Open jazz
Magazine
Lundi 20 avril 2020
53 min

Avis de jazz frais - La confrérie des souffleurs : Avishai Cohen, Omer Avital, Tineke Postma, Lakecia Benjamin

Des cuivres, des anches, pas mal d’anges aussi et même un pianiste, le souffle au bout des doigts.

Avis de jazz frais - La confrérie des souffleurs : Avishai Cohen, Omer Avital, Tineke Postma, Lakecia Benjamin
Avishai Cohen Big Vicious Auteur, © Palhov / ECM

[Programmation musicale en bas de page]

Le premier album du charismatique trompettiste Avishai Cohen avec son groupe Big Vicious est un cocktail étonnant de textures sonores venues de la musique électronique, des séquences relevant de l'ambient et de la musique psychédélique, ainsi que des grooves et des rythmes empruntés au rock, à la pop ou encore au trip-hop. Des thèmes du répertoire - de Massive Attack à Beethoven - en versions décalées et personnelles font également partie intégrante de la vision de ce « Big Vicious » sorti chez ECM.

C’est il y a 6 ans, de retour en Israël après son séjour new-yorkais que le trompettiste a eu l’idée de monter ce groupe avec des musiciens qui avaient grandi près de lui, parfois dans des univers musicaux assez distants. On retrouve le batteur Ziv Ravitz qui double l’instrument avec Aviv Cohen, le guitariste Uzi Ramirez et le bassiste Jonatan Albalak. This Time It’s Different : le titre de l’une des pièces résume l’intention. Pour la première fois, Avishai Cohen est entré en studio sans la moindre composition, confiant dans la capacité du groupe à générer ensemble un répertoire original. 

« On vient tous du jazz, mais certains d’entre nous s’en sont émancipés plus tôt que les autres, explique Avishai. Tout le monde apporte son vécu et participe ainsi à l’élaboration du son du groupe. » Et Ziv Ravitz, l’un des deux batteurs, d’enchainer : « C’est ce mélange inédit qui donne au groupe sa magie. C’est très particulier, parce que l’on pourrait s’attendre avec ce genre de cocktail à ce que tout explose de façon dramatique. Mais non ! À l’arrivée, la musique est à la fois profonde et très mélodique. »

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Omer Avital & Qantar
Omer Avital & Qantar , © Lior Tzemach

Le label participatif français Jazz & People vient de s’associer à Zamzana Records, créé à New York par Omer Avital, pour ressortir d’anciens enregistrements du bassiste et imaginer ensemble de nouveaux projets. Premier essai réussi avec ce tout nouveau « New York Paradox », le second enregistrement du groupe Qantar d’Omer Avital. Un côté Jazz Messengers méditerranéen, chantant, joyeux et exubérant. 

Le groupe, qui réunit deux saxophonistes - Asaf Yuria aux ténor et soprano et Alexander Levin au ténor – et une section rythmique piano, contrebasse, batterie avec Eden Ladin, Omer Avital et Ofri Nemehya, a près de quatre ans d’existence. Tous musiciens venus d’Israël rejoindre Omer Avital pour tenter l’aventure du jazz dans la Grosse Pomme. Comme le bassiste avait pu le faire dans ce creuset de la génération précédente que fut le club Smalls, dans le Village, il y a 25 ans, ils se sont soudés dans un nouveau lieu, créé par Omer Avital dans le quartier de Bushwick à Brooklyn, le Wilson Live. À la fois lieu de répétition, de rencontre, de jam sessions, de concerts et d’enregistrement, il est leur maison commune, « un foyer créatif » comme le précise le leader. 

L’enregistrement a été réalisé « à l’ancienne », d’une traite, sans montage. De l’avantage de disposer d’un groupe soudé : amples polyphonies, lyrisme généreux et grooves mouvants sont au rendez-vous.

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Tineke Postma
Tineke Postma , © Dave Stapleton

La saxophoniste néerlandaise Tineke Postma ne nous avait pas donné d’album personnel depuis 2014. Et pour cause, entre temps, elle est devenue maman d’un petit Oscar et a tenu à vivre pleinement l’expérience de la maternité. Celle qui nous avait déjà conquis avec ses six réalisations précédentes, tout comme Wayne Shorter et Herbie Hancock qui l’ont prise à leurs côtés, sort chez Edition Records un éblouissant « Freya », avec le gratin de la scène new-yorkaise : le trompettiste Ralph Alessi, le bassiste Matt Brewer, le batteur Dan Weiss, plus la pianiste Kris Davis pour certains titres.

