Mercredi 5 février 2014
1h 27mn

Voix d'Amérique du Sud : rencontre avec Luzmila Carpio (Bolivie) et Las Hermanas Caronni (Argentine)

Un continent, plusieurs cultures, des femmes qui prêtent leur voix aux mélodies traditionnelles de leur pays : Françoise Degeorges s'entretient avec la chanteuse bolivienne Luzmila Carpio et les soeurs argentines Gianna et Laura Caronni, instrumentistes et chanteuses.

Valorisant chacune à leur manière le patrimoine musical d’un territoire, Luzmila Carpio et las Hermanas Caronni sont les voix contemporaines de traditions ancestrales.

Luzmila Carpio :
« Avec sa voix qui fait la courte échelle aux étoiles tant elle grimpe haut (…) elle est la prêtresse de la déesse Terre (…). Le livre sacré des Indiens quechua parle longuement des chants entrelacés de la terre et des étoiles, Luzmila Carpio les fait revivre. (…) Elle lance ses trilles d'oiseaux dépassant toutes les flûtes du monde. Des clochettes qu'elle tient dans sa main s'essoufflent à vouloir suivre la plongée verticale de sa voix. Ses longues et belles boucles d'oreille se mettent aussi à devenir des percussions. Sa voix est une cascade inversée qui se déverse dans le ciel. Des mots simples font des arcs-en-ciel et les obsessions rythmiques sont des pas qui frappent la terre. Ses mélopées sont en équilibre sur la rosée, sa voix qui passe de la petite fille à l'envol vers le ciel a une pureté de source. Sa voix plaintive fait accourir les esprits. » Gil Pressnitzer

Luzmila Carpio
Luzmila Carpio

Luzmila Carpio est née en 1954 à Kala Kala, un petit village Bolivien de la Cordilière des Andes. D'origine Quechua-Aymara, elle a depuis son enfance conscience de ses racines et de la difficulté de raviver aujourd'hui toutes les richesses d'une civilisation autrefois décimée par les conquistadores espagnols.

Descendue de son village de montagne s'établir à la ville dans les années 60, elle fait ses débuts à la radio Universidad de Oruro en 1971. Elle est élue "nusta" (princesse) nationale avec le groupe Los Provincianos. Depuis ses premiers enregistrements en 1969 en Bolivie, Luzmila Carpio fait revivre la tradition des Indiens Quechua par son travail de mise en valeur des mélodies et chants traditionnels, ainsi que par ses propres compositions, profondément enracinées dans la culture andine.

Invitée à Radio France dans l’émission d’Aris Fakinos au début des années 80, elle décide de s'établir à Paris où elle s'engage dans des programmes pour l'éducation en Bolivie aux côtés de l'Unicef et de la Cimade. Son interprétation des chants traditionnels de la région de Potosi lui vaut une reconnaissance artistique (Diapason d'Or du Monde de la Musique) et l'honneur d'être nommée Ambassadrice de la Culture indigène bolivienne. Elle est également l'auteur de Chants Quechua de Bolivie parus dans la collection Ocora/Harmonia Mundi, et de Arawi, The Spirit of the Andes (LCMgmt publishing division).

En 1997 elle participe au concert Les Voix de la paix sous l'impulsion de Yehudi Menuhin, qui disait d’elle « C’est un violon qui chante »
Luzmila Carpio possède en effet une voix particulière capable de monter dans les aigus les plus purs. A travers les jayllis (hymnes sacrés), les arawis (plus sentimentaux) et les chants liés à la fertilité, elle nous ouvre les portes d'un univers musical poétique et presque oublié. A capella ou sobrement accompagnée d'un charango, d'une guitare, de flûtes ou de choeurs, Luzmila chante des prières dédiées aux divinités, à son peuple, à la nature et au condor, une berceuse, des chants de guérison ou de fête....

Le 21 avril 2006, le président Evo Morales la nomme Ambassadeur de Bolivie en France, et le 14 juin 2011 elle devient Grande Officier de l'Ordre National du Mérite par la République Française.

