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Mardi 6 février 2018
5 min

Quelle musicienne est l’intelligence artificielle ?

Un album composé en partie par des algorithmes est sorti il y a quelques jours. Hello World un album collectif auquel ont participé l’artiste pop Stromae et le cornettiste Médéric Collignon, jazzman qui a remporté trois Victoires de la musique.

Quelle musicienne est l’intelligence artificielle ?
Robot photographié au SoftBank Robot World 2017, © Getty

Sorti il y a peu, Hello World, collaboration entre musiciens humains et robots fait le buzz, mais les expérimentations mêlant musique et intelligence artificielle sont loin d’être nouvelles, elles remontent aux années 1960.

Sur ce sujet, l'Ircam, à Paris, était l'un des précurseurs. L’on peut aussi citer un Américain : le compositeur et scientifique David Cope, qui était professeur de musique à l’université de Columbia dans les années 1990. Le programme informatique qu’il a mis au point à cette époque s’appelle « Emily Howell » et est capable de découper des pièces existantes de Bach pour ensuite les mélanger et les ré-assembler de différentes façons.

Ce sont des compositions ludiques, mais ne peut pas parler de créativité. Mais les années 2010 arrivent et là, tout bascule. L’intelligence artificielle franchit un cap grâce aux évolutions rapides des connaissances sur les réseaux de neurones artificiels. En 2016, le géant Google dévoile un morceau de musique entièrement réalisé par une machine. Vous êtes prévenus, ce n’est pas du Chopin...

La mélodie est on ne peut plus basique, mais, cette fois, l’algorithme a composé de la musique à partir de rien et a choisi lui-même les notes qui apparaissaient sur la partition finale.

Désormais, les intelligences artificielles sont basées sur des réseaux de neurones artificiels : elles sont donc beaucoup plus libres. C’est le cas de Aiva, une intelligence artificielle qui compose de la musique classique, mise au point il y a deux ans par un ingénieur français. Aiva apprend la composition en se nourrissant de milliers de compositions, elle repère les récurrences dans les partitions et apprend à les imiter. Elle est capable de composer des partitions symphoniques pour le cinéma et les jeux vidéo en 48 heures.

Mais il faut bien comprendre à quel point l’effervescence est intense autour des intelligences artificielles musiciennes. La start-up Aiva vient de réaliser sa première levée de fonds auprès du fonds Kima Ventures, qui appartient à Xavier Niels, patron de Free.

L’intelligence artificielle n’arrive pas encore à proposer des compositions de musique classique séduisantes, mais il semble que la pop lui réussit mieux. Pourquoi ? Parce que les morceaux pop partagent l’essentiel de leurs accords. L’imitation et la répétition est plus acceptée que dans d’autres styles musicaux.

Autre nouveauté, cette fois due à Yamaha : désormais, transformer le geste en son est possible. L’entreprise japonaise a mis au point un système de capteurs, qui, fixés sur le corps d’un danseur, envoient les données de mouvements à une intelligence artificielle, qui les transforme en notes sur un piano. La performance a eu lieu à Tokyo il y a quelques jours.

C’est presque debussyste ! Le danseur était équipé de capteurs apposés sur son dos et ses chevilles. Pour chacun de ses pas de danse, l'intelligence artificielle a instantanément créé des notes de musique mélodieuses ayant du sens. Ces données ont été retransmises à un piano spécial, qui les a traduites sous forme de sons.

Si l’intelligence artificielle s’empare de la composition à vitesse grand V, sans parvenir encore à convaincre les mélomanes, elle permet aussi, et peut-être surtout, de proposer de nouvelles formes d’expression artistique, comme avec ce danseur et son piano.

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