Musique & web
Magazine
Mardi 23 janvier 2018
5 min

Le financement participatif est-il un contre-pouvoir culturel ?

En 2016 le crowdfunding a permis de lever, en France, près de 629 millions d’euros auprès de deux millions et demi d’internautes. Il ne cesse de se développer au point d’être considéré comme le mode de financement de l’avenir.

Le financement participatif est-il un contre-pouvoir culturel ?
Le financement participatif est-il un contre-pouvoir culturel ?, © Getty

Aux Biennales internationales du spectacle à Nantes, la semaine dernière, le financement participatif était présent avec les stands d’Ulule et de Proarti, qui ont attiré de nombreux musiciens issus de la pop, du reggae, des musiques traditionnelles, mais aussi de la musique classique. Car le crowdfunding est mis à toutes les sauces et la musique ne fait pas exception, depuis l’achat d’instruments d’orchestre jusqu’au financement de tournées de concerts.

Dès 2012, le Kronos Quartet, à San Francisco, a lancé un projet de musique contemporaine sur la plateforme Kickstarter. L’objectif était de récolter 10 000 dollars en un mois pour financer la commande, les répétitions et l’enregistrement. Bilan : 160 contributeurs ont apporté plus de 13 000 dollars. Autre exemple, l’Orchestre de l’Age des Lumières, à Londres, a fait appel au crowdfunding pour financer des concerts dans les pubs de la capitale britannique. L’objectif a, là encore, été dépassé.

Le financement participatif en France

En France, la culture de la philanthropie n’est pas aussi poussée que chez les Anglo-Saxons et le financement participatif s’est mis à intéresser les orchestres un peu plus tard. Le premier à avoir eu recours au crowdfunding est l’Orchestre national d’Ile-de-France. Plusieurs institutions ont suivi, comme l’Opéra de Dijon, qui a lancé une cagnotte pour financer les costumes d’une production de La Flûte enchantée de Mozart ou la Philharmonie de Paris pour le projet d’orchestre à l’école Démos, l’an dernier. La salle parisienne cherchait à collecter 90 000 euros… Le pari a été relevé, près de 200 000 euros ont été récoltés !

La Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) a mis en place un partenariat avec la plateforme Proarti pour soutenir la musique contemporaine. Proarti sélectionne des projets de création, qui bénéficient ensuite du soutien de la Sacem pour atteindre l’objectif de leur collecte. 13 projets ont ainsi été financé en 2017, comme celui porté par l’Orchestre Idomédéo, qui est parvenu à collecter 10 000 euros pour financer la commande d’une œuvre à Richard Dubugnon. Ce soutien a permis aux musiciens de poursuivre leur collaboration avec le compositeur, après avoir créé son Te Deum en 2015.

Quels projets aujourd'hui ?

Pour la deuxième édition du dispositif baptisé « Mise en œuvre(s) », trois ensembles souhaitent passer commande à des compositeurs : le trio Pilgrim à Martin Matalon, le Quatuor Voce à Kevin Seddiki et Gabriel Sivak et, enfin, l’Orchestre + à Thierry Pécou.

Ce qui est intéressant avec le financement participatif, c’est qu’il permet à des répertoires peu médiatisés, comme la musique contemporaine, d’obtenir une audience et un soutien. Dans le cas du partenariat entre la Sacem et Proarti, les interprètes peuvent passer directement commande à des compositeurs, sans intermédiaire. Une opportunité encourageante pour la création car force est de constater, qu’une majorité des médias se replie sur une musique standardisée. Les plateformes de financement participatif apparaissent alors comme un contre-pouvoir culturel, qui permet à des projets d’exister malgré leur faible exposition médiatique. Le crowdfunding n’est pas destiné aux vedettes : on voit mal la soprano Anna Netrebko convaincre les internautes de l’aider à financer un projet.

Les limites du crowdfunding

Difficile de convaincre les internautes de payer le cachet du soliste ou l’achat des partitions. Le financement participatif n’est pas là pour pallier la baisse des subventions. Ce système fonctionne quand les ensembles et les orchestres l’utilisent pour financer des projets alternatifs. Bref, s’il ne doit pas être considéré comme la poule aux œufs d’or, le crowdfunding a cet atout qu’il amène artistes et institutions à se lancer dans la création et à oser des projets audacieux qui sans ce mode de financement ne verraient peut-être jamais le jour.

L'équipe de l'émission :