Samedi 24 octobre 2020
1h

Hommage à Mohammad Reza Shajarian

Un des plus grands chanteurs de l’histoire musicale iranienne, maître du chant et de la poésie soufie, Mohammad Reza Shajarian s’est éteint le 8 octobre dernier à l'hôpital Jam de Téhéran à l’âge de 80 ans.

Hommage à Mohammad Reza Shajarian
Reza Mohammad Shajarian en octobre 2020 à New York, © Getty / Jack Vartoogian

Des milliers d’admirateurs de tous âges se sont retrouvés devant l’hopital où Mohammad Reza Shajarian avait été conduit quelques jours plus tôt, pour chanter en boucle et à l’unisson “Morghe Sahar ” (oiseau de l’aube), chanson historique et engagée par laquelle Shajarian finissait chacun de ses concerts.

Mohammad Reza Shajarian

Mohammad Reza Shajarian est considéré comme le maître incontesté du chant classique iranien. Il a commencé à chanter dès l’âge de cinq ans des chants religieux sous la surveillance de son père. Ce n’est que quelques années plus tard que son talent précoce fut connu dans toute la ville de Méched. A l’âge de douze ans, malgré l’ambiance religieuse de sa famille, il a cherché à connaître le répertoire du chant traditionnel et le premier morceau qu’il a chanté est le “Gushé Cham-Anguiz” de Dashti. Parallèlement, il s’intéressait aussi à la musique populaire du Khorâssan et d’autres régions de l’Iran. Ensuite, ce fut le dastgâh ségâh qu’il apprit auprès d’un ami de son père.

Après avoir terminé ses études secondaires, il commença à travailler comme professeur dans un établissement scolaire et trouva ainsi une plus grande liberté pour étudier systématiquement la musique traditionnelle et délaisser, peu à peu, le chant religieux.

Dès son arrivée à Téhéran, il fit la connaissance du grand maître du sétâr, Ahmad Ebâdi, considéré aujourd’hui comme le seul héritier de la tradition musicale dont sa famille était la détentrice. La connaissance de feu Esmaïl Mehrtash l’initia aux nuances du chant traditionnel et aux mélodies populaires ainsi qu’à la technique savante. Pour mieux profiter des techniques du santur, qu’il avait commencé à jouer dès 1960, il se perfectionna auprès du maître Payvar, ce qui lui permit d’acquérir une parfaite maîtrise dans l’interprétation et l’exécution de phrases instrumentales sous forme de chant et aussi dans les modulations. 

Le chanteur iranien Mohammad Reza Shajarian (1940-2020) se produit avec Ava Ensmeble à l'Asia Society, New York, le 22 septembre 1998
Le chanteur iranien Mohammad Reza Shajarian (1940-2020) se produit avec Ava Ensmeble à l'Asia Society, New York, le 22 septembre 1998, © Getty / Jack Vartoogian/Getty Images

Pendant sa jeunesse, il apprit à chanter les différentes versions du Radif (répertoire classique) d’après les chanteurs les plus réputés comme Rezâ Gholi Mirzâ Zelli, Madame Ghamar el Molouk Vaziri, le grand maître Eghbâl-Soltân Azar et Tadj Esfahâni. Ensuite, il fréquenta les cours de chant de feu Nour-Ali Khân Boroumand et se familiarisa avec les finesses de la méthode de chant de Tâher Zâdeh Esfahâni. Le style de chant de feu Ghlâm Hossein Banân enthousiasma Mohammad Rezâ Shajarian et le conduisit à l’adopter pendant plusieurs années.

Sa rencontre avec le maître Abdollâh Khan Davâmi fut fructueuse. En effet, celui-ci lui apprit les plus anciens Tasnif et une authentique version du Radif, héritages des plus grands maîtres du siècle dernier. 

Mohammad Reza Shajarian a enseigné pendant quelques années la technique du chant traditionnel à la Faculté des Beaux-Arts de l’Université de Téhéran.

Propos de Mohammad Reza Shajarian

“La musique traditionnelle iranienne est un message, un appel émanant de la conscience profonde de l’artiste, liée à l’histoire et à la culture vieilles de plusieurs millénaires. Elle exprime les joies, les amours, les douleurs, les blessures, les efforts et les luttes ainsi que les hauts et les bas de la vie des peuples de ce vaste territoire. Appel et message des peuples de l’Asie centrale qui, dans leurs limites géographiques, ont veillé sur leur musique et l’ont protégée, de même que leurs traditions les plus reculées, malgré les invasions meurtrières des hordes étrangères. Ces peuples ont réussi le miracle d’imposer leur art, leur façon de vivre, leur culture et leur conception généreuse du monde à leurs envahisseurs. 

