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Mardi 26 septembre 2017
5 min

Quand l'impression 3D bouscule la lutherie

De plus en plus de luthiers ont recours aux imprimantes 3D pour fabriquer leurs instruments. Un vent d’innovation souffle sur la facture instrumentale et les Français sont à la pointe de ce développement technologique au service de la musique.

Quand l'impression 3D bouscule la lutherie
Le 3D Varius. Laurent Bernadac est le créateur du violon en résine 3D VARIUS fabriqué avec une imprimante 3D, © Maxppp / JOEL PHILIPPON

Avez-vous entendu parler de saxophones ultra légers en nylon, de violons futuristes en résine, de guitares en aluminium ou de clarinette en plexiglas ? Ces instruments existent et sont fabriqués grâce à une imprimante 3D, machine née dans les années 2000 permettant d’imprimer de vrais objets. De plus en plus de luthiers ont recours à ce type d’imprimantes pour fabriquer leurs instruments. Un vent d’innovation souffle sur la facture instrumentale et les Français en sont à la pointe.

La vidéo ci-dessus nous permet d'entendre le son produit par un 3DVarius, le premier violon électrique réalisé grâce à une imprimante 3D. Ce modèle a été mis au point en 2016 par Laurent Bernadac, ingénieur et musicien. Le son n’est clairement pas celui des fameux violons italiens, mais niveau design, ça décoiffe, on se croirait dans un film de Luc Besson : transparent et épurée, le 3Dvarius est fabriqué dans une résine liquide solidifiée au laser.

Plusieurs jours sont nécessaires pour fabriquer ces violons. Il y a d'abord l'impression de l'instrument par la machine, en 24 heures. Puis certaines parties sont polies pendant deux jours. Ensuite, une demi-journée est nécessaire au montage. Réaliser un instrument sur imprimante 3D est encore difficile : ces machines coûtent la bagatelle de 5 000 euros - pour les plus accessibles - et le prix n’est pas le seul obstacle. La plupart des instruments acoustiques, à la facture complexe, sont aujourd’hui impossibles à imprimer en 3D car les machines manquent de précision. Les instruments risquent de sonner faux, comme ce saxophone en nylon…

Impossible d'utiliser l'imprimante 3D pour imprimer du vrai bois. C’est d'ailleurs dommage, car le végétal est le matériau de prédilection des instruments à cordes… L’impression 3D peut en revanche servir à fabriquer des instruments acoustiques “électrifiés”, comme le 3DVarius, mais elle est surtout pertinente pour les instruments à vent. L’Institut de recherche taïwanais ITRI a ainsi fabriqué un saxophone métallique avec une imprimante conçue pour la joaillerie.

De leur côté, les musiciens semblent peu réceptifs aux nouveautés radicales. La tendance actuelle est tout à fait inverse : les orchestres jouent sur instruments anciens pour revenir aux timbres d’époque. Seul quelques interprètes avant-gardistes et le musiciens de jazz sont séduits par ces nouveaux instruments…

En tout cas, l’imprimante 3D est un véritable coup de tonnerre dans le monde de la lutherie, qui est restée quasiment inchangée depuis l’époque bouillonnante du XVIIIe et XIXe siècles. La forme de la clarinette, par exemple, s’est stabilisée fin XIXe. Les progrès de l’impression 3D ouvrent des perspectives très excitantes pour les luthiers, et les grandes marques commencent à l’utiliser. Par exemple, le prestigieux facteur Buffet Crampon a recouru à l’impression 3D pour prototyper sa clarinette Cagima, projet porté par Philippe Guillemain.

A ce rythme, on peut donc se demander : à quand des instruments réalisés par des imprimantes 3D dans les vitrines du Musée de la musique ?

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