Open jazz
Magazine
Mercredi 13 mars 2019
54 min

Andrea Motis, de l'autre côté du bleu

Avec “Do Outro Lado Do Azul” qui paraît chez Verve/Universal le 15 mars, la jeune trompettiste et chanteuse Andrea Motis, a définitivement laissé place à une vraie artiste.

Andrea Motis, de l'autre côté du bleu
Andrea Motis, © Jean-Marc Viattel

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Si le petit monde du jazz n’a pas tardé à prendre la mesure du talent hors norme d’Andrea Motis, alerté dès 2012 par le grand Quincy Jones en personne, qui l’invita, à peine âgée de 17 ans, à monter sur scène lors de son passage au festival de Barcelone, c’est indéniablement avec la parution en 2017 d’“Emotional Dance”, son premier véritable disque en leader  sur  le  prestigieux  label Impulse,  que  la  jeune chanteuse et trompettiste catalane a soudain fait prendre à sa carrière une autre dimension. 

  • Philippe Jaroussky invité de Alex Dutilh dans le cadre de la journée qui lui est consacrée aujourd'hui sur France Musique
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« Do outro lado do azul »
« Do outro lado do azul »

Un nouveau public, excédant largement les frontières des happy few de la première heure, s’avisa alors de l’incroyable trajectoire de ce phénomène de précocité — à la trompette dès l’âge de 7 ans ; rapidement repérée au sein du big band de l’école de musique de Sant Andreu par son professeur, le contrebassiste Joan Chamorro ; et dès l’âge de 14 ans propulsée sur le devant de la scène avec la parution de son premier enregistrement “Juan Chamarro présente Andrea Motis”, coup d’essai plein de charme mettant en valeur une fraîcheur et une musicalité proprement confondantes. Cinq autres albums naîtront en quelques  années  de  cette  collaboration  féconde  (parmi  lesquels “Feeling Good” paru en 2012) jusqu’à ce que “Emotional Dance” offre à Andrea Motis l’opportunité de dessiner les contours d’un univers beaucoup plus personnel,  synthétisant  avec  brio  les  acquis  de  ses  années d’apprentissage tout en ouvrant de nouvelles perspectives.

Toujours accompagnée de Joan Chamorro et de son petit groupe de fidèles musiciens (le pianiste Ignasi Terraza, le batteur Esteve Pi, le guitariste Josep Traver), Andrea Motis y laissait entrevoir un nouveau visage — intégrant dans son orchestre des musiciens américains de la trempe de Warren Wolf, Gil Goldstein, Scott Robinson ou Joel Frahm, mais surtout enrichissant avec finesse son répertoire habituel de grand standards de jazz par une poignée de compositions originales explorant des territoires imaginaires et idiomatiques renvoyant pour la première fois directement à ses racines méditerranéennes. 

C’est précisément ce tropisme qu’Andrea Motis poursuit et développe aujourd’hui dans “Do Outro Lado Do Azul” qui paraît chez Verve/Universal le 15 mars, incontestablement l’album le plus abouti, ambitieux et personnel de sa jeune carrière. Poursuivant son évolution hors des sentiers battus du jazz traditionnel, la jeune musicienne innove à la fois au niveau de l’orchestration (fondée principalement sur la guitare dans tous ses états (Mathieu “Tétéu” Guillemant) et ouverte à des instruments comme la clarinette (Gabriel Amargant) et le violon (Christoph Mallinger) apportant à l’ensemble des couleurs folk inédites) que des rythmes et fragrances d’un répertoire rompant définitivement avec le Great American Songbook pour s’aventurer principalement du côté de la musique  brésilienne, référence  majeure  qui  aimante l’ensemble de l’album et lui donne sa cohérence. Puisant, avec énormément de goût, dans la vaste production de cette richissime tradition, de sublimes chansons signées par des monstres sacrés de la samba comme Ismael Silva (Antonico), Roque Ferreira (Filho De Oxum), ou  Paulinho  da  Viola  (Dança  Da  Sildao)  mais  aussi  des  auteurs-compositeurs-interprètes plus confidentiels (Moacyr Luz, Luiz Tatit) et pour certains très contemporains (Rodrigo Maranhao et Roberta Sa), Andrea Motis, évitant cette solution de facilité qui aurait consisté à reprendre une fois encore les éternelles mêmes bossa nova légendaires, pose unregard très personnel sur ce répertoire, révélant de profondes affinités avec les rythmes, la langue et la culture de ce vaste continent culturel.

