Open jazz
Magazine
Lundi 7 septembre 2020
54 min

David Linx, pour l'amour du jeu

Pour son nouvel opus de compositions originales “Skin in the Game” qui paraît chez Cristal/Sony, David Linx a réuni une formation de leaders avec Gregory Privat au piano, Chris Jennings à la contrebasse, Arnaud Dolmen à la batterie et Manu Codjia en invité à la guitare.

David Linx, pour l'amour du jeu
David Linx, © Shelomo Sadak

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De sa manière de phraser et de se placer, d’articuler chaque note, d’utiliser la voix dans toute sa tessiture et de vivre l’improvisation comme un soliste, jusqu’à sa façon de conserver l’âme du gospel, le mouvement du swing, l’indépendance du rythme sur le tempo et l’esprit du blues, tout son art relève profondément du jazz.

“Skin in the Game”
“Skin in the Game”

David Linx, qui a débuté la scène à 14 ans met « sa peau en jeu » pour ses 40 ans de carrière ! Après plus d’une trentaine d’albums en leader ou en duo avec le pianiste Diederik Wissels, le chanteur David Linx, on peut affirmer que David Linx est l’inventeur du « chanteur de jazz européen », et c’est, bien au delà de l’espace européen, l’un des plus formidables chanteurs de jazz que l’on puisse entendre.

Entre ballades et titres plus rythmés, deux morceaux agrémentés de poèmes dits par Marlon Moore rajoutent une couleur de plus à l’album et rappellent le premier sublime album réalisé par David Linx avec l’écrivain James Baldwin en 1987. « Kenny Clarke et Betty Carter buvaient du cognac dans des tasses et moi, j’étais assis entre eux deux. ». Peu de musiciens européens peuvent se targuer d’avoir de tels souvenirs lorsqu’ils évoquent leurs années de formation. Si le jazz a été une école pour David Linx, il a été une école de la vie, de la pensée et de l’exigence. À quatorze ans, son parrain, le saxophoniste Nathan Davis, le conduisait à Montreuil, près de Paris, chez Kenny Clarke, qui allait l’aider à consolider ses rudiments de batterie. Quelques années plus tard, c’est un autre expatrié africain-américain en France qui le prenait sous son aile alors même qu’adolescent, son œuvre lui était apparue comme une révélation : l’écrivain James Baldwin. Or, comme le dit un jour Baldwin lui-même à Dexter Gordon, qui posa un temps ses valises à Copenhague : « Hey, Dex, je viens de lire dans le journal que nous étions des “expatriés”, moi qui croyais simplement que nous vivions en Europe ! »

Il y a de l’ironie dans la réponse de Baldwin, auteur dont on redécouvre la pensée et le refus des évidences et des raccourcis bon teint, mais sous l’ironie, quelque chose de si juste sur la manière dont les Européens ont fantasmé le jazz et, au-delà, la condition de ceux qui l’ont inventé. Comme si vivre ailleurs que sur leur terre de naissance était nécessairement pour ces hommes le signe d’un renoncement et d’un exil ; comme si le jazz ne pouvait se vivre et se jouer que dans les limites des caricatures que l’on projette à son encontre avec, parfois, les meilleures intentions. Comme le disait Baldwin au jeune Linx dans sa maison de Saint-Paul-deVence où il avait trouvé refuge, « le timbre n’est ni blanc ni noir ; il est le résumé d’une vie. »

Ce disque n’est pas le résumé de la vie de David Linx mais il ne saurait être autrement que traversé d’élans autobiographiques, comme tous ceux que le chanteur a signés. Si son titre renvoie à l’intime et à ce qui constitue l’enveloppe qui nous rend perméable au monde — notre peau — c’est que chanter a toujours été l’affaire de son existence, avec une attention toute particulière au sens des mots. Entre 1986 et 1990, il mit, ne l’oublions pas, toute son énergie à mener à son terme la publication de « A Lover’s Question », coréalisé avec le guitariste Pierre Van Dormael, ce disque sans égal dans la carrière de James Baldwin dans lequel l’écrivain récite ses propres poèmes, accompagné, entre autres, de Steve Coleman, Toots Thielemans, Byard Lancaster et David Linx lui-même.

De sa fréquentation personnelle des grands du jazz et de la pensée de Baldwin, de leur proximité et de leur affection, Linx a non seulement tiré la confiance d’exister mais il a surtout appris l’exigence d’être lui-même. Singer ceux qu’il n’était pas aurait été la pire des insultes. Renoncer à ce qu’il aimait chez eux aurait été la pire des trahisons. Avec une opiniâtreté et une persévérance qui sont tout à son honneur, David Linx a inventé cette chose qui n’avait pas véritablement d’antériorité avant lui, au point d’avoir été longtemps une sorte d’hapax dans le monde de la musique : un chanteur de jazz européen. De sa manière de phraser et de se placer, d’articuler chaque note, d’utiliser la voix dans tout son ambitus et de vivre l’improvisation comme un soliste, jusqu’à sa façon de conserver l’âme du gospel, le mouvement du swing, l’indépendance du rythme sur le tempo et l’esprit du blues, tout son art relève profondément du jazz sans qu’il ait eu besoin d’emprunter les oripeaux vocaux du genre, ni de prendre pour stylistique les clichés qu’on lui associe, et que tant d’épigones pensent suffisants pour prétendre accéder à cet art.

