Open jazz
Magazine
Vendredi 1 mars 2019
54 min

Branford Marsalis, à l'ombre des secrets

Le retour du Branford Marsalis Quartet ! “The Secret Between the Shadow and the Soul”, qui paraît chez Okeh/Sony, voit le groupe atteindre de nouveaux sommets avec une cohésion unique.

Branford Marsalis, à l'ombre des secrets
Branford Marsalis, © Eric Ryan Anderson

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  • Branford Marsalis à la Une

Le quartet mené depuis trois décennies par le saxophoniste Branford Marsalis a toujours été un modèle d’art sans concessions, avec une identité collective profonde et des horizons musicaux toujours plus vastes. On retrouve le pianiste Joey Calderazzo et le bassiste Eric Revis, comptant chacun 20 années de service dans le groupe, ainsi que le batteur Justin Faulkner (le « bleu » depuis 2009). Un bel exemple de comment entretenir et élargir une vision musicale qui assume la tradition en la prolongeant.  

« The Secret Between the Shadow and the Soul »
« The Secret Between the Shadow and the Soul »

The Secret Between the Shadow and the Soul” qui paraît chez Okeh/Sony est le premier enregistrement studio du groupe depuis “Upward Spiral” sorti en 2016 avec Kurt Elling. « Travailler pendant un an et demi avec Kurt m’a ramené à ce que j’avais appris de mon concert avec Sting, explique Branford. Travailler avec un chanteur vous change sans que vous vous en rendiez compte. Quand j’ai commencé à jouer du jazz après mon expérience du R&B, les nouvelles possibilités que je découvrais me conduisaient à jouer des solos interminables.Sting m’a dit “Non, tu as 45 secondes !”, ce qui m’a amené à bien plus que de simples coupes. Ça m’a appris à me concentrer sur les mélodies et à en venir au fait. »

es concerts ayant suivis la sortie d’”Upward Spiral” ont eu un effet similaire sur le reste du quartet. « Les gars du groupe n’avaient pas non plus travaillé avec un chanteur depuis un certain temps et cela a totalement affecté la façon dont nous jouons.Nous sommes devenus plus proches dans notre jeu, car il s’agissait avant tout de soutenir le chant ». Cette nouvelle approche a eu également un effet lors de l’enregistrement. Branford Marsalis réalisa qu’il ne pouvait plus se satisfaire de la seule tension créative lors des sessions studio. « J’aime toujours cette idée que tout le monde dans le groupe peut apporter ce qu’il souhaite lorsqu’il est temps d’enregistrer et de voir ce que l’on peut en faire , admet-il. Mais nous ne pouvions plus juste utiliser cette approche de jam session en studio. Il nous fallait d’abord aller sur scène et travailler la musique ». 

En octobre 2017, après une première semaine de concerts et de travail studio au Ellis Marsalis Center de la Nouvelle-Orléans, le groupe a entamé une tournée à travers le monde pour absorber et approfondir les nouvelles compositions. «En juin, nous avions 5 jours de repos à Melbourne, et j’ai demandé aux gars s’ils préféraient s’amuser ou travailler. On était prêts à s’occuper de la musique » explique Branford Marsalis. Le groupe enregistra donc à l’Alexander Theater de la Monash University de Clayton, en Australie.  

Le résultat est un portrait du Branford Marsalis Quartet aussi fidèle qu’il est possible de le peindre en une heure de musique. Comme d’habitude, on retrouve les compositions des vétérans, Eric Revis fournissant par exemple le fracassant Dance of the Evil Toys ou encore le plus tendre mais tout aussi dynamique Nilaste, tandis que Joey Calderazzo renforce sa virtuosité avec Cianna et  Conversation Among the Ruins. En plus du titre Life Filtering from the Water Flowers, composé par Branford, on retrouve sur l’album deux pépites jazz des seventies, Snake Hips Waltz d’Andrew Hill et The Windup de Keith Jarrett. 

Que ce soit sur le rythme en trois temps de Snake Hip Waltz, sur l’élégant et solide Cianna ou bien sur le tapageur  Dance of the Evil Toys, le quartet donne indubitablement vie à des propositions distinctes et pertinentes. « Sonny Rollins nous a donné le modèle pour jouer chaque morceau avec une tonne de vocabulaire musical, et savoir utiliser le son de chaque instrument , note Branford Marsalis.  Pour nous, il s’agit du son et de son pouvoir pour créer des émotions. Lorsque tu t’impliques dans le son, tu ne joues jamais deux fois de suite la même chose. On s’écoute les uns les autres et chaque morceau est différent ». 

