’amour qui unit Indra et Benjamin s’entend dans chaque note chantée et jouée, même si on y entend une lutte aussi : s’ils avaient pris d’autres décisions en cours de route, le résultat aurait été tout autre. “Tellement de gens nous ont soutenus, nous ont laissés monter sur leurs épaules… c’est ce qui nous a permis d’être là où nous sommes aujourd’hui.”

Et à Indra de tout résumer de manière simple mais élégante, “Si vous marchez vers votre ultime bonheur, il médite avec vous, parce que ce que nous faisons est au service de la joie.”

Où écouter Indra Rios-Moore

  • du jeudi 23 au samedi 25 avril à 19h30 & 21h30 au Duc des Lombards à Paris
    Indra Rios - Moore (chant)
    Benjamin Traerup (saxophone ténor)
    Thomas Sejthen (basse)
    Uffe Steen (guitare)
La programmation musicale :

    It’s Oh So Quiet

    Lisa EkdahlALBUM : « When Did You Leave Heaven »LABEL : RCA
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    Black Lace Freudian Slip

    ALBUM : « It Could Happen »LABEL : Origin
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    Azure

    Indra Rios-mooreALBUM : « Heartland »LABEL : Impulse !
    Azure

    Afro Blue

    Harold MabernALBUM : « Afro Blue »LABEL : Smoke Sessions
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    À la verticale

    David SanbornALBUM : « Time and The River »LABEL : Okeh
    À la verticale

    Little Black Train

    Indra Rios-mooreALBUM : « Heartland »LABEL : Impulse !
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    Ezz-thetic

    George RussellALBUM : « Complete 56-60 Smalltet »LABEL : Fresh Sound
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    The Music Is The Magic

    Lainie CookeALBUM : « The Music Is The Magic »LABEL : Onyx
    The Music Is The Magic

    Solitude

    Indra Rios-mooreALBUM : « Heartland »LABEL : Impulse !
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    Think Of One

    Pierrick PédronALBUM : « Kubic’s Monk »LABEL : ACT
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