« Chez nous, seules les femmes ont le privilège de chanter, car la voix féminine évoque la Terre Mère, Pachamama. On apprend aux jeunes filles d'élever la voix de plus en plus haut dans les notes car c'est le lien privilégié pour entrer en contact avec les divinités cosmiques du panthéon andin.» Luzmila Carpio


► Las Hermanas Caronni :
Elles sont argentines, mais avant tout musiciennes, nées le même jour à 10 minutes d’intervalle, Laura et Gianna Caronni ont posé leurs valises en Europe à la fin des années 90 afin de poursuivre leurs études musicales entamées sur les bords du fleuve Paraná, dans leur ville natale de Rosario, également connue pour être la ville de Che Guevara. Elles ont fait partie de l’Orchestre Académique du Teatro Colon, l’Opéra de Buenos Aires, ainsi que de différentes formations allant de la musique de la Renaissance au répertoire contemporain, en passant par les musiques classiques et traditionnelles. A ce titre, elles ont donné des centaines de concerts (dès l’âge 12 ans) dans les principales salles du pays, puis elles gagnent des concours nationaux prestigieux grâce auxquels elles obtiennent la possibilité de venir de venir se frotter à l’enseignement en Europe.

Désormais installées à Bordeaux, elles travaillent séparément à la composition et la création de différents spectacles de danse, conte et théâtre. C’est en 2006, encouragées par leur compatriote Juan Carlos Cáceres, qu’elles commencent à travailler et interpréter leurs propres compositions.

Laura Caronni
Laura Caronni

Laura Caronni
Titulaire du diplôme de Professeur de violoncelle de l’Ecole Nationale de Musique de Rosario (Argentine), elle intègre les orchestres symphoniques à Rosario et au Théâtre Colon de Buenos Aires et joue dans différentes formations classiques et traditionnelles.

En 1997, elle est choisie pour intégrer l’orchestre franco-argentin avec lequel elle fait des tournés en France et en Argentine, puis elle fait des études à Rome (Italie) à L’Accademia Santa Cecilia, puis au C.N.R. de Lyon et au C.M. de Paris où elle obtient médaille et premier prix.

Violoncelliste aventurière et polyvalente, elle joue et enregistre le premier disque de « La Tipica », grand orchestre de tango dirigé par Juan Cedron, jouant dans les bals tango parisiens au Cabaret Sauvage et à la Maroquinerie.

En 2001 elle intègre le Théâtre Talipot de l’île de la Réunion comme violoncelliste, chanteuse et comédienne, pendant quatre ans elle fait des tournées en Europe, Afrique de l’Ouest, Brésil et l’Océan indien… En tant qu’auteur-compositeur elle participe à la création de la musique du spectacle « Kalla, le feu » du Théâtre Talipot, le spectacle de danse « Inconsolables, mais vivants » de la compagnie Tangible.

En 2004 elle fonde avec sa sœur Gianna Caronni le duo « Las hermanas Caronni ».

Gianna Caronni
Gianna Caronni

Gianna Caronni
En Argentine, elle obtient le diplôme d’Enseignement National de clarinette et fait des études de musicologie à L’Ecole de Musique de l’Université Nationale de Rosario.

Elle joue avec différents orchestres symphoniques (Orchestre de Rosario, Olavarria, Academica du théâtre Colon de de Buenos Aires, Nacional de Jovenes, entre autres). Elle se produit également en tant que soliste (Concerto et Concertante de Mozart, Thème et Variations de Rossini) et dans différentes formations de musique de chambre (trio avec piano et violoncelle, quintet à vent).

En 1998, elle obtient sur concours national une bourse de l’Ambassade de France et du Fondo Nacional de las Artes (Argentine), puis de la Fundación Antorchas pour poursuivre ses études en France. Elle remporte la médaille d’or à l’unanimité du jury au C.N.R. de Lyon et obtient le Diplôme d’Etat de professeur de clarinette.

En 2001, elle rencontre la conteuse Christelle Lévènes, avec qui elle crée « A pas de lune », spectacle dédié aux enfants de 3 à 6 ans. Choisies par les Jeunesses Musicales de France en 2002, elles font des tournées dans toute la France pendant deux ans.


France O logo
France O logo

Couleurs du monde de Françoise Degeorges, en collaboration avec France ô.
A l’occasion du 30ème anniversaire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, France Télévisions a développé une plateforme pour donner à comprendre comment se traduisent ces petites discriminations quotidiennes. Elle propose également une assistance juridique et des conseils aux victimes de discriminations raciales. www.francetv.fr/racismeordinaire

Ailleurs sur le web

L'équipe de l'émission :
Mots clés :