D’autres influences ont déterminé l’approche du storytelling de la part de Branford Marsalis :  l’opéra européen comme les ensembles africains de percussions, en passant par les maîtres du saxophone comme Ben Webster, Wayne Shorter, John Coltrane ou Ornette Coleman. « Dans l’écriture comme dans les solos, mon approche se concentre d’abord sur la mélodie et le rythme, l’harmonie n’arrivant qu’après, explique-t-il. Nous modelons l’harmonie sur la mélodie, alors que trop de gens laissent l’harmonie dicter les choses. »   

Pour Branford Marsalis, le véhicule parfait pour atteindre ses objectifs reste son groupe : « Certains musiciens ont besoin de jouer dans différents projets et de changer de contexte pour créer l’illusion qu’ils sonnent différemment, alors que nous, nous ajustons notre son pour ne pas avoir à changer de contexte. J’ai toujours été attiré par les groupes, pas seulement les musiciens, qui peuvent commencer et s’arrêter de jouer au même moment. Rester ensemble nous permet de jouer une musique sophistiquée et aventureuse, tout en étant performants. Un manque de familiarité mène à un jeu qui reste sur la défensive, où l’on joue pour ne pas se tromper.J’aime jouer une musique sophistiquée et je ne serais pas capable de créer cette musique avec des gens que je ne connais pas ».  

La programmation musicale :
    18:06
    B. Petkere

    Close your eyes

    Doris Day & Andre PrevinALBUM : Duet / + BonusLABEL : COLLECTABLES RECORDSANNÉE : 2001
    Close your eyes
    18:10
    Shorty Rogers, André Previn

    « Collaboration » Porterhouse (André Previn)

    Shorty Rogers (trompette), Milt Bernhart (trombone), Bud Shank (saxophone Alto, Flûte), Bob Cooper (saxophone Ténor, Hautbois), Jimmy Giuffre (saxophone Baryton), Jack Marshall (guitare), Joe Mondragon (basse), Shelly Manne (batterie)ANNÉE : 1954
    « Collaboration » Porterhouse (André Previn)
    18:15
    Branford Marsalis Quartet

    « The Secret Between the Shadow and the Soul » Dance of the Evil Toys (Eric Revis)

    Branford Marsalis Quartet, Branford Marsalis (saxophone), Joey Calderazzo (piano), Eric Revis (basse), Justin Faulkner (batterie)LABEL : OKEHANNÉE : 2019
    « The Secret Between the Shadow and the Soul » Dance of the Evil Toys (Eric Revis)
    18:24

    CIANNA

    Branford Marsalis, Joey Calderazzo, Eric Revis, Justin Faulkner, Branford Marsalis QuartetLABEL : OKEHANNÉE : 2019
    CIANNA
    18:32
    Anna Maria Jopek & Branford Marsalis

    « Ulotne » To i hola (Trad.)

    Atom String Quartet, Anna Maria Jopek (voix), Branford Marsalis (saxophone Soprano)), Mino Cinelu (percussions), Krzysztof Herdzin (voix), Marcin Wasilewski (piano), Piotr Nazaruk (voix), Robert Kubiszyn (basse), Maria Pomianowska (voix), Dawid Lubowicz (violon), Mateusz Smoczynski (violon), Michal Zaborski (alto), Krzysztof Lenczowski (violoncelle)LABEL : AMJANNÉE : 2018
    « Ulotne » To i hola (Trad.)
    18:40
    Jam Session

    « From Spirituals to Swing » Oh, Lady Be Good (George & Ira Gershiwn)

    Basie Count & His Orchestra, Jam SessionLABEL : VanguardANNÉE : 1999
    « From Spirituals to Swing » Oh, Lady Be Good (George & Ira Gershiwn)
    18:53
    Olivier Gotti

    « A Way to Win » You Better Run (Olivier Gotti)

    Olivier Gotti (voix, Guitare Hawaïenne)LABEL : AheadANNÉE : 2018
    « A Way to Win » You Better Run (Olivier Gotti)
    18:56

    THE REVELATOR

    Sugaray RayfordLABEL : FORTY BELOWANNÉE : 2019
    THE REVELATOR
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