Open jazz
Magazine
Jeudi 16 avril 2020
54 min

Hommage à Lee Konitz

Disparition du saxophoniste Lee Konitz le 15 avril 2020.

Hommage à Lee Konitz
Lee Konitz, © Getty / Frans Schellekens

Il avait commencé sa carrière à 18 ans. Disparu hier à l’âge de 92 ans, le saxophoniste alto Lee Konitz a illuminé l’histoire du jazz moderne. Pour saisir sa trajectoire : le son de la surprise !

D’abord, le son, immédiatement reconnaissable, translucide et tranchant. Et cette constance hallucinante, en 75 ans de carrière, à laisser la phrase suivante imprédictible. Lee Konitz, c’est un manifeste du refus de l’embrigadement. Déjà, il était né à Chicago, la ville où les musiciens ont toujours pris leurs distances avec l’orthodoxie du moment. C’était le 13 octobre 1927. Et au moment où le bebop prenait son envol, en 1946-47, il fugue avec son mentor Lennie Tristano et se retrouve embauché dans l’orchestre, tout en douceurs acidulées de Claude Thornhill. Il y rencontrera quelques-uns de ceux qui portreront sur les fonds baptismaux le « Birth of the Cool » de Miles Davis.

Si Miles lui-même laissa cette définition du jazz cool sur le bord du chemin, Lee Konitz s’en emparera avec Lennie Tristano, Warne Marsh, Gerry Mulligan et quelques autres pour en donner une approche fuguée, toute en dentelles graciles. Mais au sortir des années 50, le souffle du jazz libertaire lui pince la joue. En 1961, il se retrouve ainsi en studio dans la formule sans filet sax-contrebasse-batterie qu’avait initiée Sonny Rollins quelque temps plus tôt. Le batteur n’est autre que celui de Coltrane, Elvin Jones et l’album a un titre de tableau d’art abstrait, « Motion » (mouvement). Konitz a encore fait un pas de côté. En 1967, il enregistrera « The Lee Konitz Duets » proposant des formules instrumentales inédites (duos de saxophones, sax-trombone ou sax-violon, par exemple) sur un répertoire remontant à Armstrong et Ellington, mais interprété comme Miro dessine les oiseaux…

Et dans la foulée, à l’automne 68, on le retrouve en Europe, à Rome, avec Martial Solal, Henri Texier et Daniel Humair, pour rebattre les cartes du tempo, de l’harmonie et du développement mélodique. Le mot de free jazz n’est pas prononcé, mais quel souffle de liberté ! Lee Konitz travaillera avec Dave Brubeck, Ornette Coleman, Charles Mingus, Brad Mehldau et Charlie Haden, Paul Motian, Bill Frisell et Joe Lovano… Toujours prêt à découvrir des horizons à explorer. Il a multiplié les dialogues avec les pianistes, comme autant de conférences des oiseaux : Martial Solal, Sal Mosca, Harold Danko, Franco D’Andrea, Alan Broadbent, Stefano Bollani, Michel Petrucciani, Dan Tepfer… Il faut aussi lui savoir gré d’avoir très tôt pris la mesure de la vitalité du jazz européen. Du guitariste hongrois Attila Zoller au tromboniste allemand Albert Mangelsdorff en passant par le trompettiste italien Enrico Rava ou le saxophoniste suisse Ohad Talmor, il aura été un musicien « à l’affût ».

L'imprévisible en philosophie musicale, l'humour en philosophie de vie, la fraîcheur en discipline permanente. Sa musique s'écoutait avec le sourire aux oreilles. Merci Lee, de ton passage sur terre.
Alex Dutilh

Programmation musicale

Lee Konitz «Subconscious-Lee »
Subconscious-Lee (Lee Konitz)
Lee Konitz (saxophone alto)
Billie Bauer (guitare)
Lennie Tristano (piano)
Arnold Fishkin (basse)
Shelly Manne (batterie)
Prestige OJCCD 186-2

«Subconscious-Lee »
«Subconscious-Lee »

Miles Davis  « Birth of the Cool »
Move (Denzil Best)
Miles Davis (trompette)
Kai Winding (trombone)
Junior Collins (cor)
Bill Barber (tuba)
Lee Konitz (saxophone alto)
Gerry Mulligan (saxophone baryton)
Al Haig (piano)
Joe Shulman (basse)
Max Roach (batterie)
Capitol CP32-5181

 « Birth of the Cool »
« Birth of the Cool »

Lennie Tristano « Tristano »
You Go To My Head (J. Fred Coots, Haven Gillespie)
Lennie Tristano (piano)
Lee Konitz (saxophone alto)
Gene Ramey (basse)
Art Taylor (batterie)
Atlantic 7567-80804-2         

« Tristano »
« Tristano »

Lee Konitz, Warne Marsh « Lee Konitz and Warne Marsh »
Donna Lee (Charlie Parker)
Lee Konitz (saxophone alto)
Warne Marsh (saxophone ténor)
Sal Mosca (piano)
Billy Bauer (guitare)
Oscar Pettiford (contrebasse)
Kenny Clarke (batterie)
Atlantic 8122-75356-2         

« Lee Konitz and Warne Marsh »
« Lee Konitz and Warne Marsh »

Lee Konitz « Motion »
All of Me (Gerald Marks, Seymour Simons)
Lee Konitz (saxophone alto)
Sonny Dallas (basse)
Elvin Jones (batterie)
Verve 821553-2         

« Motion »
« Motion »

Lee Konitz, Martial Solal « European Episode »
Duet for Saxophone and Drums and Piano (Djohnny Dinamo)
Lee Konitz (saxophone alto)
Martial Solal (piano)
Daniel Humair (batterie)
Cam Jazz 7784-2         

« European Episode »
« European Episode »

Lee Konitz, Michel Petrucciani « Toot Sweet »
I Hear a Rhapsody (George Fragos, Jack Baker, Dick Gasparre)
Lee Konitz (saxophone alto)
Michel Petrucciani (piano)
Owl 028         

« Toot Sweet »
« Toot Sweet »

Lee Konitz « Sounf of Surprise »
Subconscious-Lee (Lee Konitz)
Lee Konitz (saxophone alto)
Ted Brown (saxophone ténor)
John Abercrombie (guitare)
Marc Johnson (basse)
Joey Baron (batterie)
RCA 74321 69309 2         

« Sounf of Surprise »
« Sounf of Surprise »