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Mercredi 28 avril 2021
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Doulce Mémoire fait résonner la lyre à bras

L’ensemble tourangeau Doulce Mémoire a pu profiter, pendant quelques heures, du Château du Clos Lucé désert, pour faire sonner, dans les appartements de Léonard de Vinci un instrument rare et cher au maître italien…

Doulce Mémoire fait résonner la lyre à bras
Appollon jouant de la lyre à bras, fresque de Raphael, © Corbis / DEA / G. CIGOLINI

Peu de musiciens savent jouer de la lyre à bras, « lira da braccio » en italien. L’un des spécialistes est français : c’est Baptiste Romain, membre de l’ensemble Doulce Mémoire, l’un des plus fameux ensembles de musique renaissance

Un instrument venu d’Italie

Il y a quelques jours, les musiciens de Doulce Mémoire ont investi le Clos-Lucé, à Amboise, château célèbre pour avoir été la dernière demeure de Léonard de Vinci. Ils ont pu enregistrer un concert en catimini dans les appartements du maître italien, concert qui sera diffusé dans quelques semaines de l’autre côté de l’Atlantique, pendant le festival de musique ancienne de Boston, le 7 juin précisément. La mélodie qui a résonné au creux des vieilles pierres a permis d’entendre une lyre à bras, instrument rare, dont jouait Léonard de Vinci et qu’il rapporta très probablement d’Italie lors de son séjour à la cour de France.

Un parfum de musique populaire

La lyre à bras c’est un instrument à cordes frottées, on l’entend, cousine de la vièle, elle ressemble à un violon : c’était l’instrument le plus prisé pour accompagner le chant à la renaissance. Attention, la lyre à bras n’a rien d’une lyre, c’est une coquetterie : les humanistes italiens ont voulu évoquer l’Antiquité et la lyre des bardes poètes. L’instrument est doté de sept cordes, cinq qui sonnent comme un violon, avec une corde grave supplémentaire et deux qui sont positionnées à côté de la touche, dans le vide, deux cordes qui ne sont pas jouées mais servent de bourdon, d’où ce petit parfum de musique populaire.

Eclipsée par le luth et le violon

Seules dix lyres à bras du 16e siècle sont arrivées jusqu’à nous alors que cet instrument fétiche des poètes de cour du nord de l’Italie, accompagnait la déclamation de poèmes lyrique dont les princes italiens étaient très friands. Elle était jouée par de grands intellectuels : Léonard de Vinci, les philosophes Marsile Ficin et Pic de la Mirandole. La lyre à bras ne survivra pas à la concurrence avec le luth et le violon, qui naît à cette époque et que l’on va bientôt préférer pour accompagner les madrigaux : elle disparaît totalement au milieu du 17e siècle. C’est donc une rareté enregistrée au cœur de la Vallée de la Loire qu’on pourra découvrir, en vidéo, le 7 juin prochain, sur le site du festival de musique ancienne de Boston !

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