Open jazz
Magazine
Vendredi 25 décembre 2015
57 min

Coleman Hawkins, les années classiques (1922-47) (5/5) : All-Stars et bebop

Deux surnoms pour un seul homme. Bean et Hawk.

Haricot ou Faucon. Drôle de choix pour ce géant du jazz, qui inventa littéralement le langage du saxophone (ténor) dans le jazz. Sous la houlette de Scott Wenzel et Michael Cuscuna,Mosaic vient de ressortir en un coffret au format 30cm (8 CD et un livret de 48 pages, épatant de compétence, signé Loren Schoenberg) la trajectoire de son décolage. De ses touts débuts à 18 ans à son flirt avec le bebop, lui qui ne resta jamais dans les sabots du classicisme, mais grava dans le marbre l’un des classiques des classiques, son Cantique des Cantiques, Body And Soul, en 1939.

Il était né à Saint Joseph, Missouri le 21 novembre 1904. Son bâton de pélerin ne serait pas droit, mais recourbé et en cuivre. Avant lui, seuls les trompettes, trombone et clarinettes arrivaient à émerger de l’orchestre. Et s’il ne fut pas le premier jazzman à jouer du saxophone ténor, il en fut, au sein de l’orchestre de Fletcher Henderson,le premier vrai soliste. Sur ses années 1922-47, on l’entend s’affiner progressivement, passer maître dans l’art de la ballade et durcir peu à peu le son dans des contextes où on lui faisait confiance.

Il ouvrira la voie à plusieurs générations, jusqu’à Sonny Rollins qui le vénère, mais sans dogmatisme, en laissant s’épanouir à distance le phrasé plus en apesanteur de Lester Young avec lequel il adorera se mesurer. Superbe paradoxe, durant ses dernières années (il est mort à New York le 19 mai 1969), ce pilier du jazz classique (de la trempe des Louis Armstrong, Art Tatum, Benny Goodman ou Earl Hines) sera un compagnons de route du jazz libertaire des sixties. Tout sauf conservateur.

Alain Gerber eut ces mots définitifs à son propos : « **Il fût le mâle dominant, au temps des Grands Prédateurs**. Un maître boucher parmi les coupeurs de tête… On a parlé cent fois de ces égorgeurs solitaires qui, aux petites heures du jour, de jam en jam déroulaient leurs ombres sur les escaliers des clubs, demandant partout : « Il n’y aurait pas quelqu’un dans cette turne pour se faire couper la chique ? ».Le Hawk disposait sans l’avoir sollicité d’un service de renseignement fort efficace. On lui indiquait les gorges tendres, les mirliflores qui, ça et là, se poussaient du ramage. Il ne parlait pas beaucoup, mais il assassinait énormément ».

En cinq épisodes, l’éclosion d’un saxophoniste et la splendeur d’un maître…
Lundi 21 (1/5) : A Tenor Is Born (1922-31)
Mardi 22 (2/5) : soliste et leader (1932-34)
Mercredi 23 (3/5) : en Europe (1934-39)
Jeudi 24 (4/5) : Body And Soul (1939-43)
Vendredi 25 (5/5) : All Stars et bebop (1944-47)

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