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Lundi 6 juin 2016
59 min

Allen Toussaint, épitaphe d'un grand d'Amérique

Parution de « American Tunes » de Allen Toussaint chez Nonesuch.

Allen Toussaint, épitaphe d'un grand d'Amérique
Allen Toussaint © Nonesuch

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« American Tunes », album posthume d’Allen Toussaint sort vendredi chez Nonesuch. Un requiem de la Nouvelle Orléans.

« Allen Toussaint a fait connaître la Nouvelle Orléans au monde entier », a déclaré Paul Simon, ami et collaborateur de longue date, après que l’artiste de 77 ans décède, le 9 Novembre 2015, « et il est parti avant qu'il ne puisse nous gratifier de l’intégralité du génie de sa musique ».

Allen Toussaint a subi une crise cardiaque fatale, peu après un concert à Madrid, seulement quelques semaines après avoir achevé l’enregistrement de « American Tunes », son deuxième album chez Nonesuch Records. Ce titre est tiré de la chanson de Paul Simon qui clôt l'album.

« American Tunes » est la fin inattendue d’un voyage qu’a commencé Allen Toussaint dans le sillage de l'ouragan Katrina en 2005. Il était déjà un artiste reconnu, mais dont l'influence existait en grande partie dans les coulisses : compositeur, arrangeur, producteur et propriétaire de studio, depuis 50 ans ! Allen Toussaint a contribué au façonnage du son actuel de la Nouvelle-Orléans, un mélange unique de R&B, soul et funk apportant un charme et un humour irrésistibles à son répertoire.

Des artistes comme Paul Simon, Paul McCartney, The Band, Little Feat, et Robert Palmer faisaient des pèlerinages à La Nouvelle-Orléans afin de travailler avec lui, ou l'invitaient dans leurs studios pour profiter de ses compétences en arrangement et production. Des interprètes comme Dr John, les Pointer Sisters, Irma Thomas, Lee Dorsey ou The Meters ont connu quelques-uns de leurs plus grands succès grâce à Allen Toussaint. Et les mélomanes du monde entier peuvent le remercier pour des chansons telles que Yes We Can Can, Working in a Coal Mine, Southern Nights et Fortune Teller, un air de R&B repris avec gourmandise par les groupes britanniques des sixties comme les Rolling Stones. Quant aux instrumentaux Java et Whipped Cream, ils ont rendu célèbres les trompettistes Al Hirt et Herb Alpert.

« Allen et moi avons travaillé ensemble à partir de 1961 », se souvient la pionnière du R&B Irma Thomas, « *il était comme un jeune mentor avec tous ceux avec qui il a travaillé. Il nous faisait répéter dans le salon de ses parents, pour que soyons totalement prêts quand les sessions d'enregistrement allaient commencer. Il disait souvent que lorsqu’il écrivait des chansons, il avait ma voix en tête. Vous ne pouvez pas imaginer à quel point je me sentais honorée d'entendre cela, venant d'un musicien de son niveau. Son génie vivra avec moi pour le reste de mes jours, et les chansons qu'il a écrit pour moi sont comme un portrait de notre ville *. »

Comme beaucoup d'habitants de la Nouvelle-Orléans, Allen Toussaint a perdu sa maison, ainsi que son atelier, dans la dévastation de Katrina. Mais la tragédie qui l’a poussé a déménager temporairement à New York, lui a donné la volonté d'être un porte-voix pour la Nouvelle-Orléans, sa culture et sa musique. « Je l'ai accepté, non seulement comme une noyade, mais comme un baptême », disait-il.

Allen Toussaint a commencé son association avec le label Nonesuch après la réalisation de « Our New Orleans », un album collectif rapidement assemblé pendant l'automne de 2005 afin d’aider les victimes de l'ouragan. Pour l’ouvrir, Allen Toussaint avait proposé une version de Yes We Can Can avec Joe Henry. Du coup, c’est ce dernier qui allait produirait ensuite - avant ce « American Tunes » - le véritable premier album de Toussaint en 2009 pour Nonesuch,« The Bright Mississippi », un album instrumental avec qui allait connaitre un retentissement considérable. On y trouve au casting Brad Mehldau, Nicholas Payton, Don Byron, Joshua Redman et Marc Ribot…

Comme le dit Joe Henry, « L’approche de« The Bright Mississippi » étaitélégante et penchait presque vers le classicisme, alors que celle de « American Tunes » est viscérale et terreuse. » L’album se répartit entre des pistes en solo, enregistrées en 2013, au studio de Toussaint, à la Nouvelle Orléans, et des pistes en petites formations enregistrées à Hollywood, peu avant la mort de Toussaint. Le bassiste David Piltch et le batteur Jay Bellerose constituent la section rythmique. Le guitariste Bill Frisell, le joueur pedal steel guitarGreg Leisz et le saxophoniste Charles Lloyd jouent sur ces dernières sessions. Parmi les invité(e)s, Rhiannon Giddens chante une version swing Rocks in My Bed et le Come Sunday de Duke Ellington le pianiste Van Dyke Parks reprend avec Toussaint une œuvre du compositeur du 19ème siècle Louis Moreau Gottschalk, originaire de la Nouvelle-Orléans, Danza, opus 33.

Dans ses notes de pochette, Tom Piazza, originaire de la Nouvelle-Orléans, et auteur principal de la série « Treme », confie : « C’est le traitement de la matière ici qui peut surprendre les auditeurs d'Allen Toussaint. Il travaille certains des airs les plus connus de Professor Longhair et nous les propose en version minimaliste et réfléchie, plutôt que sous a forme des house-rockers que nous pensions connaître. D'autre part, des merveilles de jazz bien choisis telles que Viper’s Drag de Fats Waller et Rosetta de Earl Hines sont assaisonnés avec un parfum de la Nouvelle-Orléans absolument unique ».

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