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Vendredi 18 décembre 2020
1 min

Leon Bosch, contrebasse et activisme

Portrait, cette semaine, du plus connu des contrebassistes sud-africains, Leon Bosch, 59 ans. De l'Apartheid à l'engagement pour la création, en passant par les grands orchestres britanniques.

Leon Bosch, contrebasse et activisme
Leon Bosch, contrebasse et activisme, © Photography Juno Snowdon / Art Direction Adam Hypki

Cape Town, 1961, Leon Bosch est né en plein Apartheid. Autant dire la promesse d’un avenir particulièrement difficile pour cet enfant de couleur, d’une adolescence qui sera marquée par la terreur et l’oppression, la violence mentale et physique. Malgré ce contexte terrible, ses parents, tous les deux enseignants, tous deux mélomanes, veillent à ce que le petit garçon reçoive une éducation musicale solide et, le soir, toute la famille écoute les symphonies romantiques. Au lycée, à la fin des années 1970, il est arrêté, torturé, pour son activisme politique. Il a 15 ans. Il est interdit d’entrée en fac de droit et se consacre donc entièrement à la musique, au violoncelle, à l’Université de Cap Town. Il troque bientôt son violoncelle pour la contrebasse, qu’il travaille huit heures par jour. Le système politique musèle le jeune musicien noir ? Qu’à cela ne tienne, il joue.

Leon Bosch quitte son pays en 1982, direction la Grande-Bretagne et le Royal College of Music de Manchester. C’est là qu’il construit sa carrière. Pendant vingt ans, il sera contrebasse solo d’un des orchestres les plus fameux du pays : l’Académie de Saint Martin in the Fields. Dans toutes ses interviews, il insiste sur le fait qu’être musicien classique noir au Royaume-Uni n'a jamais été facile. Plusieurs fois, par exemple, des agents ont voulu le vendre comme « Le bassiste noir ».

La contrebasse et la musique de son pays d'origine

Aujourd’hui Leon Bosch a 59 ans. Il ne joue plus en orchestre, il a voulu retrouver sa liberté, dit-il. La preuve avec les disques qu’il consacre à la contrebasse russe, à la contrebasse anglaise, à la musique d’aujourd’hui et, plus tout récemment, à la musique de son pays d’origine, l’Afrique du Sud. Le musicien s’est en effet donné pour mission de créer un répertoire de basse sud-africain. Il passe commande à ses jeunes compatriotes compositeurs. Il a déjà financé quarante nouvelles pièces pour contrebasse et piano, neuf d’entre elles ont été enregistrées sur son dernier disque, « The South Africa Double Bass », qui est paru cette année. Leon Bosch ne compte pas s’arrêter là pour donner aux futures générations de contrebassistes sud-africains, un vrai répertoire national à explorer.

Lorsqu’il entend ces musiques, confiait-ils récemment à la presse britannique, "Les dix mille kilomètres qui me sépare de Cape Town s’évanouissent au bout de quelques notes".
Il a fait la paix avec l’Afrique du Sud.

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