Tineke Postma, qui avait commencé sa carrière en 2003, signe l’intégralité d’un répertoire dont l’audace d’écriture enthousiasme, un peu à la manière des compositions de ce prince de l’étrange qu’est Wayne Shorter. D’ailleurs, celui-ci lui avait lancé, au moment où ils montaient ensemble sur scène, « et si on commençait par composer ? ».

« Cet album est un hommage à la création, sous toutes ses formes, explique Tineke. Dans la mythologie des vikings et des frisons, Freya est la déesse de la création, de l’amour et de la fertilité. Elle est la mère de tous les enfants frisons. Je suis née et j’ai grandi dans la Frise, une magnifique région au nord des Pays-Bas. À travers cet enregistrement et ces compositions, j’ai voulu célébrer ma nouvelle vie en tant que mère, une expérience tellement profonde et enrichissante… »

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Lakecia Benjamin
Lakecia Benjamin, © Elizabeth Leitzell

La saxophoniste américaine Lakecia Benjamin, elle aussi à l’alto, vient de consacrer un album aux compositions de John… et d’Alice Coltrane, rarement ainsi associés. Pour ce faire, elle a sollicité le parrainage de Reggie Workman, qui fut contrebassiste de l’un comme de l’autre, et réuni un casting qui embrasse plusieurs générations d’une plage à l’autre, avec notamment Ron Carter, Gary Bartz, Regina Carter, Keyon Harrold, Marcus Strickland, Steve Wilson, Marc Cary, Meshell Ndegeocello ou Brandee Younger. 

Quelques vocalistes font aussi une apparition, comme Jazzmeia Horn pour un Central Park West dont la saxophoniste a écrit les paroles, ou Dee Dee Bridgewater qui a aussi signé le texte sur Acknowledgement, le premier mouvement de la suite A Love Supreme sur lequel apparait également la voix de Abiodun Oyewole, le fondateur des Last Poets. Ambitieux et très actuel, « Pursuance : The Coltrane’s » vient de sortir chez Ropeadope.

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Marc Perrenoud Trio
Marc Perrenoud Trio, © Liliroze

Exception aujourd’hui, au festival d’instruments à vent, le pianiste Marc Perrenoud. À la recherche du souffle nocturne des rêves. Personnalité rayonnante de la scène jazz européenne, le pianiste Marc Perrenoud ne fait rien comme tout le monde. A une époque où tant de formations s’adaptent aux modes et aux tendances, le musicien suisse de 38 ans s’inscrit dans la durée et la continuité, indifférent aux engouements passagers. 

Formé en 2007 avec le batteur Cyril Regamey et le contrebassiste Marco Müller, son trio compte quelque 400 concerts à son actif dans le monde entier. Après quatre albums, voici « Morphée », cinquième album du Marc Perrenoud Trio qui plonge l’auditeur dans un univers nocturne et insaisissable comme l’étoffe des rêves. « On étouffait à Genève pendant le mois d’août 2019, se souvient Marc. La nuit, il faisait plus frais, alors j’ai commencé à écrire des thèmes entre 2h et 5h du matin. Je dormais un peu, j’écrivais, me rendormais un peu... L’été, le rapport au temps est différent, les choses ralentissent. Écrire la nuit, entre sommeil et éveil somnolent, ça m’a permis de casser mes habitudes et de trouver autre chose : un sens accru de l’espace et des résonances, une sonorité libre, ouverte, comme hors du temps. » 

Pour explorer les possibilités de ce nouveau répertoire, Marc, Cyril et Marco se sont enfermés une semaine en résidence à Château Rouge, à Annemasse. « À Château Rouge, on était coupé du monde et on a pu travailler d’une manière toute différente, ça discutait beaucoup ! » Dans la mythologie grecque, Morphée est le dieu des « rêves prophétiques », celui « qui donne forme » aux songes. Le Marc Perrenoud Trio leur a donné une voix. « Morphée » sort chez NeuKlang.