Agrémentant  par  ailleurs  son  disque  de compositions originales d’une belle sensibilité (Brisa, petite samba espiègle et légère, ou encore Sensa Pressa, somptueuse et paresseuse ballade ensoleillée...) mais aussi d’une reprise magistrale de l’hymne du grand chanteur catalan Joan Manel Serrat, Mediterraneo — la jeune musicienne finit de faire de “Do Outro Lado Do Azul” une œuvre éminemment personnelle pouvant se lire comme l’expression d’une authentique émancipation créatrice en forme de manifeste esthétique.

Une fois encore, Joan Chamarro et ses compagnons constituent le cœur de la formation, assurant une forme de continuité par rapport aux disques précédents à travers un ancrage jazz trouvant à s’exprimer par moments dans des arrangements évoquant de façon subliminale quelques jam sessions de la Nouvelle-Orléans. Mais Andrea Motis, on le sent à chaque instant, affirme ici une autorité nouvelle tant au niveau des choix artistiques que de son propre jeu. A l’instar de sa voix qui, confrontée au portugais, au catalan et à l’espagnol, gagne incontestablement en profondeur et en émotion tout en conservant sa fraîcheur juvénile et la spontanéité d’un phrasé d’une extrême précision rythmique, Andrea Motis, que ce soit à la trompette, au bugle et sur  deux  thèmes  au  sax  soprano, impressionne par son sens inné de la ligne et l’extraordinaire parcimonie de son style minimaliste et subtilement détaché. 

La programmation musicale :
    18:08

    SOMBRA DE LA

    Andrea MotisLABEL : VERVEANNÉE : 2019
    SOMBRA DE LA
    18:14

    MEDITERRANEO

    Andrea MotisLABEL : VERVEANNÉE : 2019
    MEDITERRANEO
    18:20

    BAIAO DE QUATRO TOQUES

    Andrea Motis, Ignasi Terraza, Esteve Pi, Josep TraveLABEL : VERVEANNÉE : 2019
    BAIAO DE QUATRO TOQUES
    18:27
    Lyn Stanley

    « London Calling - A Toast To Julie London » Bye Bye Blackbird (Ray Henderson, Mort Dixon)

    Lyn Stanley (voix), Chuck Berghofer (contebasse)LABEL : A.T. MUSICANNÉE : 2018
    « London Calling - A Toast To Julie London » Bye Bye Blackbird (Ray Henderson, Mort Dixon)
    18:31
    Lia Pale

    « The Brahms Song Book » Sleeping Beauty (Johannes Brahms)

    Lia Pale (voix), Anna Bux (sifflement), Mathias Rüegg (piano), Ingrid Oberkanins (percussions)LABEL : LotusANNÉE : 2019
    « The Brahms Song Book » Sleeping Beauty (Johannes Brahms)
    18:36
    Oki Doki

    « When Oki Meets Doki » Komori Song (Laurent Rochelle, Anja Kowalski)

    Oki Doki, Anja Kowalski (voix), Laurent Rochelle (saxophone Soprano), Frédéric Schadoroff (piano), Eric Boccalini (batterie)LABEL : LinoleumANNÉE : 2018
    « When Oki Meets Doki » Komori Song (Laurent Rochelle, Anja Kowalski)
    18:43
    Sidney Bechet

    « Plays Sidney Bechet » Si tu vois ma mère (Sidney Bechet)

    Claude Luter & Son Orchestre, Claude Luter & Son Orchestre, Sidney Bechet (saxophone Soprano), Guy Longnon (trompette), Bernard Zacharias (trombone), Claude Luter (clarinette), Christian Azzi (piano), Claude Philippe (banjo), Roland Bianchini (contrebasse), Moustache Galepides (batterie)LABEL : Jazz ImagesANNÉE : 2019
    « Plays Sidney Bechet » Si tu vois ma mère (Sidney Bechet)
    18:48
    Paco Andreo

    « Hopper's Tales » Chants (Paco Andreo)

    P4ctet, Paco Andreo (trombone à Piston), Thibault Gomez (piano, Piano Préparé), Etienne Renard (contrebasse), Elie Martin-charriere (batterie, Percussions)LABEL : PuzzleANNÉE : 2017
    « Hopper's Tales » Chants (Paco Andreo)
    18:53
    Seamus Blake

    « Guardians of the Heart Machine » Lanota (Seamus Blake)

    Seamus Blake (saxophone, Tony Tixier (piano), Florent Nisse (contrebasse), Gautier Garrigue (batterie)LABEL : WHIRLWIND RECORDINGSANNÉE : 2019
    « Guardians of the Heart Machine » Lanota (Seamus Blake)
    18:57
    Bram Weijters

    « Pendulum » 7 p.m. #20 in Ab minor, Spiral Part Two (Bram Weijters)

    Bram Weijters (piano), Chad Mac Cullough (trompette)LABEL : Shifting ParadigmANNÉE : 2018
    « Pendulum » 7 p.m. #20 in Ab minor, Spiral Part Two (Bram Weijters)
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