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Mercredi 11 novembre 2020
1 min

Nannette Streicher, l’oubliée de l’anniversaire Beethoven ?

En cette année de célébration du 250e anniversaire de Beethoven, on entend beaucoup de noms d'artistes et de personnalités ayant compté dans la constellation du compositeur, mais pas, ou trop peu, celui de Nannette Streicher, l'une des grandes factrices de piano de la Vienne du début du 19e siècle.

Nannette Streicher, l’oubliée de l’anniversaire Beethoven ?
Nannette Streicher

Le New York Times a publié le week-end dernier "The Woman Who Built Beethoven’s Pianos"  (La femme qui a fabriqué les pianos de Beethoven), un article dédié à une figure méconnue de la musique classique : Nannette Streicher.

En cette fin d’année de célébration du 250e anniversaire de Beethoven, on parle volontiers des artistes et personnalités qui ont compté dans la constellation du compositeur, dans l’Europe du premier 19e siècle, mais l'on parle très peu, trop peu d’une femme : la factrice de piano Nannette Streicher, qui a construit dans son atelier certains des pianos du maître viennois et qui a su gagner son estime et son admiration.

L’une des meilleures fabricantes de claviers d’Europe

Nannette Streicher a été mise de côté par l’histoire, mais elle fût l’une des meilleures fabricantes de claviers d’Europe et l’une des rares femmes à exercer ce métier qui est, encore aujourd’hui, très masculin. Née en 1769 en Allemagne et morte en 1833, elle est quasiment l’exacte contemporaine de Beethoven.

Les claviers coulent littéralement dans le sang de Nannette puisqu'elle est la sixième enfant de Johann Andreas Stein, fabricant de piano renommé et inventeur du mécanisme grâce auquel les marteaux frappent les cordes. L’anecdote raconte qu’à huit ans, la petite fille jouait devant Mozart, qui grimaçait devant sa drôle de posture, mais qui admettait qu’elle avait « du génie »… 

A dix ans, passionnée de mécanique et visiblement très douée, elle passe le plus clair de son temps dans l’atelier de son père. Lorsque celui-ci meurt alors qu'elle a 23 ans, elle vient de se marier et décide de transporter tous les pianos paternels jusqu’à Vienne, où elle a posé ses malles. Elle s’associe alors à son petit frère, Matthäus et ils créent ensemble leur entreprise : « Geschwister Stein » (frère et sœur Stein). Une belle idée, sur le papier, mais le frère va finir par vouloir faire cavalier seul et garder pour lui le nom Stein. Nannette fondera donc sa propre fabrique, qu’elle appellera Streicher, son nom d’épouse.

Des pianos adaptés aux besoins de l'époque

Il faut préciser qu'à cette époque, la conception des pianos évolue à vitesse grand V : les concerts passent des salons aristocratiques à des salles plus grandes, le répertoire change et il faut produire des instruments qui sonnent beaucoup plus.

Nannette élargit donc la gamme de ses claviers : de cinq octaves à six et demi. Pour rappel, nous sommes alors en 1802/1807, Nannette élève en parallèle ses deux jeunes enfants, ce qui n'empêchera pas son entrepôt de produire entre 50 à 65 pianos à queue par an, sa firme Streicher étant ainsi bientôt considérée comme la meilleure de Vienne. 

D'illustres clients

Parmi ses clients fameux elle compte notamment Goethe ou encore Beethoven ! Beethoven a déjà commandé plusieurs pianos à la maison Streicher quand Nannette accepte, en 1817, un emploi bien ingrat, preuve de la relation complexe qu’ils entretenaient : elle gère la maison chaotique du compositeur, qui traverse une crise importante. Lessive, reprisage des chaussettes, courses et cuisine, cirage : Nannette fait tout et, pendant ce temps, Beethoven compose sa grande sonate pour piano « Hammerklavier ». Nul doute, pour les experts, que la constructrice de piano l’a influencé. 

Il y a encore beaucoup à dire sur la vie de Nannette Streicher et si l'envie vous prend d'en savoir davantage, vous trouverez de nombreuses autres informations ainsi que de très belles archives iconographiques  dans l’article du New York Times.

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