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Mardi 27 février 2018
5 min

Ce que les hologrammes font au concert classique

Il est possible de retrouver le jeu et la présence magnétique sur scène de Maria Callas. La soprano grecque ou plutôt, son hologramme, donnera une série de concerts en Asie, en Amérique du Nord et en Europe, avec un orchestre symphonique, qui sera, lui, de chair et d’os.

Ce que les hologrammes font au concert classique
L'hologramme de Maria Callas, en tournée internationale, © Getty

Après le Met à New-York, La Scala à Milan et Covent Garden à Londres, l’hologramme de Maria Callas s’arrêtera salle Pleyel, le 30 novembre prochain. On doit cette initiative à la société américaine BASE Hologram Productions, spécialisée dans la production de spectacles constitués d’hologrammes. 

Cette image virtuelle en trois dimensions de la Callas est la dernière-née d’une série de résurrections musicales visuelles qui incluait le rappeur Tupac, la star de la pop Michael Jackson et le chanteur de métal Ronnie James Dio. La période est aux renaissances, puisque les sociétés d’hologramme fleurissent et, avec elles, les concerts d’icônes disparues : Elvis Presley, Whitney Houston, Freddie Mercury, mais aussi Dalida et Claude François… 

Il y en a pour tous les goûts ! Mais jusque-là, il n’y avait pas eu d’hologrammes de vedettes de la musique classique. C’est chose faite. Pendant les concerts, la voix de la Callas viendra de ses propres enregistrements, intégralement remasterisés.

La nouvelle a fait le tour de la toile la semaine dernière, réjouissant certains, en affolant beaucoup. Cet étonnant retour sur scène pose d nombreuses questions. Premièrement, l’aspect terriblement marketing de ce type d’événements qui cachent, il faut le dire, un business juteux. A la salle Pleyel, les places coûtent entre 42 et 110 euros. Des tarifs qui ne sont pas accessibles, mais les places pour le premier concert de la grande tournée, en mai à Tokyo, sont deux à trois fois plus chers… Pour les organisateurs, pas de risque d’annulation du chanteur pour cause de maux de gorge !

Plus sérieusement, ce type de concerts questionne notre rapport au live : pourquoi va-t-on écouter un instrumentiste ou un chanteur ? Passé la curiosité de voir à quoi pouvait ressembler un concert de Maria Callas, que reste-t-il ? Est-ce qu’on ne recherche pas, en concert, un lien vivant, vibrant avec un artiste de chair, de sueur et d’os ? N’y a-t-il pas quelque chose que l’hologramme, reflet désincarné, ne pourra pas transmettre, si bluffante soient la prouesse technologique ? Le frisson du concert n’est pas garanti avec un hologramme et un enregistrement…

Le public new-yorkais a déjà eu un petit avant-goût du concert qui partira bientôt en tournée. C’était à la mi-janvier et le critique musical du New-York Times a livré un compte-rendu doux-amer de ce drôle de concert. Il a qualifié la prestation d’ « incroyable, d’absurde, d’étrangement captivante » tout en étant aussi « kitsch et ridicule ». Il a aussi souligné une chose qui a retenu notre attention : le risque, en allant admirer un avatar virtuel de la Callas, n’est-il pas de vivre dans le passé et de cultiver un dévouement poussiéreux envers les divas disparues et les vieux enregistrements ? Il ne faudrait pas que les spectres du passé empêchent d’apprécier la vitalité et les nouveautés de la scène lyrique d’aujourd’hui, belle et bien vivante !  

Tout n'est pourtant pas négatif. Il faut aussi entendre l’argument du metteur en scène de la tournée Callas, Stephen Wadsworth, qui est aussi directeur du département lyrique de la prestigieuse Juilliard School de New-York. Selon lui, cette apparition en 3D de la Callas pourrait intéresser les jeunes générations qui n’ont pas connu la diva et souhaiteraient la découvrir sur scène. 

L’arrivée des hologrammes en musique classique n’a pas fini de poser des questions. A quand la tournée d’un Pavarotti synthétique, d’un Caruso spectral, et même, soyons fou, d’un Karajan virtuel dirigeant un vrai orchestre?

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