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Jimmy Greene
Jimmy Greene, © Anna Webber

Sur « While Looking Up », qui parait chez Mack Avenue, Jimmy Greene a puisé son inspiration dans une énorme volonté de résilience. Un titre qui sonne comme un exutoire à la tragédie familiale qu’il a vécue en 2012, quand sa fillette, âgée de 12 ans fut l’une des victimes de l’attentat de la Sandy Hook Elementary School à Newtown, dans le Connecticut.

Pour cet album, il a tenu à réunir autour de lui des musiciens qui lui sont proches et qui ne s’étaient pas retrouvés ensemble dans un studio depuis une décennie…  Un casting de premiers de la classe, avec le pianiste Aaron Goldberg, le vibraphoniste Stefon Harris, le guitariste Lage Lund, le bassiste Reuben Rogers et le batteur Kendrick Scott.

« Le projet de « While Looking Up », précise-t-il, résonne étrangement en ce moment où ma tragédie familiale trouve un écho dans le chaos que connait ce pays en ce moment. Mais au lieu de se résigner ou de perdre mes illusions, je préfère me projeter au-delà et affronter le futur avec détermination. »

Programmation musicale

Avishai Cohen « Big Vicious »
Honey Fountain (Big Vicious, Rejoicer)
Avishai Cohen (trompette, électronique)
Uzi Ramirez (guitare)
Jonatan Albalak (basse)
Aviv Cohen (batterie)
Ziv Ravitz (batterie, électronique)
ECM 2690

« Big Vicious »
« Big Vicious »

Avishai Cohen « Big Vicious »
Moonlight Sonata (Ludwig van Beethoven)
Avishai Cohen (trompette, électronique)  
Uzi Ramirez (guitare)  
Jonatan Albalak (basse)  
Aviv Cohen (batterie)  
Ziv Ravitz (batterie, électronique)
ECM 2690

« Big Vicious »
« Big Vicious »

Omer Avital, Qantar« New York Paradox »
New York Paradox (Omer Avital)
Asaf Uria (saxophone soprano)
Alexander Levin (saxophone ténor)
Eden Ladin (piano)
Omer Avital (contrebasse)
Ofri Nehemya (batterie)
Jazz & People 20ZM003

« New York Paradox »
« New York Paradox »

Tineke Postma « Freya »
Parallax (Tineke Postma)
Tineke Postma (saxophone alto)
Ralph Alessi (trompette)
Matthew Brewer (contrebasse)
Dan Weiss (batterie)
Edition 1150

« Freya »
« Freya »

Lakecia Benjamin « Pursuance The Coltranes »
Central Park West (John Coltrane)
Lakecia Benjamin (saxophone alto)
Jazzmeia Horn (voix)
Sharp Radway (piano)
Chris Rob (orgue)
Lonnie Plaxico (contrebasse)
Joe Blaxx (batterie)
Ropeadope 536

« Pursuance The Coltranes »
« Pursuance The Coltranes »

Lakecia Benjamin « Pursuance The Coltranes »
Acknowledgement (John Coltrane)
Lakecia Benjamin (saxophone alto)
Dee Dee Bridgewater (voix)
Abiodun Oyewole (voix)
Sharp Radway (piano)
Jonathan Michel (contrebasse)
Darrell Green (batterie)
Bendji Allonce (percussions)
Ropeadope 536

« Pursuance The Coltranes »
« Pursuance The Coltranes »

Lakecia Benjamin « Pursuance The Coltranes »
Pursuance (John Coltrane)
Lakecia Benjamin (saxophone alto)
Marc Cary (piano)
Jonathan Michel (contrebasse)
Darrell Green (batterie)
Ropeadope 536

« Pursuance The Coltranes »
« Pursuance The Coltranes »

Marc Perrenoud « Morphée »
Morphée (Marc Perrenoud)
Marc Perrenoud (piano)
Marco Mueller (contrebasse)
Cyril Regamey (batterie)
Neu Klang 4231

« Morphée »
« Morphée »

Jimmy Greene « While Looking Up »
Always There (Jimmy Greene)
Jimmy Green (saxophone ténor)
Aaron Goldberg (piano)
Stefon Harris (marimba)
Reuben Rogers (contrebasse)
Kendrick Scott (batterie)
Mack Avenue 1154

 « While Looking Up »
« While Looking Up »
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