Chanter, donc, non pas à la manière d’untel ou d’une telle pour se croire légitime, mais bien prendre leur singularité en exemple afin de mieux trouver la sienne, a toujours été pour Linx bien plus qu’un simple exercice. Entouré de musiciens qui ont, eux aussi, choisi le jazz comme révélateur de leur expression sans pour autant renoncer à cette part d’identité qui est aussi ce qui les constitue — Gregory Privat, natif de la Martinique ; Chris Jennings, du Canada et Arnaud Dolmen de la Guadeloupe, ainsi que, sur certains titres, le guitariste Manu Codjia et Marlon Moore des États-Unis pour les parties spoken word — David Linx va chercher, au contact de la musique, entre soi et les autres, une manière de déployer son talent, de faire entendre sa voix, et de libérer pour le traduire en notes ce cri intérieur qui fait les grands artistes. Mettre sa peau en jeu n’est pas, pour lui, un vain mot. Qui ne l’entendrait pas à l’écoute de ce disque ? - Vincent Bessières
(extrait du communiqué de presse)

Où écouter David Linx

David Linx (voix)
Gregory Privat (piano)
Chris Jennings (basse)
Arnaud Dolmen (batterie)
Invité :
Manu Codjia (guitare)

La programmation musicale :
  • 18h09
    Here I can see - DAVID LINX
    David Linx

    Here I can see

    David Linx : auteur, Gregory Privat : auteur
    Album Skin in the game Label Cristal Année 2020
  • 18h18
    Skin in the game (feat. Marlon Moore & Manu Codjia) - DAVID LINX
    David Linx

    Skin In The Game

    David Linx. : compositeur, David Linx (voix), Marlon Moore (spoken word), Grégory Privat (piano), Manu Codjia (guitare électrique), Chris Jennings (contrebasse), Arnaud Dolmen (batterie)
    Album Skin in the game Label Cristal Année 2020
  • 18h27
    Chains - PEPA NIEBLA
    Pepa Niebla

    Chains

    Pepa Niebla. : compositeur, Pepa Niebla (voix), Toni Mora (guitare), Maxime Moyaerts (piano), Alex Gilson (contrebasse), Daniel Jonkers (batterie)
    Album Renaissance Label Autoproduction (1950790188930) Année 2020
  • 18h35
    La trappe - DANIEL ROURE
    Daniel Roure

    La trappe

    Serge Mounier. : compositeur, Daniel Roure. : compositeur, Laëtitia Vanhove. : compositeur, Daniel Roure (voix, piano), Thomas Roure (saxophone ténor), Marc Campo (guitare), Christophe Le Van (contrebasse), Philippe Le Van (batterie)
    Album Quintessence Label Vls (3760231769745) Année 2020
  • 18h41
    Call it stormy monday but tuesday is just as bad - T-BONE WALKER
    T-Bone Walker

    Call It Stormy Monday (But Tuesday Is Just As Bad)

    T-Bone Walker. : compositeur, T-Bone Walker (guitare, voix), Teddy Buckner (trompette), Bumps Myers (saxophone ténor), Lloyd Glenn (piano), Arthur Edwards (contrebasse), Oscar Lee Bradley (batterie)
    Album Five Classic Albums. Label Avid Jazz (EMSC1359) Année 2020
  • 18h45
    Backlash blues - NINA SIMONE
    Nina Simone

    Backlash Blues

    Langston Hughes. : compositeur, Nina Simone. : compositeur, Nina Simone (voix, piano), Eric Gale (guitare), Rudy Stevenson (guitare), Emie Hayes (orgue), Bob Bushnell (basse), Bernard Purdie (batterie), Buddy Lucas (harmonica)
    Album Sings the blues Label Rca/legacy Année 2006
  • 18h50
    Sebene two - ELECTRIC VOCUHILA
    Electric Vocuhila

    Sebene Two

    Maxime Bobo. : compositeur, Maxime Bobo (saxophone alto), Boris Rosenfeld (guitare), François Rosenfeld (basse), Etienne Ziemniak (batterie)
    Album Palaces Label Capsul (EVPCDCR24226108)
  • 18h53
    Bon vent - JOEL HIERREZUELO
    Joel Hierrezuelo

    Bon vent

    Joel Hierrezuelo. : compositeur, Joel Hierrezuelo (guitare, voix, percussions), Pierre De Bethmann (claviers), Felipe Cabrera (basse acoustique), Lukmil Perez (batterie)
    Album Así de simple Label Continuo Jazz (CC777815) Année 2020
  • 18h56
    Faratazana (feat. Manuel Hermia) - RAHONA
    Rahona

    Faratazana

    Joël Rabesolo. : compositeur, Joël Rabesolo (guitare), Julien Marga (guitare), Nicolas Puma (contrebasse), Lucas Vanderputten (batterie), Manuel Hermia (saxophone ténor)
    Album Rahona Label Homerecords (413309) Année 2020
Les invités :
L'équipe de l'émission :