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Jeudi 11 avril 2019
1 min

« Against Modern Opera Productions » ou la querelle lyrique sur Facebook

Les mises en scène modernes d’opéra suscitent régulièrement les foudres d’une partie des lyricophiles et là où les querelles sont les plus vives, c’est sur Facebook

 « Against Modern Opera Productions » ou la querelle lyrique sur Facebook
Regietheater ?? Ne t'approches pas plus - la page d'accueil du goupe facebook "Against Modern Opera Production" , © Capture d'écran

« Against Modern Opera Productions » ou la querelle lyrique sur Facebook

Les mises en scène modernes d’opéra suscitent régulièrement les foudres d’une partie des lyricophiles et là où les querelles sont les plus vives, c’est sur Facebook

Lady Macbeth de Menszk à l'Opéra Bastille
Lady Macbeth de Menszk à l'Opéra Bastille , © Bernd Uhling

En ce moment c’est Warlikowski qui déchaîne les passions avec sa mise en scène de Lady Macbeth de Mzensk de Chostakovitch, à l’affiche de l’Opéra de Paris jusqu’au 25 avril. Le décor est un vaste abattoir aux parois carrelées, où pendent de grandes carcasses de porcs. Et les opposants les plus virulents au parti pris du metteur en scène polonais ne se priveront sans doute pas d’aller faire un tour sur une page Facebook de plus en plus connue des amateurs de mise en scène traditionnelles, ou toute prise de risque scénique est bannie : ce groupe Facebook s’appelle « Against Modern Opera Productions », ce qui veut dire « Contre les productions modernes d’opéra ». Le message est clair. C’est un groupe anglophone, mais qui rassemble 58 000 abonnés de nombreux pays.

Quand on arrive sur la page du groupe, on est accueilli par ce slogan : « Regietheater just sucks », autrement dit, « Le Regietheater, ça pue, c’est de la daube».  Ce qu’on appelle Regietheater, c’est un terme allemand, c’est la pratique moderne qui consiste à laisser au metteur en scène toute liberté dans son appropriation de la pièce : il peut la transposer dans une toute autre époque, il peut même changer le texte et sa chronologie. On pense par exemple à Olivier Py qui transpose l’intrigue d’Aïda dans l’Italie risorgimentiste du 19e siècle, à l’Opéra de Paris toujours, c’était en 2013. Eh bien à en croire le groupe AMOP, pour Aïda, il ne faut que des pyramides, de la dorure et une ambiance peplum. Sur le groupe AMOP, les partisans de mise en scène d’opéra traditionnelles lynchent, au vitriol, les productions plus audacieuses. 

Mais sur ce groupe, on peut aussi jouer à un petit jeu très apprécié des internautes, c’est « Guess the opera ! », qui consiste à deviner le titre d’un opéra à partir d’une photo mystérieuses empruntée à une production moderne. Et puis on y trouve aussi des dénonciations visant les, je cite, « pires maisons d’opéra du monde », comme l’Opéra de Stuttgart, coupable de ne présenter aucune production traditionnelle. L’Opéra de Paris figure aussi en bonne place.

Si vous ne partagez pas cet état d’esprit un brin réactionnaire, vous pouvez vous tourner vers le groupe Facebook « Against ‘Against Modern Opera Productions », créé pour riposter et qui tourne en dérision les abonnés d’AMOP et leur extrême virulence envers ceux qu’ils appellent les metteurs en scène des forces du mal – on espère qu’il y a de l’humour derrière tout ça.

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