Le comportement et l’accueil chaleureux de ces peuples ont donné à leur langue et à leur musique une finesse toute particulière, dont témoignent les poèmes de Ferdowsi, Mowlavi, Saadi, Hâfez, Bâbâ Taher, Khayam et de tant d’autres, ainsi que les mélodies régionales et la musique classique iranienne. Celle-ci, qui se nourrit des musiques folkloriques, constitue un excellent spécimen de l’art et de la culture des peuples de cette région.

Les Iraniens ont une prédilection pour les musiques qui sont accompagnées de poèmes chantés. La technique du chant chez eux est très complexe et, tout en étant très fine, jouit d’une force et d’une qualité physique remarquables et emploie les notes les plus aiguës au plus graves. 

Dans le chant classique iranien, le chanteur improvise des ornements et des vocalises dans les intervalles classiques des notes. Cette forme de chant, qui est libre et sans rythme, est une improvisation pure qui dépend de la sensibilité et des états d’âme du chanteur. Sa beauté dépend le plus souvent de l’enthousiasme avec lequel le chant est exécuté. 

C'est pour cette raison que le chanteur de “âvâz” doit passer de longues années à apprendre auprès d’un maître les mélodies classiques que l’on appelle “radif”. Il doit, en outre, apprendre à improviser avec talent et indéfiniment, afin de pouvoir, comme un orateur chevronné, exprimer ce qu’il ressent sans s'essouffler, sans se référer à des notes ni à une mélodie composée avant lui. Il est en même temps le compositeur et l’interprète et accomplit ces deux tâches simultanément. Les poèmes qu’il chante doivent êtres choisis avec goût et talent des chanteurs les plus appréciés sont ceux qui choisissent les plus beaux vers exprimant des pensées profondes.”

Programmation musicale de l'émission

Album : Musique Classique Persane
Mohammad Reza Shajarian
Album enregistré le 30 octobre 1989 au Théâtre de la Ville de Paris.
Prise de son : Roland Danlaleix et Jean-Pierre Collard
OCORA 

Pochette de l'album "Iran / Shadjariân Mohammad Rezâ / Musique classique persane"
Pochette de l'album "Iran / Shadjariân Mohammad Rezâ / Musique classique persane"

Parviz Meshkatian
Rak (Setar) Parviz Meshkatian
AL SUR

Morteza Neydavoud
Morgh e Sahar
MOHAMMAD TAQI BAHAR / MOHAMMAD REZA SHADJARIAN

Mohammad Reza Shadjarian / Kayhan Kalhor
Silence of the Night
KAYHAN KALHOR / HOSSEIN BEHROOZI NIA / ARDAVAN KAMKAR / SIAMAK NEMAT NASSER
TRADITIONAL CROSSROADS

Parviz Meshkatian
Pish Daramad Gol Nush
PARVIZ MECHKATIAN / BIJAN KAMKAR / ARJANG KAMKAR / ARDECHIR KAMKAR / DARIOUCHE PIR NIAKAN / DJAMCHID ANDALIBI / MOHAMMAD FIROUZI
OCORA

Mohammad Reza Shadjarian
Chant accompagné par Santour (poème de Hafez) Daramad Asfhari / Djameh Daran / Dad / Muyeh
HAFEZ / MOHAMMAD REZA SHADJARIAN / ARJANG KAMKAR
OCORA

Mohammad Reza Shadjarian
Tasnif del e Madjnoun
MOHAMMAD REZA SHADJARIAN / PARVIZ MECHKATIAN / BIJAN KAMKAR / ARJANG KAMKAR / ARDECHIR KAMKAR / DARIOUCHE PIR NIAKAN / DJAMCHID ANDALIBI / MOHAMMAD FIROUZI
OCORA

Mohammad Reza Shadjarian
Chant accompagné par Ney Gharai / Massihi
MOHAMMAD REZA SHADJARIAN / DJAMCHID ANDALIBI
OCORA

Mohammad Reza Shadjarian
Tasnif Saghi
MOHAMMAD REZA SHADJARIAN / PARVIZ MECHKATIAN / BIJAN KAMKAR / ARJANG KAMKAR / ARDECHIR KAMKAR / DARIOUCHE PIR NIAKAN / DJAMCHID ANDALIBI / MOHAMMAD FIROUZI
OCORA

Parviz Meshkatian
Dastgah Nava Tasnif Djan e Djahan - Poème de Mawlana
MOHAMMAD REZA SHADJARIAN / PARVIZ MECHKATIAN / BIJAN KAMKAR / ARJANG KAMKAR / ARDECHIR KAMKAR / DARIOUCHE PIR NIAKAN / DJAMCHID ANDALIBI / MOHAMMAD FIROUZI
OCORA

L'équipe de l'émission :