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Mardi 29 décembre 2020
1 min

Messiah/Complex : un film canadien consacré au Messie de Haendel

Prenez le plus célèbre des oratorios de Haendel, douze solistes issus des différentes communautés canadiennes et une équipe de tournage. Le tout donne un film musical de 80 minutes, audacieuse ode à la diversité dans le monde lyrique et à la mémoire des populations indigènes du Canada.

Messiah/Complex : un film canadien consacré au Messie de Haendel
Messiah/Complex, © Against the Grain Theater / Youtube

Imaginez un peu : une version polyglotte du plus célèbre des oratorios de Haendel, interprété par des solistes issus  des différentes communautés du Canada…  

Dans ce film, on voit et on entend une douzaine de solistes… Une mezzo-soprano inuite originaire du Yukon, territoire sauvage du nord du pays, qui chante la partition non pas en anglais, mais en inuktitut, sa langue natale. Elle est filmée en train de marcher dans la neige, chaussée de bottes traditionnelles en peau de caribou. On a aussi un ténor gay, aux origines chinoises, qui  chante quant à lui du Haendel, dans les rues de Vancouver, vêtu d’un costume classique et chaussé de talons aiguilles de 15 centimètres de haut… Une soprano descendante de l’une des plus anciennes tribus indiennes du pays chante quant à elle sa partie dans la langue de ses ancêtres et une autre mezzo, québécoise d’origine tunisienne cette fois, chante en arabe, coiffée d’un foulard. Le livret original du Messie est traduit, au total, en six langues !

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C’est peu de le dire : ce n’est pas là un Messie traditionnel, mais une adaptation libre et iconoclaste, spécialement conçue pour l’écran et rebaptisée «  Messiah/Complexe », que l’on doit à la compagnie lyrique « Against the Grain Theater », installée à Toronto, qui s’est associé à l’Orchestre symphonique de la ville. La partition et son livret ont été remaniés sans vergogne pour offrir une succession de récits musicaux très  personnels, qui mêlent sacré et profane en conservant les grands thèmes de l’œuvre biblique de Haendel : la souffrance, l’espoir et la rédemption.

Ce film, tourné en pleine pandémie et au plus fort, cet été des manifestations « Black Lives Matter », ne laisse pas insensible : il est disponible sur le site de la compagnie et sur Youtube jusqu’au 7 janvier et il a déjà fait réagir les internautes : certains crient au blasphème, d’autres applaudissent. L’accueil critique, Outre-Atlantique, est enthousiaste et salue l’audace de l’initiative.
Initiative qui est d’ailleurs un bel écho musical au projet du gouvernement canadien : le premier ministre Justin Trudeau s'est en effet donné comme priorité la réconciliation avec les peuples autochtones…  

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